Argentine-Brésil : divergences stratégiques et divergences “civilisationnelle

Malgré le sentiment généralisé en Amérique latine de ce que les conflits locaux, l’instabilité politique, les perturbations engendrées par les narcotrafiquants, le terrorisme ou la guérilla affectent sérieusement la sécurité de l’ensemble des Etats, ces derniers n’ont pas adopté de stratégie commune et se situent différemment sur le plan international. Dans le “ désordre global ”, les pays latino-américains continuent à agir de façon individuelle car ils perçoivent le débat stratégique selon les intérêts que chacun peut en tirer dans l’immédiat. La macro stratégie américaine pour la région est au centre de ces divergences. L’analyse des attitudes du Brésil et de l’Argentine face aux mesures unilatérales des Etats-Unis, en particulier, le sentiment de menace qui accompagne celles-ci, nous permet une approche de cette problématique.


La macro stratégie américaine
L’augmentation des liens officiels ou privés entre les Etats-Unis et l’Amérique latine1 caractéristiques des années 90, s’est accompagnée de la nécessité de redéfinir les structures du système de sécurité continentale en place depuis 1947. Les Etats-Unis tentent d’imposer un nouveau schéma militaro-sécuritaire qui introduirait des modifications importantes dans le système de sécurité continentale établi par le TIAR.2 Ils soutiennent un paradigme global, la notion de “ sécurité coopérative ”, qui indique que la coopération, et non la confrontation, dominerait dorénavant les rapports de sécurité entre les Etats.3 Très tôt, la question de la modification du système de sécurité s’est posée. La deuxième Assemblée générale de l’OEA à Santiago de Chili en juin 1991 s’est intéressée à la question de la coopération pour la sécurité hémisphérique et a émis des déclarations sur la défense de la démocratie, les mécanismes de sécurité collective, le contrôle des armements et la limitation des armes de destruction massive.4 Lors de la XIXè Conférence des armées américaines à Washington (novembre 1991), le secrétariat exécutif a estimé que les défis des armées latino-américaines étaient la violence politique, le trafic de drogue et les conditions économiques et sociales de la région. Dans le document élaboré, les missions classiques des armées sont accessoirement mentionnées.5 Dans les années 90, les mesures de confiance mutuelle dans le cadre de l’OEA illustrent les politiques de sécurité des Etats-Unis pour la région.
Elles se composent de négociations bi ou multilatérales visant à réduire la prolifération des armements conventionnels, à assurer l’adhésion aux protocoles sur la production et le déploiement d’armes de destruction massive, à promouvoir les échanges militaires, les programmes d’inspections
internationales, les exercices et manoeuvres en commun et le développement d’une éducation militaire commune. Par ailleurs, la façon dont les Etats-Unis gèrent la crise colombienne ou leurs initiatives dans l’Assemblée annuelle de l’OEA au Guatemala en juin 19996 sont des références paradigmatiques pour comprendre les lignes directrices de leur politique envers la région. Or, dans cette analyse il faut prendre en considération les diverses administrations ainsi que les positions des différentes agences nord-américaines chargées de mettre en oeuvre les politiques pour l’Amérique latine.7

A partir de la fin du XXè siècle, les deux axes fondamentaux de la macrostratégie ont été la coordination des politiques de sécurité sous l’égide américaine et le déploiement territorial. Le premier n’est pas une nouveauté.  L’intégration des armées nationales en Amérique latine sous le commandement unifié des Etats-Unis a été une question constante pendant la guerre froide. L’Inter-Américan Defense Board (IADB), les stages de formation à l’Inter-Américan Defense College (IADC) à Washington, ou les conférences bi-annuelles des armées américaines (CAA) ont établi une tradition de dialogue et de collaboration entre les militaires latino-américains et ceux américains.  La politique militaire des Etats-Unis pour l’Amérique latine est structurée sur l’exportation de leur conception de la démocratisation, de la professionnalisation et de la modernisation des armées du sous-continent.  A la fin des années 90, les difficultés dans l’application de l’“ enlargement ”, en particulier celles du programme économique d’intégration, ont renforcé l’influence du Pentagone et d’agences telles que la CIA et la DEA. Comme pendant la guerre froide, la multiplication des émissaires militaires,8 les contacts permanents entre les armées, les manoeuvres conjointes, l’entraînement des armées locales, l’installation de bases militaires ou encore les achats de matériel, mettent en évidence l’importance de la “ haute politique ” dans la relation des Etats-Unis avec le sous-continent. Les Etats-Unis cherchent à confirmer leur hégémonie sur le continent à partir de leur appareil militaire, conformément à leur nouveau rôle de gendarme de la criminalité internationale.  Il s’ensuit une relation mécanique entre la militarisation de la présence américaine dans la région, légitimée fondamentalement par la guerre contre la drogue, et la réalité conflictuelle de l’Amérique latine actuelle.  Les nombreux signes de contestation sur le continent envers le néo-libéralisme, les symptômes de décomposition politique et sociale de l’Equateur, de la Bolivie et de l’Argentine, la situation en Colombie, la méfiance des Etats-Unis à l’égard du Venezuela,9 ont une incidence certaine sur la stratégie américaine de contrôle des populations ayant une forte tradition d’insurrection et en phase d’explosion sociale. La macro stratégie américaine pour la région syncrétise le commerce et le militaire. Selon J. Tulchin, avec la fin de la guerre froide, les Etats-Unis reprennent une définition plus “ traditionnelle ” de la sécurité nationale.  Il s’agit d’une conception géopolitique classique, inspirée par A.  Mahan, dont l’axe central est la combinaison entre le commerce international et les forces armées.10 Le déploiement militaire permet d’établir un mécanisme de contrôle approprié pour les intérêts des Etats-Unis. Ce mécanisme rend possible l’accès sur des territoires de plus en plus stratégiques tels que l’Amazonie et l’arrêt de groupes armés considérés comme une menace à la sécurité régionale et un obstacle à l’établissement de l’ALCA annoncé pour 2005.  L’hégémonie militaire peut aussi devenir un outil important dans la négociation entre l’ALCA et les blocs comme le Mercosur et la Communauté Andine et pour éviter l’installation d’un “ peer competiteur ” comme l’Union Européenne dans la région.
La géographie semble être encore un élément qui détermine l’expansion géopolitique des Etats-Unis. En matière géopolitique, les Caraïbes sont une zone d’intérêt majeur pour les Etats-Unis. Cette zone a le statut d’une frontière. Historiquement, la région a été inscrite dans une représentation géopolitique de type “ mahaniste ”. Actuellement, les migrations, le trafic de drogue et la pression des communautés installées aux Etats-Unis font que les Caraïbes sont prioritaires pour des questions de politique domestique.11 A la fin du XXè siècle, en cherchant le déplacement progressif de puissances extra-régionales ou en luttant contre la narco-terrorisme, les Etats-Unis vont élargir la méditerranée traditionnelle vers les Andes et le Cône sud.
La géo-économie propre au “ désordre global ” semble coexister avec une conception plus traditionnelle de la géopolitique où les nouvelles menaces servent à justifier les diverses formes de l’interventionnisme américain.
Le recours à la force est un instrument de défense de l’intérêt national que les Etats-Unis ont toujours utilisé.12 La capacité d’intervention des Etats-Unis en Amérique latine donne à la région un caractère spécifique. Pendant l’après-guerre froide, les Etats- Unis devaient avoir moins de motivations pour intervenir du fait de l’affaiblissement des acteurs anti-système comme la guérilla, et l’absence de problématiques affectant leurs intérêts stratégiques. Néanmoins, ils ont une plus grande liberté d’intervention en raison de l’absence d’un bloc d’opposition qui canalise le refus des interventions et de la légitimation qui leur est conférée par les organismes internationaux, -l’appel au “ devoir d’ingérence ”- et par la lutte contre le terrorisme.
Dans le cadre de la stratégie pour l’Amérique latine, la région prend toute sa dimension de “ patio trasero ”. Comme dans les “ ghettos ” américains, l’ordre social est assuré par une combinaison de moyens technologiques et de formes plus traditionnelles, formes qui paraissent archaïques vues à partir de la RAM. Les Etats-Unis paraissent transférer de façon mécanique leur stratégie interne à l’Amérique latine. Le néo-monroisme valorise le territoire et la présence physique, ce qui est en contradiction avec la confiance positiviste émergeant de la guerre du golfe et exprimée triomphalement dans la RAM.
Pour l’administration Clinton, l’obtention d’un “ hémisphère démocratique et sûr ” exigeait le renforcement de la coopération régionale au sein de l’OEA. La politique de coopération dans le domaine de la défense impliquait d’adhérer le plus strictement possible au nouveau code de comportement international et de considérer la collaboration multilatérale comme partie de l’intérêt national.13 La question sécuritaire a tourné autour des grands thèmes qui monopolisent le débat stratégique nordaméricain : le terrorisme, la non-prolifération des armes de destruction massive, la lutte anti-drogue et, dans une moindre mesure, la protection de l’environnement. La défense de la démocratie était un des axes de la stratégie des Etats- Unis pour l’Amérique latine.14 L’institution de la défense de la démocratie et des droits de l’homme comme référence stratégique modifie les relations établies depuis la deuxième guerre mondiale entre l’armée américaine et les armées latino-américaines.  Avec l’administration Bush, la formule de l’enlargement de A. Lake paraît se recomposer, la démocratie libérale s’affaiblit face à l’expansion de l’économie de marché. La position face au coup d’état au Venezuela paraît souligner une modification importante dans les comportements.  Les événements du 11 septembre ont amené les autorités américaines à faire pression sur les gouvernements latino-américains pour qu’ils acceptent un renforcement de leur présence militaire et policière dans le sud du continent. Parallèlement, les dispositifs autochtones de contrôle social ont aussi été renforcés.

Les attentats ont relancé la “ haute politique ” mais ils ont également permis de souligner des tendances déjà présentes à la fin des années 90 en Amérique latine : les tentatives nord-américaines pour reformuler le système de sécurité régionale, les divergences stratégiques entre l’Argentine et le Brésil, l’institution d’un nouvel espace sécuritaire, les tentatives américaines pour mettre en rapport guérilla, narcotrafiquants et terrorisme, la résolution du conflit colombien par la guerre et la récupération par les militaires des prérogatives perdues lors de la transition à la démocratie.


