Au début du siècle dernier Georges Clémenceau se référant à la République Argentine parlait de (je cite) ” Un peuple capable de développer une réflexion et de manifester un caractère comme je l’ai constaté au cours de mon voyage, peut aborder avec pleine confiance les problèmes de l’avenir ” (1).
Près d’un siècle plus tard, rien dans les institutions ni dans la politique et pratiquement rien dans la société argentine n’autorise un tel optimisme.  Il y a près de cent ans, Clémenceau a pu assister dans la ville de Rosario à la construction d’installations portuaires “ magnifiques ”, avec une capacité suffisante pour les trente prochaines années. Tout récemment, à la suite d’une série d’accidents aériens graves, l’association des pilotes professionnels a dénoncé l’insécurité des aéroports argentins. Ils présentent des risques extrêmes, sont dépourvus de radars modernes, les avions volent le plus souvent en surcharge de poids et l’information météorologique n’est pas fiable.Les privatisations hâtives ainsi que la dérégulation ont transformé le système aérien –naguère l’un des plus sûrs et des plus efficacesen une menace grave (2). Dans le même temps la piste d’atterrissage pour avions gros porteurs dotée de toutes les avancées technologiques que l’ancien président Carlos Menem s’est fait construire près de sa résidence champêtre a Anillaco, un bourg de à peine 1200 habitants dans la lointaine province de La Rioja, cette piste d’atterrissage est toujours inutilisée.  Face au scandale qu’a logiquement provoqué cette aberration l’ancien président n’a fourni aucune explication satisfaisante sur les ressources qui ont permis de financer ce chantier, mais il a expliqué que les frais gigantesques se justifiaient du fait que la piste serait utilisée pour .. exporter des olives !
Entre l’avenir radieux annoncé par Clémenceau et la réalité actuelle de petite république bananière, le poète Cesar Fernandez Moreno, mort à Paris il y a quelques années, a défini les décennies de coups d’état, les frustrations et la décadence nationale par un aphorisme cruel : “ être argentin c’est comme avoir une mère idiote ”.
Aujourd’hui dix-huit ans après la fin de la dernière dictature militaire, ni la société, ni ses institutions, ni la classe politique argentine ne paraissent disposées à se libérer de cette tare. Et pourtant le pays ne manque pas de ressources. En 1984 au plus fort de la crise mondiale de l’endettement provoquée par la cessation de paiement mexicaine, la revue étasunienne Business Week a consacré sa couverture à Raul Alfonsin en se demandant si ce nouveau président démocrate paierait la dette extérieure. La revue affirmait, non sans une certaine inquiétude, que ce pays immense excédentaire en aliments et en énergie, doté d’une population cultivée, intégrée et sans problèmes religieux, raciaux ou linguistiques, avec un territoire énorme encore vide et non exploité, une industrie légère développée, une industrie lourde en cours de développement –nucléaire incluspourvu d’un système éducatif public, d’un personnel scientifique et technique de haut niveau “ pourrait s’entourer d’une barrière de protection et nous envoyer au diable ” (3).
Il manquait au Business Week d’ajouter que cette grande opportunité argentine –celle de 1984- aurait permis de fonder les bases d’une vraie souveraineté, car la dernière dictature et la déroute de la guerre des Iles Malouines –Las Malvinas- avaient laissé knock-out tant les forces armées que l’oligarchie argentine, les “ partenaires habituels ” des centres hégémoniques du pouvoir mondial. La société, de son coté, était en effervescence, avide de démocratie et de projets d’avenir.
Mais la préoccupation du Business Week est apparue sans fondement.  Les quatre gouvernements démocratiques qui ont succédé à la dictature (deux radicaux et deux péronistes, rassemblant 90% de l’électorat), se sont ingéniés à satisfaire aux exigences tant du FMI que de la banque internationale, pour obtenir un crédit illimité. La dette extérieure (qui était de 7 milliards huit cents millions de dollars au moment du coup d’état de 1976) est passée à 43 milliards et demi au terme de la dictature. Elle a bondi à 63 milliard de dollars en 1989, au début de la présidence de Carlos Menem, lequel à son tour l’a gonflée jusqu’à 110 milliards à la fin de son deuxième mandat, fin 2000. Le président actuel Fernando de la Rua a déjà réussi à lui faire dépasser la barre les 13O milliards.
L’Argentine se trouve donc en banqueroute, en situation de cessation de paiement en dépit des efforts de l’équipe économique actuelle pour maquiller la situation (4).
Et pourtant depuis 1990 l’Etat a encaissé 39 milliards 600 millions de dollars au titre des privatisations, et fin 1999 certains argentins avaient déposé à l’extérieur 90 milliards de dollars. (5). A l’heure actuelle les calculs non officiels estiment ce chiffre à plus de 120 milliards. Telle est la réponse à la question logique : Où est passé tout cet argent ? En fait le pays a été tout simplement dépouillé par un groupe de spéculateurs et à présent c’est la société toute entière qui doit en subir les conséquences.  En dépit de cette circulation d’argent les gouvernements tant radicaux que péronistes ont accentué le démantèlement d’une structure sociale qui,jusque dans les années 60, était presque comparable à celle des pays plus développés. Le système éducatif public, véritable orgueil national cité en exemple en Amérique jusqu’au trente dernières années, ce système est en ruine (6). Dans un pays qui est l’un des dix plus chers du monde, un instituteur exerçant depuis vingt ans gagne moins de 3000 francs. La désertion scolaire est de 30% dans le primaire, 49% dans le secondaire et de 51% dans le supérieur. Près de 50.000 scientifiques de haut niveau ont abandonné le pays au cours des 30 dernières années (7). Les mécanismes de l’assistance sociale sont en faillite. Des milliers de retraités qui touchent entre mille et deux mille francs par mois protestent chaque semaine devant le Congrès et le siège du Gouvernement avec les mères de la Place de Mai.