De la lutte contre la drogue à la lutte contre le narcoterrorrisme
Depuis l’opération “ Juste Cause ”15 développée par G. Bush, le trafic de drogue, considéré comme une menace, a servi à justifier les diverses formes de l’interventionnisme américain. La lutte contre le trafic de drogue a remplacé la lutte contre l’ennemi communiste dans le cadre de la politique américaine à l’égard de l’Amérique latine.16 L’institution de la drogue comme question de sécurité nationale remonte à la décennie des années 80. Elle a généré un ennemi capable d’être représenté même sous une forme phénotypique.
Bien que l’administration Nixon ait déjà évoqué la guerre contre les drogues, c’est “ le reaganisme ” qui a jeté les bases de la militarisation, aussi bien au niveau théorique qu’idéologique. Les concepts développés ont permis l’ingérence des armées en créant les conditions pour qu’un problème essentiellement policier puisse être considéré sous l’angle d’une logique militaire. Sous couvert de lutte contre le trafic de drogue, les Etats-Unis ont considérablement augmenté leur assistance militaire à divers pays latino-américains.17
La guerre contre la drogue en Amérique latine constitue la nouvelle doctrine de sécurité américaine pour la région.18 A partir de la moitié des années 80, la militarisation en tant que processus se manifeste au niveau tactique, opérationnel et logistique. Depuis 1988, les Etats-Unis concentrent leur aide anti-drogue dans les armées du Mexique, du Panama et de la Colombie.19 L’invasion du Panama est la première intervention en Amérique latine légitimée par la lutte anti-drogue. Le financement de la création de divisions anti-drogue, l’entraînement et l’approvisionnement en matériel militaire des forces de sécurité et de l’armée, sont complétés par l’assistance à la création et au renforcement des institutions judiciaires, policières et sociales.20 Bien que l’administration Clinton ait abandonné officiellement la terminologie reaganienne de “ guerre contre la drogue ”, la continuité des opérations proprement militaires montre l’importance de ce sujet dans la configuration stratégique américaine de post guerre froide. Dans le nouveau contexte de lutte globale contre le narco-terrorisme, la guerre contre la drogue devient de plus en plus clairement une guerre contre-insurrectionnelle.
Le bilan est négatif. Les opérations d’éradication, de fumigation des zones cultivées, les contrôles, les patrouilles, ne sont pas efficaces. Au contraire, ils ont encouragé l’expansion et la recherche de nouvelles terres de cultures et de nouvelles routes de commercialisation. Cet élargissement des zones de production et de transport dépasse la division du travail traditionnel et crée des éléments qui déstabilisent la région.
Les opérations conjointes et les installations territoriales sont les deux axes de la stratégie américaine.
Légitimés dans la lutte contre la drogue, les Etats-Unis vont essayer de soumettre les armées latino-américaines à leur commandement. Or, la guerre contre la drogue provoque la méfiance des militaires latino-américains qui refusent la présence sur leur territoire d’effectifs militaires étrangers ayant des missions de renseignement et de logistique ou d’éventuelles interventions multilatérales.21 Pour les militaires, la lutte contre la drogue est une affaire de police, de sécurité intérieure et donc relève d’une hiérarchie inférieure à celle du militaire. Comme hypothèse de conflit, une telle guerre est un danger pour l’intégrité de l’institution militaire car elle peut l’exposer au pouvoir corrupteur des “ narcos ”. Si la première partie des années 90 se caractérise par les avancées et les reculs des Etats-Unis dans leur politique d’incorporation des armées latino-américaines dans leur stratégie, les crises économiques successives de la région ont contribué à leur subordination. La détérioration économique est étroitement liée à l’acceptation de la représentation stratégique américaine. Selon cette dernière, le trafic de drogue constituerait une menace pour la stabilité de la région et la démocratie car il affecte l’existence même des sociétés et des Etats latino-américains. Les institutions et les gouvernements seraient en danger du fait de la pénétration des intérêts criminels dans les rouages économiques, sociaux et politiques.

La centralité de cette lutte aux yeux de l’administration américaine, en a fait une source de ressources et de contacts qui modifie la tendance à la réduction des budgets de défense. Avec cette argumentation, les armées justifient leurs dépenses et leurs fonction. Cette tendance s’observe clairement en Colombie et en Bolivie, ainsi qu’en Argentine et au Brésil à partir de 1996.22 L’internationalisation de la question du trafic, l’apparition des transferts financiers liés à la drogue et le terrorisme, ont renforcé le rôle policier des armées.23Dans le cas argentin, les militaires affichent un mépris absolu pour ce qu’ils considèrent comme des “ opérations de police ”, des missions spécifiques anti-narcotiques : interdiction aux frontières, repérages des livraisons de drogue, formation d’unités locales anti-narcotiques dans la police et dans les forces armées, éradication des cultures, etc. Il existe un consensus sur le fait que la participation des forces armées à la lutte contre le trafic de drogue doit se limiter au soutien logistique, en accord avec le gouvernement sur la réalisation de tâches de renseignements à l’extérieur.24 L’établissement de bases sur tout le continent est un élément central de la nouvelle stratégie américaine. Légitimée par la lutte contre le trafic de drogue, “ l’installation territoriale ” comme projet viserait essentiellementle contrôle militaire de l’hémisphère, contrôle que les Etats-Unis redessinent, suite à leur retrait du Panama, ancien siège du Commandement Sud.25Après leur retrait de la base aérienne Howard, les Etats-Unis ont renforcé leur base d’opérations en Floride, à Fort Buchanan et à Roosevelt Roads (Puerto Rico) et à base navale Guantanamo (Cuba).26

Face à l’impossibilité d’avoir une grande base militaire de remplacement, la stratégie américaine a mis en place des bases plus petites mais dispersées dans toute l’Amérique latine. Cette stratégie se structure sur des centres d’opérations d’avancées : les FOL (Forward Operating Location). Implantés à partir de 1999, ils sont étroitement liés au fait que les Etats-Unis n’ont pas pu donner un cadre institutionnel à leur projet d’une force multilatérale antidrogue avec la participation des militaires latino-américains sous le leadership des Etats-Unis27 et qu’ils ont échoué dans leur tentative d’installation d’un centre multilatéral pour le ratissage, la détection et le contrôle des activités liées au trafic de drogue au Honduras et en Equateur.
Les Etats-Unis ont obtenu l’autorisation d’installer dans les possessions néerlandaises de Curaçao et d’Aruba et de Manta en Equateur des bases militaires de renseignement et de déploiement rapide, appropriées pour assurer leur programme de surveillance et de survol. Ils ont réactivé la base aérienne de Soto Cano (Honduras),28de Palmapampa (Ayacucho, Pérou) et ont programmé une nouvelle base à Pedro Juan Caballero (Paraguay) et à Comalapa (Salvador). De même, ils cherchent à étendre leur pouvoir aérien en Colombie.29 Aussi, ils ont demandé au gouvernement colombien la possibilité d’utiliser les bases de Barranquilla et de l’île de San Andrés.30 Ces accords permettent aux Etats-Unis d’utiliser ces Etats dans leur stratégie régionale en faisant en sorte que ceux-ci s’engagent à recevoir des éléments de la projection de forces.31

Le contrôle de l’espace aérien a été le premier axe de la politique américaine.  Dans la première moitié des années 1990, le centre conjoint d’opérations aériennes, intégrant le Commandement Sud, a réalisé des tâches spécifiques de contrôle du trafic de drogue. D’ailleurs, les Etats-Unis ont promu sous le contrôle des militaires américains, l’installation de radars dans la région andine destinés à détecter dans les couloirs aériens les vols transportant de la coca, de la pâte de coca et des armes. Le changement des routes a obligé à l’élargir le contrôle vers l’Amérique centrale et les Caraïbes.32 En tant que résultat du contrôle du ciel, l’utilisation des voies terrestres, fluviales et maritimes comme modes alternatifs a obligé les Etats-Unis à l’adaptation de centres pour la réalisation des opérations de surveillance. Selon les Américains, les modalités d’intervention consistent à informer les autorités locales qui réalisent les interventions.33 Or, les accords ne font pas mention de l’interdiction pour les Américains d’intercepter et de réaliser des arrestations. Cet aspect de la stratégie régionale de sécurité structurée sur une présence militaire permanente en Amérique latine porte en lui un conflit en puissance.
A la fin du XXè siècle, la référence à la lutte contre la drogue est inséparable de la Colombie, en particulier du “ Plan Colombie ”, plan officiellement présenté comme un plan de pacification et de renforcement de l’Etat34, mais accompagné d’une militarisation croissante.35 L’élaboration de la stratégie américaine pour la région est antérieure au “ plan Colombie ”. Ce plan est la partie la plus évidente d’un dessin stratégique inscrit dans une temporalité longue. Il est une partie non seulement de la lutte contre la drogue mais également d’une stratégie de contrôle de type géopolitique.  Le passage du Plan Colombie à l’Andean Counterdrug Initiative souligne le caractère régional de la stratégie américaine. Le “ Plan Colombie ” combine une série de dangers : celui que le conflit dépasse les frontières en débordant sur les pays limitrophes, le risque d’escalade lié essentiellement à l’intervention américaine et l’engagement direct des armées latino-américaines.Pour les nord-américains, la solution au conflit colombien ne pourra venir que de l’élimination de la production et du trafic de drogue, considérée comme source principale de financement des groupes armés. La situation en Colombie est perçue comme une menace pour la sécurité nationale américaine. Pour Clinton, la crise en Colombie est une affaire de sécurité nationale.36 Clinton a demandé le soutien des pays latino-américains envers ce programme en les assurant que la Colombie ne serait pas un nouveau Vietnam.
Aux Etats-Unis, le processus de paix en Colombie37 a provoqué des inquiétudes, des refus et des réticences. Bien que le délégué de W. Clinton à l’Amérique latine, K. Mc Kay,38 et le chef de l’ONDCP, B. McCaffrey, aient déclaré qu’une intervention militaire serait “ une folie ”,39 et malgré la difficulté d’obtenir une autorisation du Congrès pour une intervention ouverte, les faits démontrent la préférence des Américains pour une issue militaire. La renonciation à l’idée d’intervention n’implique pas l’abandon d’une stratégie offensive.
A ce titre, on peut se reporter aux déclarations d’E. Luttwak selon lesquelles les Etats-Unis augmenteraient leur soutien logistique, et à celles de W. Perry indiquant qu’ils fourniraient plus d’armes aux militaires colombiens40 pour combattre la “ narco-guérilla ”.41 L’intervention militaire sur la zone de production pour éliminer l’offre prend des nouvelles formes sous l’administration Bush.
L’intensification de l’aide militaire au gouvernement de Pastrana constitue une forme d’intervention froide ou de faible intensité. La dernière visite de Clinton en Colombie le confirme. L’intensification de la participation des Etats-Unis à l’entraînement de bataillons anti-narcos en est un exemple.42 Le voyage de Clinton en Colombie en août 2000 et l’aide économique d’un montant de 1,3 milliards de dollars accordée pendant l’année 2000 sur un total de 7,5 milliards sur cinq ans43, ont à nouveau fait craindre que l’intervention directe des Etats-Unis conduise à une déstabilisation de la région. Les trois quarts du premier versement sont destinés aux forces armées, et non au développement des cultures alternatives dans les zones de production de coca. Les counterdrug operations des agences américaines reposent sur l’aide à la planification et à l’entraînement militaire et sur le transfert d’équipements, l’assistance aux forces armées, l’aide à la surveillance, à la collecte d’informations et à la destruction des sites de production.
L’issue militaire se traduit non seulement par le renforcement de l’armée colombienne au niveau logistique mais aussi par l’augmentation du nombre d’instructeurs américains. Elle s’exprime dans la “ mercenarisation ” croissante et par l’importance des relations entre forces de sécurités et paramilitaires.  Les acteurs privés ont une dimension de plus en plus importante dans un conflit qui se caractérise par l’utilisation d’entreprises privées dans les opérations d’éradication et de fumigation des zones cultivées.  Les Etats-Unis pressent l’ensemble des pays voisins à exercer un plus grand contrôle sur les zones limitrophes avec la Colombie afin d’établir un cercle militaire régional contre l’insurrection. La préoccupation des gouvernements des pays limitrophes est en augmentation en raison de l’extension de la lutte armée, en particulier vers le bassin amazonien, les migrations massives de populations paysannes en fuite, l’expansion des cultures illicites, la destruction de la nature et l’action des organisations armées irrégulières contre des civils.  Le Brésil, le Pérou et le Venezuela ont exprimé que la composante militaire du “ Plan Colombie ” finirait par affecter toute l’Amazonie : expulsion vers leurs frontières de narcos et guérilleros encerclés, installation de producteurs de coca, pollution du bassin amazonien par l’utilisation de défoliants.44 La peur est générale que le conflit s’étende aux autres pays de la région. Les présidents des pays de l’Amérique du sud, à l’exception de C. Menem, ont pris leurs distances vis-à-vis de la politique américaine de la région et en particulier vis-à-vis de “ l’appel de Washington ” pour soutenir sans restrictions le “ Plan Colombie ” de lutte contre les narcos. Ils ont clairement refusé toute assistance militaire. La position de non intervention a été exprimée lors des deux réunion des présidents sud-américains 2000 et 2002.
La lutte contre le “ narco-terrorisme ” est l’axe de l’expansion des Etats-Unis vers le Cône sud. A la fin des années 90, selon les Américains, la perspective d’une radicalisation du conflit en Colombie pouvait obliger à transférer une partie des affaires liées à la drogue à d’autres régions de l’Amérique latine. Selon le chef du commando Sud, C. Wilheim, l’augmentation des combats en Colombie contraindra les narcotrafiquants à l’utilisation des routes alternatives par l’Argentine.45 La surveillance exercée sur la Colombie, l’engagement d’un contrôle plus strict de la Bolivie et du Pérou, la volonté d’éviter que le Paraguay 46 ne devienne un espace de remplacement de la Colombie font que le nord de l’Argentine constitue une des priorités dans le schéma de sécurité américain. Le coordinateur de l’anti-terrorisme du département d’Etat américain, Michael Sheehan, aurait fait part à l’Argentine de la préoccupation américaine devant le développement du terrorisme et du trafic de drogue dans la “ triple frontière ”.47 48 L’existence ancienne, au Brésil et au Paraguay, de colonies de migrants provenant du Moyen-Orient (fondamentalement syro-libanais) s’est grossie de nombreux chî’ites libanais arrivés lorsque la guerre civile a éclaté dans leur pays. Cela a contribué à la constitution de réseaux liés à des groupes intégristes islamiques comme le Djihad islamique et le Hezbollah, accusés des attentats contre la communauté juive à Buenos Aires. Ces récentes années ont vu se développer l’influence des secteurs wahhabites sous la vigilance depuis la fin des années 90 des services de renseignement argentins sur demande américaine.
Le 11 septembre a renforcé la tendance. Le discours sur l’institution de la “ Triple frontière ” comme nouvelle préoccupation dans la région se fonde sur la présence de réseaux terroristes dormants, la constitution d’un sanctuaire49 et d’une base d’opérations pour de nouveaux attentats,50 sur le financement d’activités –via des contributions financières pour la cause islamique-, sur le blanchiment d’argent et la “ mercenarisation ” de la migration islamique par le narcotrafic. Selon cette interprétation, les liens avec le narcotrafic et la coopération avec les FARC seraient accentués par la guerre en Afghanistan. Le préjudice causé par la guerre dans le trafic d’héroïne pousserait à une alliance avec des trafiquants colombiens pour développer la production et la commercialisation.51 Depuis les attentats en Argentine de 1992 et 1994, la zone dite “ des trois frontières ”, considérée comme repère des trafiquants de drogue et base de repli du terrorisme, 52 est sous surveillance.53 Il a d’ailleurs été crée un commandement
de sécurité conjoint des pays de la région. En 1999, le coordinateur de l’anti-terrorisme du département d’Etat américain, M. Sheehan, faisait officiellement part au gouvernement argentin de sa préoccupation face à la présence croissante dans la “ triple frontière ” de groupes de trafiquants et de groupes terroristes.

LES CONSEQUENCES
A la fin des années 90, la macro-stratégie américaine paraît impliquer une récupération d’un savoir-faire colonial classique. Le retour du panaméricanisme et de l’ingérence des Etats-Unis s’accompagnent d’une part des règles archaïques de la conquête telle que la nécessité d’une occupation territoriale, d’autre part de l’usage atemporel du jeu diplomatique de la domination, c’est-à-dire la tentative d’affrontement des uns avec les autres. Or, tout ceci était pourtant supposé avoir disparu avec la fin de la guerre froide.
La fin du siècle a fait resurgir dans le cône sud la discorde, réinstallant partiellement cet état antérieur à l’harmonie qu’avait créé le processus d’intégration régionale. Depuis 1997, les principaux acteurs du cône sud ont vu renaître les anciens soupçons. Intimement liés aux décisions des Etats-Unis, cette situation ne peut être dissociée du maintien par ces derniers de leur droit de regard sur les affaires latino-américaines. Les solidarités politiques entre les pays du cône sud ont été brisées par des mesures américaines qui ne sont pas neutres, comme l’encouragement de la candidature du Brésil au Conseil de Sécurité de l’ONU, la désignation de l’Argentine comme alliée extra-OTAN, la levée du boycott des ventes d’armes dans la région, les geste positifs face à la demande du Chili d’entrer au NAFTA54 ou la politique d’installation territoriale. Ces attitudes liées à la stratégie américaine envers la région ont affaibli la concertation régionale propre aux années 90. Elles montrent que la vulnérabilité politique du Mercosur est inversement proportionnelle à sa réussite commerciale. Le XIe Sommet du Groupe Rio55 à Asunción en août 1997 signale le retour des questions stratégiques. Il a constitué un espace de discussion sur la géopolitique de la région. La question de l’alliance argentine avec les Etats-Unis, l’intégration du Brésil au Conseil de Sécurité et le projet de s’opposer à la décision des Etats-Unis de qualifier tous les ans les pays en fonction de leur réussite dans la lutte contre le narcotrafic ont été les sujets principaux. Le consensus s’est fait sur la nécessité d’éviter la régression au géopoliticisme de confrontation caractéristique de la relation argentinobrésilienne.  Les effets des mesures américains peuvent être complémentaires. Si au Chili, la possibilité d’achat d’armement a été justifiée par la nécessité d’équilibrer les effets du pacte militaire de l’Argentine avec les Etats-Unis, la réponse d’une partie de la société argentine à la position chilienne est de dire que le Chili critique l’alliance tout en essayant d’intégrer le Nafta.  Au Venezuela, les militaires soulignent que le soutien américain à l’armée colombienne, dans le cadre du “ Plan Colombie ” a produit un déséquilibre stratégique dans la région, spécialement au niveau du pouvoir aérien.  La vente d’armement a traditionnellement été un élément central dans la relation entre les pays de la région et les Etats-Unis. La méfiance américaine envers tout projet de modernisation des équipements, qualifié de “ prolifération conventionnelle ”,56 n’empêche pas de relancer la vente d’armes dans la région. Le contrôle du transfert d’armes et de technologie d’utilisation militaire a toujours limité les capacités opérationnelles des armées latino-américaines.
La décision de lever le boycott des ventes d’armes57 dans la région a provoqué un débat important entre les différentes agences nord-américaines.
58 Elle est en contradiction avec le discours des Etats-Unis et des organismes financiers sur la réduction des dépenses publiques.59 La fin du boycott, loi connue sous le nom de “ Humphrey-Kennedy ” et de la vente d’armement de dernière génération ont été soutenus par le Secrétaire à la Défense, W. Perry.60 Les restrictions des années 70 imposées par l’administration Carter suite à la violation des droits de l’homme dans la région, ont fait perdre aux Etats-Unis une partie du marché, en particulier vis-àvis de la France.61 La fin du boycott nord-américain sur les ventes d’armes en l’Amérique latine permet l’acquisition d’avions F-16 et F-18. Le Chili, par son budget, est le pays de la région ayant les plus grandes capacité d’achat. Il est le seul à avoir formulé des intentions d’achat. A la différence des autres acquisitions militaires, la possibilité d’achat pour le Chili de F-16 ou F-18 approfondirait le déséquilibre stratégique dans le cône sud.62 Il faut souligner l’absence d’armement intelligent dont la possession déséquilibrerait totalement la région.
Jusqu’à la crise argentine, commencée en 2001, la stratégie américaine a été accompagnée d’une redéfinition des rôles de l’Argentine et du Brésil, ce qui a eu des conséquences sur toute la région. Les Etats-Unis paraissaient dissocier l’espace de la sécurité de l’espace diplomatico-économique.  Si le Brésil continue à avoir le rôle de pays clé, le profond enracinement des principes comme l’autodétermination nationale et la non-intervention, en particulier dans la corporation militaire, font que les Etats-Unis acceptent, en accord avec leur stratégie mondiale de délégation, la politique Argentine de chercher à s’instituer comme garante militaire possible des intérêts américains dans la région.
Si le Brésil continue à être, pour les Etats-Unis, le grand acteur stratégique dans la région, son ambiguïté face aux politiques de ces derniers provoque chez les américains une stratégie diversifiée soutenue dans les modifications structurelles du comportement historique de l’Argentin visà-vis de la puissance hégémonique. Ainsi la désignation de l’Argentine comme alliée extra-OTAN ou le projet d’installation de délégations militaires en Argentine apparaissent indissociables de la stratégie américaine envers le sous-continent mais aussi de la politique menemiste visant à renforcer les signes d’appartenance. La réalisation d’exercices militaires Cabañas 2000 et 2001 sur le territoire argentin sous l’administration de l’Alianza montrent les continuités.
Pour les pays latino-américains, la perception de la menace et les stratégies de sécurité ont toujours été étroitement liées à la conceptualisation de l’espace régional. L’intégration dans le cône sud repose sur un changement des relations avec les voisins les plus proches, longtemps marquées par la méfiance et la rivalité. Or, la stratégie américaine envers le souscontinent et la position de l’Argentine ont fait réapparaître d’anciennes représentations stratégiques provocant une susceptibilité très forte chez les Brésiliens qui refusent une expansion militaire américaine dans le cône sud.
L’Argentine, à la différence du Brésil, a détecté et identifié des menaces nouvelles en suivant l’évolution des entités menaçantes selon des représentations stratégiques essentiellement transnationales. Face au désir de modification dans la culture politique, elle développe une vision de la sécurité étroitement liée aux représentations hégémoniques dans le système international provocant des résistances dans d’autres pays de la région ainsi qu’à l’intérieur de la société. Inversement, le Brésil continue à penser sa politique extérieure en termes d’opposition Nord-Sud. Il conçoit les politiques de sécurité de façon bilatérale en résistant aux politiques de sécurité hémisphériques proposées par les Etats-Unis. La politique extérieure et de sécurité brésilienne s’oppose en beaucoup de points à la politique hémisphérique des Etats-Unis.
Si la décision argentine de participer à la guerre du Golfe63 avait déjà provoqué, vers le milieu des années 90, un malaise au Brésil, mais aussi au Chili, l’incompatibilité entre les pensées stratégiques argentine et brésilienne était manifeste. La résistance du Brésil à la politique des Etats-Unis pour la région, en particulier au schéma de sécurité coopérative, est à l’opposé de l’affinité de l’Argentine avec la puissance hégémonique.64 Les différentes politiques extérieures, dont les relations divergentes avec les Etats-Unis, ont empêché d’accorder un schéma stratégique commun de sécurité.65 Les priorités en matière de sécurité des deux pays sont en effet différentes. Le changement qualitatif des relations entre les pays de la région ou le développement des mesures institutionnelles de sécurité n’empêchent pas l’existence de politiques défavorables à une approche commune de la sécurité régionale.
Les divergences pendant la période allant de 1997 à 2001 révèlent que l’Amérique latine est encore loin de fonctionner réellement comme une unité politique et économique. C’est au niveau des définitions ou des sujets stratégiques que les possibilités de recul sont les plus évidentes. Cette situation affaiblit le pouvoir de négociation du Mercosur et maximise celui des Etats-Unis. Avec sa politique de recherche d’appartenance, l’Argentine fait le jeu des Etats-Unis qui cherchent à établir des négociations bilatérales au lieu de dialoguer avec le Mercosur.

La refondation Menemiste
Dans le cadre de l’essai de refondation “ civilisationnelle ” produite par le menemisme,66 l’acceptation par les élites argentines d’une conception de la globalisation directement issue des représentations anglo-saxonnes, implique au niveau stratégique une fidélisation politico-militaire, fonctionnelle à la stratégie globale américaine de “ mercenarisation ”. L’Argentine est insérée dans un jeu stratégique en soi contradictoire entre le Brésil et les Etats-Unis.  Les relations avec les Etats-Unis déterminent la position de l’Argentine dans le monde. D’un côté, elles indiquent aux Etats voisins que l’alliance prioritaire se trouve en dehors de la région, et d’un autre côté, elles engendrent une fidélisation politico-militaire qui limite les marges d’autonomie.  L’alliance signifie plus que le phénomène classique de ralliement vers la puissance victorieuse lors de grandes modifications au sein du système international (bandwagoning). En s’instituant comme allié inconditionnel des Etats-Unis, le menemisme a tenté une fidélisation politico-militaire fondée sur un désir d’appartenance. Il a inscrit les intérêts étatiques et nationaux dans une référence “ civilisationnelle ”. Cet engagement a impliqué un exercice radicalement contre-culturel.
Le fait historique que fut la transformation du populisme constitue un événement fondateur.67 Il produit la formulation d’une nouvelle doctrine stratégique qui va combler le vide laissé par la disparition de la Doctrine de la Sécurité Nationale avec l’instauration de la démocratie. L’administration Menem porte à son paroxysme le désir de laisser des traces de sa représentation stratégique.  Le menemisme a établi une “ révolution copernicienne ” à un niveau stratégique établissant une différence claire entre l’intérêt national et la sécurité nationale. Les objectifs nationaux n’ont plus de caractère sécuritaire.  La mutation des représentations et des doctrines stratégiques est l’aspect le plus évident d’un changement structurel de la culture politique.  Les représentations stratégiques de l’Argentine, résultat d’une revendication identitaire déterminée, ne pouvaient que se heurter à celles d’un pays dont la définition de soi et l’insertion dans le système international sont radicalement différentes : Le Brésil

Quatre divergences stratégiques exemplaires

La désignation de l’Argentine comme allié extra-OTAN des Etats-Unis et la demande ultérieure d’admission à cette organisation, la position de l’Argentine face à l’élargissement du Conseil de Sécurité, le soutien du gouvernement Menem à la position des Etats-Unis face au conflit colombien et le projet d’installer des délégations américaines sur le territoire argentin font réapparaître d’anciennes représentations stratégiques. Ce quatre faits montrent que, si l’ancien paradigme stratégique a perdu de sa validité, il peut survivre encore longtemps.68 Indépendamment de la valeur “ réel ” des ces quatre faits, c’est sur la fonction symbolique l’objet de nôtre intérêt. Une analyse nous aide à comprendre les différences entre le Brésil et l’Argentine au niveau des représentations stratégiques.

L’accord militaire américano-argentin et la demande d’incorporation à l’OTAN.
L’alliance est peu significative par rapport aux craintes qu’elle provoque.  Cependant elle a irrité toute l’Amérique latine. Pour le chancelier chilien Insulza et pour le président Frei, l’alliance crée une incertitude superflue à l’intérieur du bloc régional.69 Pour l’ancien président brésilien Sarney, la désignation répond à l’objectif des Etats-Unis de diviser la région.
Le gouvernement Menem a cherché à désactiver les soupçons entraînés par la condition d’allié stratégique extra-OTAN en déclarant que l’Argentine n’achèterait pas de technologie de pointe, ce que permet le traité.  Il a souligné que la possibilité d’achat des F-16 par le Chili n’était pas une préoccupation. Le discours de la Chancellerie soutient que l’Argentine associée aux Etats-Unis ne représente pas une menace, mais une “confiance maximale pour la région et ses voisins ”.70 Or, l’appartenance à une alliance comporte des incidences plus ou moins directes sur la sécurité des Etats voisins. L’alliance, comme dans un cercle vicieux, apparaît comme la réponse d’une Argentine sans défense, -à cause de l’ajustement-, au déséquilibre produit par l’achat d’armement par le Chili. La décision argentine de demander unilatéralement et sans consultation son incorporation à l’OTAN a rappelé un passé caractérisé par le conflit.  Le Brésil a exprimé de fortes critiques envers la demande argentine en qualifiant celle-ci “ d’exotique et de nuisible ” pour les compromis politicoéconomiques bilatéraux.71 Selon le chancelier brésilien L. Lampreia, ce sujet a beaucoup dérangé au Brésil,72 provoquant la protestation brésilienne.  Pour lui, la demande d’admission dans un organisme défensif est incompréhensible lorsque rien ne menace la paix en Amérique du Sud. De plus, l’Argentine n’appartient pas à l’espace géographique de l’organisation et l’absence absolue de consultation est fâcheuse.73 La protestation officielle souligne que la négociation argentine pour l’accès à l’OTAN est préjudiciable au Mercosur74 et que la concrétisation de la demande introduirait des éléments étrangers dans le contexte de sécurité régionale sud-américaine.
75 Cette protestation montre le caractère politique du Mercosur et l’importance que la dimension sécuritaire commence à prendre.

La position de l’Argentine face à l’élargissement du Conseil de Sécurité.
Menem a soutenu en août 1997 que l’Argentine s’opposait à l’entrée du Brésil au Conseil de Sécurité car elle casserait l’équilibre politique de la région.76 Il a exprimé la volonté argentine selon laquelle la place soit occupée par rotation, avec la possibilité de réélection indéfinie et avec l’accord de tous les pays de la région. La rotation destinée à maintenir l’équilibre dans la région a été la position traditionnelle de la chancellerie argentine.
La position du menemisme a gêné profondément le Brésil77 dans la mesure où avoir une place dans le Conseil est une aspiration brésilienne ancienne. Le président brésilien, F. Cardoso, a été surpris et gêné par ces déclarations.78 Pour le Brésil, la position argentine d’un élargissement par rotation n’est pas un élargissement. Il veut des membres permanents dotés des pleins pouvoirs dans un Conseil élargi.79 Pour les Brésiliens, le Conseil de Sécurité est un sujet non régional mais global. Ils sont favorables à la
réforme.80Les présidents des deux pays, avec l’argument que la région serait en inégalité numérique et sous-représentée face aux autres régions, ont trouvé une solution conjointe : essayer d’avoir plus d’un représentant occupant un siège permanent avec un pouvoir de veto.81 82 La proposition d’augmenter le nombre des représentants latino-américains a reçu le soutien de divers pays du Grupo Rio. Mais la proposition des deux délégués n’est pas viable, puisque que les Etats-Unis s’opposent à augmenter à plus de dix les membres du Conseil de Sécurité.

La position face au conflit en Colombie.
A la fin des années 90, les Etats-Unis cherchent un réseau de soutien à leur politique en Colombie et une participation plus active de l’Amérique latine à leur stratégie régionale. Au cours de visites officielles en Argentine entre octobre 1998 et la fin de l’année 1999, le chef de renseignement de l’armée des Etats-Unis, C. Kennedy83, le directeur du bureau national de la politique de contrôle de la drogue, B. McCaffrey et le délégué du Président Clinton pour l’Amérique latine, Kenneth Mac Kay, ont indiqué la nécessité de considérer la lutte contre le trafic de drogue et le “ narcoterrorisme ” comme un problème régional qui nécessite une stratégie concertée entre les différents pays. Ils ont souligné l’importance de l’Argentine
dans cette stratégie, importance approfondie par la position du Brésil de défense inconditionnelle du principe de non-intervention.84
La possibilité que l’Argentine envoie des troupes en Colombie a provoqué une vive réaction du Brésil et contraint C. Menem à s’y rendre pour rencontrer son homologue F. Cardoso.85 Si le Pérou, le Venezuela et le Brésil ont refusé toute intervention militaire, l’Argentine a eu, pour sa part, une attitude dubitative face aux demandes des Etats-Unis.86 C. Menem a toujours maintenu sa position selon laquelle si le président Pastrana sollicitait le soutien de l’Argentine, il l’obtiendrait.87 Dans l’hypothétique scénario d’un interventionnisme multilatéral, le rôle de l’Argentine était central en raison de l’alignement total avec la stratégie américaine. C. Menem a soutenu que la crise en Colombie devait être résolue militairement et que le Président Pastrana devait retirer la zone démilitarisée à la guérilla. Il a également indiqué que les Etats-Unis ne devaient pas assumer unilatéralement une intervention militaire.88 Or, selon son ministre de la défense, J.Domínguez, l’Argentine interviendra dans un conflit régional seulement en tant que garant de la paix, et seulement si on lui en fait la demande.89 Le gouvernement Menem a proposé sa collaboration pour arrêter l’avancée de la “ subversion ”.90 Dans le cadre de la comparaison entre la situation en Colombie et celle de l’Argentine des années 70, le président Menem met en évidence la persistance d’un système de représentations profondément enracinées dans la Doctrine de la Sécurité Nationale. Menem a comparé
la zone démilitarisée en Colombie avec l’intention de déclarer la province argentine de Tucumán comme zone libérée par la guérilla argentine dans les années 70, en revendiquant la décision d’I. Martinez de combattre la subversion par les militaires. Il fait référence à la “ subversion ” qui occupe “ 30% ” du territoire Colombien.91

La possibilité d’installations américaines sur le territoire argentin.
La deuxième partie de l’année 1999 a été caractérisée par des rumeurs sur la possibilité d’installation de délégations américaines sur le territoire argentin. Le projet avait comme implantation possible deux provinces du Nord de l’Argentine, (Salta et Misiones) et une province patagonique (Terre du Feu).92 Il avait deux aspects différents mais complémentaires :
1)La possibilité d’avoir des installations permanentes gérées par la DEA dans un aéroport du nord du pays qui permettrait la réalisation de vols de renseignements destinés à l’identification de cultures et d’installations destinées à la fabrication de la drogue, et la détection de vols clandestins de transport. Dès 1998, la gendarmerie nationale et la police de la province de Salta participent avec la DEA à une opération dénommée “Operativo Area Frontera Norte”. Au niveau opérationnel, il s’agirait de tâches de renseignements liées au trafic de drogue à partir de la frontière du nord de l’Argentine vers Buenos Aires. L’autonomie de ce groupement a crée des problèmes avec les autorités locales.93

2)L’intérêt pour les Etats-Unis, depuis leur retrait du Panama, de bénéficier de nouveaux camps d’entraînement situés dans des régions aux conditions géographiques similaires à celles des hypothétiques territoires d’intervention. A ce titre, le gouvernement a offert d’entraîner régulièrement des commandos américains (bérets verts) dans les camps militaires situés dans la jungle à la frontière du Brésil, plus précisément dans l’“ Escuela de Monte” à Misiones.94 Ce geste d’alignement avec les Etats-Unis est légitimé par la nécessaire régularité des exercices et manoeuvres militaires conjointes entre commandos argentins et américains.95 Conscient de la méfiance du Brésil, le Ministère argentin de la Défense aurait modifié ce projet pour diminuer l’impact politique qu’il pourrait avoir sur sa relation avec ce pays.96 Il a évoqué l’idée d’entraînement de troupes, plus que la concession d’une zone, et a inclus dans ce projet d’autres pays, comme la “ Belgique ”.
La question des installations est devenue publique au moment où une intense vague de rumeurs et de versions plus ou moins officielles évoquait une possible intervention militaire en Colombie. Selon la presse argentine, les Etats-Unis ont consulté le gouvernement argentin quant à la possibilité d’installer une “ délégation militaire ” pour la lutte contre la “ narcoguérilla ” en Colombie. Les installations, qui auraient comme objectif la lutte contre le trafic de drogue, se produit dans le cadre du redéploiement de la présence américaine dans l’hémisphère sud.
La négociation a été démentie catégoriquement par le Ministère de la Défense et des Relations Extérieures.97 Le secrétaire de la sécurité du gouvernement de C. Menem, M. Toma, avait contesté l’existence d’une demande américaine relative à l’installation d’une base d’opérations.  Cependant, il avait lui-même confirmé au même moment l’existence d’une opération conjointe argentino-américaine.98 Pour sa part, B. McCaffrey, a également nié l’existence de cette demande au motif que cette base serait trop loin de la scène du conflit, la Colombie. Néanmoins, il a reconnu que les Etats-Unis cherchaient comment remplacer les bases Howard et Clayton.

Le 27 août 99, le président Menem a eu un entretien avec le chef anti-narco américain B. Mc Caffrey, qui faisait une tournée en Amérique du Sud dans le cadre de la crise colombienne. Lors de cet entretien, il a été fait référence à la possible installation de cette délégation militaire américaine. Selon la presse argentine, B. McCaffrey a fait état de l’installation d’une “ délégation militaire permanente ”, et non d’une base militaire.100 Le terme “ délégation militaire ” constitue à l’évidence un euphémisme permettant aux Etats-Unis, par le biais de la DEA, de participer à diverses opérations sur des territoires comme celui de l’Argentine, alors qu’une telle présence militaire étrangère est interdite par loi. Il faut préciser que la DEA n’est pas une institution militaire.  Il convient de souligner l’imprécision du vocabulaire employé. La “ délégation militaire ” évite de parler de “ base ”, car la concession d’une base militaire implique un traité et la nécessaire approbation du parlement, procédure longue et compliquée, ce d’autant plus à la fin du mandat présidentiel de C. Menem. Il ne s’agit donc pas à proprement parler de “ base militaire ”. En revanche, l’extension de l’extra-territorialité et de l’immunité diplomatique des actuelles installations officielles (ambassade et consulat) des Etats-Unis en Argentine à des zones utiles à l’activité de renseignement, -en particulier les aéroports-, pourrait être autorisée par une résolution du Ministère de la Défense.
Le post Menemisme
La continuité dans la coopération et l’assistance technique bilatérale pour faire face aux “ nouvelles menaces ” ont été très vite assurées par l’Alianza. Dans le cadre de la campagne électorale, F. De la Rua a déclaré qu’il augmenterait le budget destiné à la lutte contre le trafic de drogue en y incorporant la technologie.101 Bien qu’il se soit prononcé contre la création d’un nouvel organisme destiné à la lutte contre le trafic de drogues, une sorte de DEA argentine, il a cependant parlé du développement de la Commisión de Estrategia Conjunta.102 Ultérieurement, le ministre de l’intérieur, F. Storani, a indiqué au gouvernement américain que la politique de coopération avec les Etats-Unis dans la lutte contre le terrorisme et le trafic de drogue développée par le menemisme serait poursuivie et améliorée.
103 L’Argentine a annoncé qu’elle renforcerait le contrôle aérien à l’aide d’équipements et de soutiens logistiques américains.En relation aux installations territoriales et au conflit en Colombie, la position de l’Alianza a différé de celle du menemisme. L’établissement d’une base américaine sur le territoire argentin n’a pas été très intéressante pour l’Alliance, pas plus que pour le justicialisme post-menemiste. Le président argentin F. De la Rua a refusé une présence militaire ou “ paramilitaire ”104 externe sur le territoire national. En relation à la Colombie, F. De la Rúa, à la différence de Menem, a accompagné la position du Brésil en revendiquant une politique de non-intervention.105 La question colombienne a occupé une place centrale lors de la réunion des présidents sud-américains en septembre 2000 où la critique la plus dure du “ Plan Colombie ” a été soutenue par H. Chávez.106 La relation américano-argentine prend un nouvel axe pendant la brève administration radicale : les exercices conjoints sur le territoire argentin. En septembre 2000, sous le regard de l’ambassadeur des Etats Unis en Argentine (J. Walsh) et le chef du Commando Sud (P. Pace) les exercices militaires107 multinationaux dans la province de Cordoba avec la participation de l’Argentine, du Chili, du Paraguay, de l’Uruguay, de la Bolivie, de l’Equateur et du Pérou108 expriment la nouvelle configuration stratégique. Le Brésil dans un geste de différentiation a refusé de participer dans l’“ Operativo Cabañas 2000 ”. Premier de ce type dans la région, cet exercice militaire a été financé par les Etats-Unis (2,5 millions de dollars )109 dont le but est d’intégrer et de renforcer la coopération des armées de la région. Axé sur la sécurité coopérative, il a cherché l’unification doctrinaire et des schémas d’opération basés sur la mission de soutien de la paix. Ce n’est sans doute pas par hasard que l’“ Operativo Cabañas 2001 ” de septembre 2001 s’est déroulé dans la province de Salta. En effet, depuis 2000, Salta connaissait de fortes mobilisations sociales qui ont été violemment réprimées par la gendarmerie, notamment dans la ville de Tartagal où la répression a fait plusieurs morts. Ces incidents ont été accompagnés de commentaires faisant état de l’infiltration de la narco-guérilla. La “ délinquantisation ” de la protestation sociale, en vue de sa démonisation commencée par le menemisme, a été poursuivie par F. De la Rua.110 Derrière les “ piqueteros ” se cachent les cartels des drogues, la guérilla colombienne ou des nouvelles formes de la subversion internationale, à mi-chemin entre le criminel et le politique.La pression des Américains sur le gouvernement de F. De la Rua repose sur le vote d’une loi sanctionnant le blanchiment d’argent et la modification de la loi sur la sécurité intérieure qui limite la participation des militaires à des actions directes contre les narcotrafiquants.111 Au début de l’année 2000, le ministre de la Défense de l’Alianza, R. López Murphy, a refusé la suggestion du chef du Commandement Sud, C. Wilheim, selon laquelle les forces armées argentines doivent se préparer à lutter contre les narcotrafiquants.112 Il a rejeté la demande américaine de modifier la loi pour que soit transférée à l’armée la mission de la lutte contre la drogue.  Cependant, avec le 11 septembre, survient un changement.  En Argentine, “ la guerre contre le terrorisme ” a lancé une discussion sur la participation des militaires dans des tâches de sécurité intérieure.
Le Président F. De la Rua a soutenu que la loi de défense, adoptée à l’époque de R. Alfonsin interdisant aux armées de faire du renseignement interne, n’était plus d’actualité.113 Il s’est prononcé en faveur de l’utilisation de tous les instruments disponibles pour combattre le terrorisme en soulignant la nécessité d’ouvrir le débat sur la participation des militaires dans ce type de conflit. Par ailleurs, le ministre de la défense et les militaires ont soutenu qu’il n’était pas possible de continuer à penser deux systèmes de renseignement, interne et externe, et qu’il fallait lier sécurité et défense. Le chef de la Marine a également déclaré qu’un nouveau système de renseignement demandait des attitudes sans préjugés pour définir
le rôle des armées.114 Les attentats ont accéléré le processus de repositionnement des militaires qui a accompagné la montée des conflits sociaux de la fin des années 90. La guerre contre le terrorisme légitime un nouveau rôle des armées en permettant un consensus sur la réforme de l’appareil de renseignement et la participation des militaires dans les tâches de sécurité, via principalement la maîtrise de la collecte d’information.115 116 .Le cas argentin117 est paradigmatique puisque que sous l’impact de la grave crise économique dont souffre l’Argentine, l’année 2001 avait été caractérisée par des projets de transformation de l’armée en une force de sécurité destinée au conflit social ou de fusion avec les forces de sécurité.  Sous une rationalité économique, la disparition de l’armée a même été évoquée.  Les réactions face aux attentats ont mis en évidence la continuité des divergences stratégiques entre le Brésil et l’Argentine installées dans les années 90. Le désir d’une partie de la société politique argentine de participer à une coopération militaire que les Etats-Unis n’ont jamais demandé, -ils lui ont donné le rôle de tout associé mineur : inconditionnalité politique et soutien au renseignement-, contraste avec la politique du Brésil qui a refusé toute possibilité d’engagement se limitant à une solidarité un peu plus que déclarative.
L’Administration radicale a exprimé une solidarité totale et complète avec les Etats-Unis, soulignant que l’Argentine ne pouvait pas rester neutre face aux attentats et a donné, à ce titre, son accord pour la formation d’une grande coalition anti-terroriste. Or, à la différence du menemisme pendant la guerre du golfe, F. De la Rua a insisté à chercher un accompagnement de l’Amérique latine et le soutien des organisme internationaux. Le gouvernement a exprimé, pour se différencier des attitudes du menemisme, son désir de consulter le congrès sur la possibilité d’envoie de troupes. 118
L’Argentine a soutenu la décision d’activer le Comité interaméricain contre le Terrorisme119, a relancé l’idée de la création d’une force militaire interaméricaine envers laquelle le Brésil, le Mexique et le Venezuela sont par ailleurs réticents et a cherché un engagement actif dans le cadre de l’OEA et du TIAR. Les autorités militaires ont déclaré être préparées pour l’envoi de soldats ou de bateaux120 ou pour remplacer les troupes américaines dans la Kfor.121 Selon le gouvernement, l’Argentine ne peut pas rester neutre face aux attentats. L’administration a fixé une orientation en syntonie avec l’OEA et les Nations-Unies exprimant une solidarité totale et complète avec les Etats-Unis. F. De la Rúa a fait référence à la nécessité d’un accord pour la formation d’une grande coalition anti-terroriste fondé sur l’idée de défendre “ nos valeurs et ne pas rester isolé du monde ”. Il a fait l’effort de montrer que le gouvernement travaillait de façon conjointe avec les Etats-Unis en matière de renseignement et de contrôle des frontières et d’aéroports. La position du gouvernement contraste avec la réticence négative de la société à s’engager dans une guerre.
Les attentats du 11 septembre ont introduit avec force la figure du “ narco-terroriste ” ainsi qu’une nouvelle zone prioritaire dans le schéma sécuritaire. La pression immédiate des Etats-Unis après les attentats en vue d’un plus grand contrôle dans la “ Triple frontière ” a conduit à renforcer la sécurité dans la zone. L’augmentation des agents de renseignements nationaux et étrangers a été accompagnée par des rumeurs en Argentine sur une possible intervention militaire.
Brésil
Le Brésil perçoit négativement la stratégie américano-argentine de la région. Les mesures qui l’ont accompagnée sont révélatrices d’acte dont les conséquences peuvent être contraires à l’intérêt national du Brésil. Les diplomates brésiliens craignent que cette tendance persiste après Menem,122 instituant des continuités stratégiques.
Le Brésil refuse une expansion militaire américaine dans le cône sud. Il n’est pas disposé à coopérer avec une intervention multi-régionale en Colombie. Selon lui, la Colombie ne constitue ni un conflit régional ni une crise qui nécessiterait l’intervention d’un troisième pays. La Chancellerie brésilienne soutient que la résolution du conflit ne peut être militaire.123
Pour le Brésil, les Etats-Unis ne peuvent pas s’engager militairement dans la région. Le Brésil s’est opposé à la politique présentée par McCaffrey lors de sa visite officielle en Amérique du Sud,124 selon laquelle le problème colombien demande l’implication de tous les pays de la région125 étant donné que la guérilla représente une menace pour les pays voisins.126 Pour le Brésil l’intervention américaine provoquerait une “ frontière chaude ”.  Le Brésil a perçu négativement les installations américaines et les manoeuvres militaires conjointes. Dès le début des années 90, les militaires brésiliens soutenaient déjà que les Américains avaient le désir de construire d’autres bases militaires en Amérique du Sud dans la mesure où le Panama ne satisfaisait plus totalement les intérêts sécuritaires américains dans la région. Le Brésil avait refusé l’installation de bases sur son territoire. Par ailleurs, les militaires ont toujours été préoccupés par les manoeuvres conjointes de l’armée américaine et des autres armées de la région (Guyana, Venezuela, Colombie, Pérou et Argentine). Celles-ci consistaient la plupart du temps en exercices anti-narcotrafiquants.127 Selon la presse, le Brésil saurait que le Commandement Sud veut installer une base sur le territoire argentin, ce qui l’inquiète puisque celle-ci serait établie à sa frontière.128 Dans ce contexte, le projet de création d’une zone permanente militaire d’entraînement n’a fait qu’accroître les inquiétudes brésiliennes qui ont été transmises aux autorités argentines.  La réaction brésilienne s’est produite au moment où il régnait une forte tension au sein du Mercosur, alors que celui-ci traversait des querelles commerciales parmi les plus importantes de son histoire. La susceptibilité très forte des brésiliens s’explique de trois façons :
1)Le sentiment que la nouvelle alliance argentino-américaine bouleverse la relation particulière historiquement maintenue du Brésil avec les Etats-Unis. Tout au long du XXè siècle, les Argentins ont eu le sentiment que le Brésil utilisait sa relation particulière avec les Etats-Unis pour les surpasser et consolider son hégémonie en Amérique du Sud. Curieusement, aujourd’hui, les Brésiliens ont ce même sentiment envers les Argentins.
2)La réactualisation de la perception d’encerclement. Les installations américaines provoquent une sensation d’étouffement géopolitique, éprouvée de façon traditionnelle par le Brésil. La méfiance brésilienne envers l’encerclement trouve ses racines dans l’époque coloniale. Dans l’imaginaire brésilien, la perception de la viabilité de la constitution d’une alliance ou d’une coalition à caractère anti-brésilien, conduite par l’Argentine, a perduré de façon continue du Baron de Rio Branco jusqu’à M. Travassos.  Selon la perception brésilienne, l’Argentine a toujours cherché à isoler le Brésil en tentant de constituer un bloc hispanophone sous sa propre direction. L’affectation d’une des priorités de l’intérêt national brésilien.129 La stratégie américaine touche la question la plus sensible et la plus importante de l’intérêt national brésilien à savoir l’Amazonie,130 et un des problèmes les plus sensibles de la relation avec les Etats-Unis : l’environnement.
4)Les militaires brésiliens sont très ancrés dans le principe classique de la souveraineté nationale alors que l’alliance argentino-américaine fait l’apologie du devoir d’ingérence.
Au début des années 90, les militaires brésiliens ont essayé de rétablir leur rôle politique à partir d’une thématique prépondérante dans l’agenda international de la post-guerre froide : l’environnement.131 Dans le renouvellement des missions militaires, l’Amazonie permet d’une meilleure façon que la sécurité publique, l’autre nouvelle menace,132 aux militaires de jouer ce rôle central dans le destin du Brésil et dans l’avenir de la Nation toujours recherché. Les militaires ont constamment été l’acteur principal de la présence de l’Etat en Amazonie. L’infrastructure militaire continue à être l’axe du développement général de la région.  Les militaires vont redéfinir leur stratégie et leurs hypothèses de conflit pour le XXIè siècle en instituant ce que l’on pourrait appeler la “ Doctrine de la Sécurité Naturelle ”.133 Héritiers de leur tradition géopolitique, et de ce qu’ils appellent l’“ Intégration de l’espace amazonien au noyau du pouvoir national du Brésil ” les militaires déterminent l’incidence internationale de l’Amazonie,134 les facteurs antagoniques à l’intérêt national, les menaces et les ennemis à combattre.  Les enjeux de la région sont multiples, de la bio-diversité à la minerie, en passant par la question environnemental, les réserves indigènes ou les combats contre les divers trafics.135 La mission de protection de l’environnement accompagne le déplacement des unités militaires du Sud, la frontière avec l’Argentine, au Nord. La présence sur le terrain accompagne la vigilance aérienne.

Les militaires brésiliens, préoccupés par la proposition de l’internationalisation de l’Amazonie comme réserve écologique de l’humanité, émettent l’hypothèse que les puissances étrangères, et plus particulièrement les Etats-Unis, auraient des intérêts dans les richesses de la région.136 Ils craignent que les Etats-Unis137 ne s’introduisent en Amazonie sous des prétextes tels que l’écologie et le narcotrafic. Dans ce cadre de méfiance, les militaires brésiliens vont développer, indépendamment des Etats-Unis, leur propre système de couverture aéro-satelitale. Le gouvernement brésilien a montré sa disposition à partager l’information, résultat du système de satellites avec les pays de la région.  Au Brésil de la thèse selon laquelle la pression pour conserver l’écosystème résulte des intentions du Nord de le réserver pour de futures exploitations au bénéfice des pays industrialisés, en refusant le profit immédiat pour le développement des propriétaires est enracinée dans un large espace de la société.
Pour les militaires, mais aussi pour des secteurs de la gauche brésilienne, la “ troca ” de la dette externe pour des projets de protection où les tribunaux écologiques internationaux manifestent l’intention des pays développés d’éviter que le Brésil maîtrise sa souveraineté dans la région : Amazônia é nossa. Les acteurs non gouvernementaux remettent en question la souveraineté.  La tentative d’internationaliser la région est l’élément central de la théorie du complot pour prendre aux brésiliens le contrôle de l’Amazonie.  La notion de souveraineté qu’elle génère se dote d’une forte ambiguïté.  L’universalisation de l’Amazonie a fait partie d’une campagne pour dévaloriser les activités de ceux qui travaillent pour la protection écologique et sociale en installant un climat approprié pour l’expulsion des “ éléments subversifs ”. Elle a été utilisée dans le cadre des demandes de justice lors de l’assassinat du dirigeant syndical et écologiste Chico Mendes.138 Le principe de non-intervention a un rôle central dans la volonté du Brésil de se consolider comme contrebalance à l’hégémonie américaine dans la région. En vertu de ce principe, le Brésil a arrêté les intentions de l’OEA sous la pression des Etats-Unis d’appliquer des sanctions au Pérou en raison de la dénonciation de fraudes électorales. La possibilité de l’intervention militaire en Colombie a fait resurgir la question de la souveraineté dans toute l’Amérique latine. Elle a produit un effet contraire, un refus presque total au retour du big stick de Théodore Roosevelt.

Or, la définition de l’intérêt national brésilien paraît coïncider dans quelques points avec les stratégie américaine. Au début du XXIè siècle, dans le cadre d’une situation économique de plus en plus complexe, le Brésil produit quelques faits qui le rapprochent aux Etats-Unis.  _ L’armée brésilienne s’engage de plus en plus dans la lutte contre le narcotrafic. Le Brésil a développé l’entraînement d’unités militaires antidrogues dans la jungle.139 _ Le Brésil a renforcé militairement sa frontière avec la Colombie, ce qui était une des priorités des Etats-Unis.140 _ Le “ Mouvement sans terre ” est conceptualisé comme un défi au gouvernement fédéral. Les militaires soulignent la liaison avec les FARC avec une représentation proche de celle américaine.
_ Le Brésil a accordé aux Etats-Unis l’utilisation d’une base brésilienne aux fins d’ installation de satellites.
_ Le Brésil participe aux exercices militaires conjoints.  L’ambiguïté de l’antagonisme light entre le Brésil et les Etats-Unis résulte du fait que le pays sud-américain cherche des conduites autonomisantes dans la limite de ce que la puissance hégémonique peut tolérer.
Une forme d’“ autonomie hétérodoxe ” dans le sens donné par J. C. Puig :
on continue à accepter le leadership de l’hegemon au niveau stratégique, mais on est en désaccord avec le fait que celui–ci puisse déterminer le modèle de développement interne.141La croyance dans une déterminée appartenance “civilisationnelle”
L’insertion dans le monde produit par le menemisme dans les années 90 dépasse largement ce mouvement en devenant un principe de construction identitaire que régulent les relations internes et externes. Cette insertion, bien qu’atténuée, sera continuée par l’Alianza en faisant parti de l’imaginaire d’un secteur important de la société argentine. Elle est cohérente avec une représentation qui vise à désagréger au nom de la liberté, tout principe d’organisation souveraine territoriale soit nationale ou régionale des sociétés politiques, au profit d’une mondialisation des élites et des enjeux et d’une homogénéisation universelle culturelle sous l’influence de la civilisation américaine.

Ce macro courant, où confluent divers partis politiques, refuse l’appartenance du pays à la périphérie en se basant sur les caractéristiques culturelles et la composition ethnique de la population. Elle implique le choix d’une économie ouverte de marché et de “ l’Occident ”. Ce courant se reconnaît dans le projet d’affiliation étroite avec l’Angleterre du XIXè siècle. L’Argentine est vue comme un pays européen qui doit appartenir au premier monde : alliance avec les pays de l’OCDE et participation à l’OTAN. L’alliance avec les Etats-Unis142 est centrale pour participer à la globalisation et garantir une économie ouverte et dérégularisée. L’alignement avec les Etats-Unis est la garantie contre les prétentions hégémoniques brésiliennes. Le Brésil apparaît comme un marché important, une priorité commerciale mais l’objectif central est l’ALCA. Ce modèle est soutenu par les secteurs à forte concentration économique et très méfiants à l’égard de toute forme de protectionnisme associé au nationalisme qui ont accompagné le modèle d’intégration pendant le gouvernement Menem.  L’intégration est un processus fondamentalement privé avec une participation faible de l’appareil étatique. Ils craignent que le Mercosur, sous l’influence brésilienne, ne devienne un marché fermé avec un très haut niveau de protectionnisme et d’intervention étatique engendrant la défense d’un régionalisme ouvert qui assure le libre commerce et l’adhésion au schéma de sécurité coopérative.
Au début de la crise argentine, en janvier 2002, le gouvernement installé, génère les expectatives d’une modification dans les représentations.  La rupture sera éphémère. Le soutien de Cardoso143 à Duhalde et la décision de ce dernier de renforcer le Mercosur, affaiblie progressivement depuis la fin des années 90, vont laisser très vite la place à une tentative, non réciproque, de réalignement avec les Etats-Unis. Le rapprochement avec le Brésil proclamé initialement par le président argentin est abandonné par l’option adoptée pour sortir de la crise. Le désir d’une partie importante du gouvernement argentin -le chancelier Ruckauf, l’ambassadeur aux Etats-Unis Guelar et le porte-parole du président Amadeo-, de renouveler les “ relations charnelles ” comme unique option pour la sortie de l’Argentine de la crise est accompagné par les déclarations des précandidats à la présidence, Menem, Romero et López Murphy, qui soutiennent la nécessité de l’alignement automatique avec les Etats-Unis.

Il faut souligner que E. Duhalde comme candidat du PJ à la présidence de 1999, accordait une place centrale à la continuité de l’alignement avec les Etats-Unis.144 Concernant la participation argentine à une hypothétique intervention militaire en Colombie, Duhalde envisage cette possibilité, considérant la prééminence du droit d’ingérence sur la non-intervention et l’identification de la guérilla avec le narcotrafic. Selon lui, on ne peut pas, pour des raisons de souveraineté, refuser la possibilité d’une intervention puisque la souveraineté de la Colombie est remise en question par la narco-guérilla.145 Il ne s’est pas opposé à la possibilité d’une installation d’une “ base ” américaine sur le territoire argentin.146 Les commentaires du président Duhalde sur la possibilité de participation des militaires argentins en Colombie, -sans importance étant donné l’impossibilité d’un gouvernement sans légitimité d’engager des forces armées dans un conflit-, l’offre d’assistance pour la formation de personnel militaire colombien en Argentine ou la décision du gouvernement via un subterfuge juridique de garantir l’immunité diplomatique aux troupes des Etats-Unis147 sont les traces d’une politique passée incapable de modifier une nouvelle conjoncture.
Si dans les discours l’Argentine continue d’être considérée comme un allié, une tension existe depuis décembre 2001 dans la relation bilatérale.  L’Argentine ne figure plus parmi les pays avec lesquels les Etats-Unis cherchent à établir des “ coalitions flexibles ” pour faire face aux conflits régionaux, comme c’est le cas du Mexique et de la Colombie mais aussi du Chili et du Brésil. La National Security Strategy de septembre 2002 paraît confirmer ce postulat. Au début du XXIè siècle, dans un effort destiné à accélérer l’ALCA pour relancer l’économie américaine, les Etats-Unis essaient une nouvelle politique vis-à-vis du Brésil. Héritier de la tradition des pays clés, dont H. Kissinger a été le plus haut théoricien, l’administration Bush veut que le Brésil soit son associé tant commercial que stratégique.
148 Dans une Amérique latine en effervescence, les élections présidentielles brésiliennes en octobre 2002, avec un PT méfiant de l’ALCA et un candidat comme Lula très engagé vis-à-vis du Mercosur sont un point d’inflexion.

Conclusion
Une réflexion stratégique sur la région demande de prendre en considération le fait que les Etats-Unis imposent leur hégémonie par la force et par la pression mais aussi par la persuasion ou par l’admiration. Selon la terminologie de J. Nye, ils articulent des variables de pouvoir dur avec des variables de pouvoir souple.149 Dans l’Amérique latine de post guerre froide, les acteurs régionaux établissent, encore une fois, leur relation en fonction de la stratégie américaine.  Les possibilités qu’ont les Etats-Unis de casser l’alliance argentinobrésilienne au cas où elle se trouverait en contradiction avec leurs intérêts sont évidentes. Les crises successives, politiques comme économiques, accentuées à partir de 1997 ont aidé à percevoir les difficultés du Brésil et de l’Argentine pour établir une alliance stratégique étant donnée que les perceptions qu’ils ont des politiques des Etats-Unis pour la région sont diamétralement opposées.
Il faut considérer les divergences stratégiques dans une temporalité longue dans la mesure où les représentations construisent des cultures politiques.  Mais il faudrait aussi prend en compte le désir d’appartenances “ civilisationnelles ” des élites. Dans l’architecture géopolitique résultat de “ l’action préventive ” ceci a une importance majeure. Sous la pression des Etats-Unis de pays en principe “ souverain ” peuvent être contraints à s’engager dans des conflits qui sont éloignés voir même à l’opposé de leur intérêts.


- Notes -


1.Selon A. Valladao, depuis plus d’un siècle, les liens entre Etats-Unis et Amérique Latine n’ont jamais été aussi nombreux et se sont développés à une vitesse vertigineuse. Le Retour du Panaméricanisme, Crest, La Documentation Française, Paris, 1995, p 7.
2.Pendant la guerre froide, la menace communiste était le déterminant stratégique du système d’alliances régionales développé par les Etats-Unis. Le système interaméricain de défense avait trois axes :
Inter-American Defense Board (IADB) (1942), le Traité interaméricain d’assistance réciproque (TIAR)
(1947) et l’Organisation des Etats Américains (OEA) (1948).
3.Janne Nolan, Global Engagement : Cooperation and Security in the 21 st Century, Washington, The Brookings Institution, 1994.4.L’armement est depuis longtemps un objectif de la sécurité américaine: limitation de la prolifération des armes nucléaires, chimiques et biologiques, empêchement de transférer une technologie avancée aux nations hostiles. L’interdiction générale et vérifiable d’une catégorie entière d’armes de destruction massive en Amérique latine a été une priorité. Pour Washington, tout au long des années 80 et au début des années 1990, le problème était, de fait, circonscrit à l’Argentine et au Brésil -et au Chili, dans une moindre mesure. Ces trois pays avaient en effet refusé d’appliquer le traité de Tlatelolco. L’administration Clinton a fait de la non-prolifération d’armes de destruction massive l’un des ses objectifs centraux.
5.Virgilio Beltrán, “ Buscando nuevos roles para los ejércitos de América latina ”, SER en el 2000, N° 4, Septiembre 1993, p 42.
6.Dans cette assemblée, les Etats-Unis ont présenté une résolution pour défendre la démocratie sur le continent. Le projet prévoyait l’intervention politique d’un groupe de pays au cas où la démocratie serait en danger. La résolution, qui n’a pas été approuvée, fut refusée catégoriquement par le Mexique, le Brésil et la Colombie. Cette même Assemblée avait adopté la création du Comité Anti-terroriste de l’OEA. Ce comité, soutenu par le ministre de l’intérieur de l’Argentine à la demande tacite des Etats-Unis, autorise les Etats membres à demander une coopération étrangère dans la lutte contre le terrorisme. Il constituerait un outil approprié pour des interventions multilatérales. L’opposition la plus forte a été exprimée par le Brésil et la Colombie.
7.La politique pour la Colombie ou le débat sur la fin du boycott à la vente d’armes en sont un exemple.
8.Selon Enrique Vigil, il y a actuellement en Colombie une quantité de conseillers militaires américains comparables à ceux présents au Salvador au début des années 80. “ Le grand retour de Washington
”, L’Atlas 2000 des conflits, Manière de voir, N° 49, Le Monde diplomatique, janvier/février 2000.
9.Indépendamment de son discours nationaliste, de sa critique du modèle néolibéral et de sa position face à Cuba, son refus d’autoriser l’utilisation de l’espace aérien vénézuelien par des vols militaires américains et de toute présence militaire américaine sur le territoire vénézuélien, a des conséquences sur la stratégie américaine.  Dans ce cadre, aux accusations d’une entente de H. Chavez avec les FARC, on a ajouté celle d’hypothétiques liens avec les narcos. Ainsi B. McCaffrey a fait référence aux possibles liens du président Chavez avec les narcotrafiquants. La Nación, 28/8/1999. Par la suite, cette information a été démentie par l’ambassade américaine à Buenos Aires. Interrogé sur l’intervention militaire, H. Chavez a répondu qu’il s’agirait d’un “petit Vietnam ” et a demandé une conférence internationale pour étudier la situation. Clarín, 21/8/1999. Il a donné très tardivement, avril 2001, son soutien à l’initiative américaine pour la Colombie.10. Joseph Tulchin “ Oportunidades para América Latina ”“ Un nuevo regimen de seguridad hemisférica ”, Seminaire “ Hacia las Fuerzas Armadas del año 2000 ” en SER en el 2000, N° 7, marzo 1995, p 28.
11. Joseph Tulchin “ Oportunidades para América Latina ” “Un nuevo regimen de seguridad hemisférica”, Seminaire “Hacia las Fuerzas Armadas del año 2000 ”, op cit, p 29.
12. Les années 30, avec l’abdication unilatérale de l’utilisation compulsive de la force pour encaisser une dette, constituent une exception.13. Joseph S. Tulchin, “ Redefining National Security In the Western Hemiphere : The Role of Multilateralism ”, Peace and Security in the Americas, Bulletin du Woodrow Wilson Center (Washington), Centro Latinoamericano de Defensa y Desarme (Santiago), FLACSO, Washington, septembre 1994.
14. Alfredo Valladao, Le Retour du Panaméricanisme, op cit.15. L’opération “ Blast Furnace ” en Bolivie juillet /novembre 1986 constitue un antécédent.
16. La couverture de la revue Norte-Sur de l’Université de Miami met en relation l’affaiblissement du militarisme avec la lutte contre le trafic de drogue. Norte-Sur, Vol 1, N° 2, août/septembre 1991.
17. Les cas péruvien et colombien sont particulièrement intéressants puisqu’ils montrent comment l’assistance militaire destinée à la lutte contre la drogue est détournée au profit du combat anti-insurrectionnel.
18. La politique américaine se fonde sur l’idée que réduire l’offre réduit l’usage.
19. Au Pérou, les liens entre la lutte anti-narco et anti-guérilla datent des années 80. Ainsi le mot “ narco-guérrille ” a été forgé par le président Belaunde Terry. Au Mexique, à partir 1995 (administration Zedillo), les budgets militaires ont augmenté au nom de la lutte anti-narcotrafique. Bien que les militaires mexicains aient essayé, en vain, de lier le EZLN avec le trafique de drogue, ils ont évité de qualifier les mouvements des Etats de Guerrero et Oaxaca de narco-guérrillas.
20. La militarisation de la lutte contre la drogue conduit le Costa Rica à repenser son ancienne tradition de démilitarisation. Ce pays a une force de sécurité divisée entre la Garde civile et la Garde rurale.21. L’armée mexicaine a été la première du continent à s’impliquer dans lutte anti-narco en 1948.
22. Rut Diamint, “ Las relaciones cívico-militares en las nuevas democracias de América Latina ”, in Control Civil y Fuerzas Armadas en las nuevas democracias de América Latina, GEL-Universidad T.  Di Tella, Bs As, 1999, p 17.
23. Rut Diamint, “ Las relaciones cívico-militares en las nuevas democracias de América Latina ”, op cit, p 17.
24. Déclarations du chef de la troisième région de la gendarmerie, Clarín, 6/1/1997.
25. En 1997, le président du Panama, Ernesto Pérez Balladares, avait accepté la création d’un organisme interaméricain militarisé pour combattre les narcotrafiquants avec une importante présence nordaméricaine.  La proposition qui cherchait à transformer la base Howard en un centre de contrôle du trafic de drogue permettait aux Etats-Unis de rester au-delà de la date prévue de leur départ du 31/12/1999.  Par la suite, le président Moscoso a refusé cette proposition américaine.
26. L’éloignement géographique complique les missions de sécurité dans l’hémisphère sud à un niveau opérationnel et augmente leur coût.27. Dans le cadre de l’alliance avec les Etats-Unis, l’Argentine a apporté un soutien diplomatique important à cette stratégie.
28. Cette base avait été crée en 1983 pour soutenir la politique américaine dans la région en particulier la “ contra nica ”. Réduite dans son fonctionnement, elle a été réactivée en 1996.
29. A la fin des années 90 ils opèrent à partir des bases aériennes de Palanquero, Apiay et Tres Esquinas.
30. Clarín, 13/8/1999.
31. Avec les accords signés, les gouvernements cèdent aux Etats-Unis l’utilisation des bases aériennes et maritimes pour dix années avec possibilité de renouvellement. Les accords prévoient un accès sans limite du personnel et des équipements des armées américaines ainsi que la possibilité d’élargir ou de construire de nouvelles installations. Les installations sont mises à la disposition des Etats-Unis sans frais, ainsi que les terrains. Les Etats-Unis peuvent apporter dans ces centres tout type et quantité d’armes, d’avions et d’équipement. Il est toutefois prévu une limite quant à la présence du personnel des Etats-Unis variable pour chaque Centre. Dans le cas de Manta, FOL le plus important, le personnel oscille entre 250 et 300 hommes militaires dans les périodes normales. Mais il peut être augmenté sur demande.
32. Les Etats-Unis ont signé des accords bilatéraux pour entrer dans l’espace aérien des pays de la région à l’exception du Venezuela qui leur a refusé ce droit.
33. Il faut souligner que des erreurs commises dans l’intersection d’un avion en Pérou a stoppe momentanément les contrôles.
34. L’Etat colombien a perdu non seulement le monopole de la violence et le contrôle du territoire, mais aussi la capacité d’imposer ou de négocier une solution politique avec les diverses organisations irrégulières.
35. Les critères de reconversion de la narco-agriculture en agriculture moderne, à la base de la conception européenne de l’aide à la Colombie, apparaissent opposés à la politique d’intervention militarisée des Etats-Unis. Sur ce sujet, voir Alain Joxe “ Grande Colombie : guerre antidrogue et processus de paix ”, Le débat stratégique euro-américain 1999-2000, Cahier d’Etudes Stratégiques, N° 29, GSD, EHESS, Paris, 200036. Clarín, 22/7/1999.
37. Nous faisons référence aux négociations de paix entamées à partir du 7/1/1999 entre le gouvernement colombien et la guérilla.
38. Clarín, 29/8/1999.
39. La Nación, 28/8/1999.
40. Clarín, 26/7/1999.
41. E. Luttwak indique également que les militaires colombiens seraient mal préparés pour combattre la guérilla.
42. Clarín, 12/8/2000.
43. La Colombie est le troisième pays destinataire de l’aide américaine après Israël et l’Egypte.44. Clarín, 1/9/2000.
45. Clarín, 29/3/2000.46. Lors de sa visite en Amérique latine en 1999, B. McCaffrey a demandé que le Mercosur exerce une pression sur le Paraguay, très tolérant au regard du trafic de drogue.
47. Trois villes sont au coeur de la triple frontière, Foz do Iguaçu, (Brésil), Puerto Iguazú (Argentine) et surtout la ville paraguayenne de Ciudad del Este (ex-Puerto Stroessner) lieu traditionnel d’intenses activités clandestines, présente toutes les manifestations du désordre planétaire actuel dont la contrebande en tout genre (armes, stupéfiants, voitures volées, êtres humains, faux documents d’identité, animaux), la falsification de produits, le blanchiment d’argent, etc.
48. L’hypothèse américaine était que, dans le cadre de la victoire des secteurs modérés en Iran et de la possibilité d’un accord de paix entre Israël et la Syrie, une partie du Hezbollah implantée dans le sud de Liban pouvait émigrer vers cette région et entrer en contact avec des groupes de narcotrafiquants.Clarín, 15/3/2000.
49. Les services américains et argentins soutiennent que les auteurs de l’attentat Luxor en Egypte en 1997, y ont trouvé refuge. Hassan Aly Mokhler, accusé d’avoir participé à cet attentat, a été détenu à la frontière du Brésil avec l’Uruguay pour détention de faux papiers d’identité. Son épouse vivrait toujours dans la zone des “ trois frontières ”. Un autre accusées de cet attentat a été détenue postérieurement.
50. Selon les Etats-Unis, Al-Qaeda préparerait des attentats contre les ambassades américaines en Equateur et Uruguay. Clarín, 30/10/2001.
51. O Globo, 28/10/2001.52. Depuis 1999, les services de renseignement de l’Argentine y cherchent des traces et des connexions de O. Ben Laden.
53. Il existe donc une forte présence du personnel de renseignement, et les services argentins travaillent étroitement pour et avec les services américains.
54. Une décision simple comme l’absence de demande de visa aux citoyens argentins pour aller aux Etats-Unis gêne les autorités brésiliennes puisqu’un visa est demandé aux Brésiliens.55. Le Grupo Rio est un mécanisme de concertation politique de l’Amérique latine créé en 1986. Il intègre presque tous les pays de l’Amérique du Sud et des représentants par rotation de l’Amérique centrale et des pays anglophones des Caraïbes.
56. Alfredo Valladao, Le Retour du Panaméricanisme, op cit, p 87 et ss.
57. A partir de 1996 les rumeurs sur l’achat par les pays de la région de F16, F18, JAS-39 Grippen, Mirage 2000-5 ou Mig 29 sont une constante.
58. La peur que la fin du boycott relance la course aux armements dans la région était présente dans les milieux diplomatiques, militaires, académiques et journalistiques.
59. Carlos Perez Llana, El regreso de la historia, op cit, p 294.
60. Clarín, 22/7/1996.61. Cette décision a provoqué un débat important entre les différentes agences nord-américaines.
62. La situation interne du Chili en raison de l’affaire Pinochet, de la chute du prix du cuivre et de l’élection de Lagos ont fait obstacle à la décision d’acheter des avions63. La guerre du golfe a effrayé les militaires brésiliens.
64. Carlos Escudé et Andrés Fontana, “ Divergencias estratégicas en el Cono Sur : las políticas de seguridad de la Argentina frente a las de Brasil y Chile ”, Documentos de Trabajo N° 20, Universidad Torcuato Di Tella, Bs As, julio 1995.
65. Voir Mónica Hirst “ La compleja agenda política del Mercosur ” in Riordan Roett Mercosur, integración regional y mercados mundiales, ISEM, Nuevo Hacer GEL, Bs AS, 1999.66. Nous considérons le menemisme comme un essaie de refondation de la société reposant sur un ensemble de principes fondateurs de la civilisation “ globale ”, inspirés des représentations anglo-saxonnes et antagoniques aux préceptes propres à la culture politique nationaliste traditionnelle au populisme.
67. La terreur et l’hyper-inflation, conjointement avec la défaite de la guerre des Malvinas, ont constitué des “ effets pédagogiques ” qui, agissant interactivement, ont discipliné les élites populistes en permettant la modification radicale de leurs représentations stratégiques. La métamorphose du populisme entraîne le bouleversement de toute la culture politique argentine. Le souvenir de la terreur politique et économique se révèle être à la base de la nouvelle Argentine, bâtie sur l’élimination définitive de “ l’archaïsme étatique ”, symbolisé par le populisme. Les souvenirs de la terreur et de l’hyper-inflation restent garants de la reproduction du modèle politico-économique, éléments basiques d’une citoyenneté politique non participative et d’une démocratie délégative.68. Les anciennes représentations persistent aussi chez les Américains. L’ALENA ou l’Iniciativa para las Américas a un sens géopolitique et stratégique en continuité avec la tradition américaine cherchant à empêcher les puissances extra-régionales de prendre pied sur le continent.
69. Le crainte majeure est l’augmentation de l’expérience militaire comme conséquence de la participation.
70. Clarín, 23/8/1997.71. Selon F. H. Cardoso, le malentendu entre Brésil et Argentine de mi-1999 a été le résultat de la surprise qu’a provoquée chez les Brésiliens la demande argentine d’entrée à l’Otan. Clarín, 22/8/1999.
72. Clarín, 22/8/1999.
73. Clarín, 31/7/1999.
74. Clarín, 25/7/1999.
75. Clarín, 29/7/1999.
76. O Estado de Sào Paulo, 17/8/1997.
77. Clarín, 23/8/1997.
78. Clarín, 24/8/1997.
79. Clarín, 23/8/1997.
80. La diplomatie argentine considère qu’avec l’idée du Brésil de résoudre directement ce sujet lors de l’assemblée de l’ONU, on finira par négocier la place de l’Amérique latine avec des pays hors de la région. Clarín, 23/8/199781. Clarín, 24/8/1997.
82. L’ampliation sans pouvoir de veto est une des solutions étudiées par les Etats-Unis. Le Brésil ne veut pas une banque sans veto.
83. Clarín, 12/10/1998.
84. La position de l’Argentine face à la guérilla colombienne se différencie radicalement de celle du Brésil. Pendant que ce dernier la reconnaît comme force belligérante et considère la proposition des FARC pour agir comme médiateur dans le conflit, l’Argentine de Menem la considère, conformément à l’optique américaine, comme une “ narco-guérilla ”.
85. La décision argentine de participer à la guerre du Golfe avait déjà provoqué une réaction de malaise chez les Brésiliens.
86. Clarín, 29/7/1999.
87. Clarín, 30/7/1999.88. Clarín, 26/7/1999.
89. Clarín, 29/7/1999.
90. Clarín, 22/8/1999.
91. El Ciudadano, 25/7/1999.
92. Soutenue par les Etats-Unis, il existe le projet d’installation dans la province de Terre de Feu d’une base du système international de vigilance pour la prévention et l’interdiction d’essais et des explosions nucléaires. Installée dans des territoires donnée par décret par le gouvernement de la province, elle serait destinée à des études nucléaires à des fins pacifiques.
93. Clarín, 29/8/1999.94. Clarín, 5/9/1999.
95. Démarrés en 1992, les principaux exercices ont consisté en manoeuvres de l’armée argentine avec l’armée de l’air américaine (1997), et de marines américains avec l’infanterie de marine argentine dans la région du Delta du Parana (1998).
96. Clarín, 5/9/1999.
97. Clarín, 21/8/1999.
98. Clarín, 29/8/1999.
99. Clarín, 31/8/1999.100. Clarín, 29/8/1999.
101. Elle serait destinée à améliorer les mécanismes radar destinés à la détection de vols à basse altitude.
102. Cette Commission est constituée de représentants de la Police Fédérale, de la Préfecture Navale, de la Gendarmerie Nationale, de la Police Aéronautique, de l’Administration des Douanes, du Service Pénitencier National et des Polices Provinciales.
103. Clarín, 15/3/2000.104. L’utilisation du mot paramilitaire par De la Rua lors de l’entretien avec B. Mc Caffrey a engendré des problèmes avec la délégation américaine.
105. Clarín, 1/9/2000.
106. Clarín, 1/9/2000.
107. Le ministère de la défense de l’Argentine avait programmé en 1999 ces exercices conjoints avec le Commandement Sud. Clarín, 5/9/1999.
108. Clarín, 21/9/2000.
109. Clarín, 21/9/2000.
110. Avec les incidents à Tartagal (Salta) se réinstallent les références au complot étranger à caractère subversif.111. La loi 24.059 sur la sécurité intérieure régule la fonction des forces armées dans la lutte contre le trafic de drogue. Selon la loi argentine, elles peuvent seulement apporter un soutien logistique aux forces de sécurité.
112. Clarín, 29/3/2000.
113. Clarín, 20/9/2001.
114. Clarín 30/9/2001.
115. En 1999, des militaires de haut rang argentins ont été accusés de violer les lois de défense et de sécurité nationales qui interdisent l’espionnage militaire interne. En août 2001, c’est l’armée brésilienne qui a été accusée des taches d’espionnages contre des politiques et des journalistes.
116. La justice fédérale de Córdoba a découvert l’existence d’activités illégales, de services de renseignements de l’armée sur des partis politiques, syndicats, journalistes et groupes universitaires Clarín, 26/8/1999117. A partir de l’année 2000, le Brésil a donné aux militaires des prérogatives en matières de sécurité intérieure perdues dans les années 80. Or, paradoxalement au Brésil où les militaires sont sortis plus forts de la transition et où ils ont conservé des prérogatives traditionnelles, ils manifestent moins d’intérêt à participer à la nouvelle lutte.
118. Clarín, 20/9/2001.
119. Dans la réunion préparatoire de la deuxième conférence interaméricaine de lutte contre le terrorisme (Mar del Plata, 23 et 24 novembre 1998) avec l’idée que le système de sécurité continental établi par le TIAR (1947) était inapproprié pour faire face aux défis de l’époque moderne que sont le terrorisme international et le trafic de drogue, le menemisme avait proposé dans l’OEA la création d’un mécanisme pour coordonner la lutte contre le terrorisme au niveau régional. Cette proposition était destinée à définir une stratégie en commun, à créer de nouveaux outils dans la lutte contre ces menaces et à y faire face par un bloc de nations.
120. Clarín, 30/9/2001.
121. Clarín, 30/10/2001.122. Clarín, 21/8/1999.
123. Clarín, 21/8/1999.
124. Mc Caffrey a signé un accord de coopération sur l’action des fonctionnaires de la DEA au Brésil et a préparé les visites du Chef du Commandement Sur, C.Wilhem, et du secrétaire américain de la Défense, William Cohen. Selon la presse argentine, ces visites auraient pour objet d’offrir des équipements et de l’argent au Brésil pour encercler la guérilla colombienne. La Capital, 19/8/1999.
125. La Capital, 19/8/1999.126. Clarín, 26/7/1999.
127. Edgardo Manero, “ Ecología e identidades militares en epoca de post-guerra fría ”, Ambiental, N° 1, agosto 1994, Universidad Nacional de Rosario.
128. Clarín, 21/8/1999.3)129. Sur la position des militaires brésiliens, voir le document “ Décade vitale ” du général Oswaldo Muñiz Oliva de l’Ecole Supérieure de Guerre (5/4/1991), le manifeste du général brigadier Ivan Moacyr da Frota “ Les Forces armées, le dernier bastion ” publié le 12/5/1993 in O Estado de Sào Paulo et l’exposé du contre-amiral Sérgio Tasso Vazquez de Aquino (29/10/1992) ; “ 1990/2000. La década vital. Por un Brasil moderno y democrático ”, Supplément Página 12, 17/11/1991.
130. Le Brésil partage avec la Colombie une importante frontière entièrement située dans la zone amazonienne.
131. Edgardo Manero, “ La reconversión de identidades militares en América latina en los ‘90 o el atemporal tema del traidor y del héroe ” in Globalización, fragmentación social y violencia, sous la direction d’A. Fernández, Homo Sapiens Ediciones, Rosario, 1997.
132. La demande sociale de sécurité publique a permis l’institution de la sécurité civique où la délinquance constitue une nouvelle menace. La guerre contre le crime répondre au désir de maintien de la sécurité publique l’ordre.
133. Dès l’époque de Geisel, l’Amazonie a occupé une place importante dans le conseil de sécurité nationale et notamment la construction de la transamazonienne ou l’occupation de la frontière nord.
134. De la bio-diversité à l’eau, l’Amazonie est dans les représentations brésilienne un élément clé du XXIè siècle.
135. Contrairement à la position adoptée face au conflit colombien, dans cette analyse, les narcotrafiquants tendent à être rattachés à la guérilla.136. Edgardo Manero, “ Ecología e identidades militares en época de post-guerra fría ”, op cit.
137. Le système de vigilance de l’Amazonie construite par le Brésil a résisté aux pressions américaines.
Le système de contrôle du ciel, de la terre et des fleuves entrera en fonction en 2002 en permettant la couverture d’une aire de plus de 5.000.000 de km2. Sous contrôle brésilien, il n’est pas limité à la lutte anti-drogue. Il a aussi comme objectifs les exploitations minérales, les déforestations, l’invasion des territoires indiens et les conflits agraires.
138. Liliana Costa “ Amazônia é nossa ”, Crisis N° 70, mai 1989, p 51.139. Clarín, 12/8/2000.
140. Clarín, 21/8/2000.
141. Mónica Hirst a fait référence à une “ relation mure ” avec les Etats-Unis construite sur le “ consensus théorique et les dissentiments pratiqués ”. “ Brasil-Estados Unidos de la diferencia al conflicto ” in Continuidad y cambio en las relaciones América Latina-Estados Unidos, M. Hirst Comp, GEL, Bs As, 1987, 63-104.
142. Curieusement, ce courant trouve des continuités avec les groupes qui s’opposaient aux Etats-Unis en raison de l’alignement avec l’Angleterre.
143. Il faut souligner que l’intensité de la relation Cardoso-Duhalde pendant le mois janvier-février contrasté avec celle entretenue avec Menem et De la Rua. Ainsi, le présidente brésilien a soutenu à l’Argentine en forums divers.
144. La Nación, 14/5/1999.
145. Clarín, 24/7/1999.
146. Il faut souligner la différence des critères avec le “ Grupo Calafate ”, qui entourait Duhalde, que s’exprimait contre cette intervention et ceux de son think tank en particulier du diplomate M. Campora, principal conseiller en relations internationales, opposé au soutien de Menem au plan des Etats-Unis pour la Colombie. Clarín, 29/8/1999.
147. Le Brésil a emphatiquement refusé les pressions de Washington pour signer un pacte destiné à éviter tout jugement possible par le Tribunal Pénal international. Clarín, 5/9/2002.
148. Les déclarations de l’ambassadrice des Etats-Unis au Brésil, D. Hrinak, sont révélatrices. Clarín, 22/8/2002.149. Joseph Nye, Bound to lead, Basic Books, New York, 1991

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Les Etats-Unis, l'Argentine et le Brésil > Edgardo Manero

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Edgardo Manero

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