En 1995 le pouvoir exécutif a tout bonnement annulé (par décret !) les procès judiciaires présentés par ces retraités pour que leur retraite soit revalorisée (8). Le taux de chômage officiel atteint 16% et celui du sousemploi 14%. Mais certains analystes estiment qu’il serait plus exacte de =parler respectivement de 25% et de 30%. Un argentin sur trois vit dans la pauvreté (9). Deux tiers des plus importantes entreprises du pays sont passées sous contrôle du capital étranger …(10).
Le panorama actuel est donc des plus critiques. Des jeunes sans avenir, des personnes âgées en désarroi, des travailleurs appauvris, une classe moyenne en décomposition, marginalisation, insécurité, corruption, dénationalisations..  et j’en passe.
Qu’en est-il devenu du “ grenier du monde ”, de ce pays d’avenir qu’entrevoyait Clémenceau ?Entre la tragédie et l’horreur.La décadence argentine ne peut s’expliquer seulement par le phénomène mondial de la globalisation, les dérégulations et les problèmes sociaux qu’elles entraînent. L’observation de Business Week sur les possibilités du pays continuent à être pertinentes. Mais au lieu de s’affirmer en un projet d’assainissement institutionnel et de développement autonome, l’Argentine actuelle, avec des ressources bien superieures, a dérivé vers une situation plus comparable à celle de la Colombie et du Paraguay qu’à celle du Chili, pour ne citer que deux exemples régionaux.
L’activité politique sociale et économique cahote entre la tragédie et l’horreur. Toutes les institutions, depuis les trois pouvoirs de l’Etat jusqu’aux syndicats, en passant par les forces armées, la police et les partis politiques, sont fréquemment l’objet de scandales de corruption, de clientélisme, de procédés anti-démocratiques et d’une série de délits d’une envergure et d’un cynisme tels que si elles n’entraînaient des résultats aussi tragiques pourraient faire l’objet d’un feuilleton télévisé ou d’une opérette italienne.
Impossible ici de passer en revue tous les faits, mais qu’il suffise de signaler qu’environ 150 hauts fonctionnaires, législateurs et juges sont inculpés aujourd’hui pour divers délits; qu’en pleine guerre entre le Pérou et l’Equateur, alors que l’Argentine faisait partie des pays médiateurs, des officiers de l’armée, avec la complicité de haut fonctionnaires publics vendaient clandestinement des armes (périmées, de surplus) à l’Equateur. A
noter d’ailleurs que le président Menem, son ministre de la Défense de l’époque et certains membres de son gouvernement étaient pertinement au courant. Curieusement, il se trouve que peu de temps après la révélation du scandale s’est produit une terrible explosion dans une poudrière de l’armée au coeur de la ville de Rio Tercero d’où seraient parties les armes pour l’Equateur. Toutes les victimes ont été des civils, pas un militaire; en juillet dernier un juge a établi que l’explosion avait été provoqué de façon intentionelle.  Pour sa part Mme. Zulema Yoma, ex-épouse du président Menem, continue avec insistence à réclamer dans les médias qu’on lui restitue la depuille de son fils, Carlos Menem, tué dans un accident d’hélicoptère il y a cinq ans. Madame Menem soutient que son fils “ enquêtait sur le narcotrafic et sur la contrebande d’armes et qu’il a été “ assassiné par le pouvoir ”, c’est à dire, l’entourage de son ex-mari.
Autre curiosité, onze des personnes qui devaient témoigner ou qui étaient liées au procès engagé à la suite de ce décès, sont mortes à leur tour soit par assassinat, soit d’étranges façons.
Interminable serait la liste des actes de délinquance commis par des membres de la classe politique, syndicale ou des milieux d’affaires. “ Suicides ”, “ accidents ”, mort de militaires, de policiers honnêtes et de témoins “ au cour d’affrontement avec de suposés délinquants ”; menaces graves envers des juges et des enquêteurs; banquiers “ recherchés ” par la police que les journalistes découvrent… dans leurs résidences secondaires !  Etc, etc..
Les deux dernier
s évènements notoires sont la démission du vice-président de la République, Carlos Alvarez, à la suite d’un scandale de potsde-vin au sein du Sénat et l’élargissement de l’ancien président Menem –qui vient de passer six mois assigné à résidence- inculpé de contrebande d’armes et d’association illicite. 76% des Argentins suspectent que la décision de la Cour Suprême est le résultat d’un arrangement entre le gouvernement actuel et l’opposition (11).
Les corps de sécurité publics et privés (environ 200.000 hommes armés, sans compter les forces armées et les différents services de renseignement), sont des foyers de corruption liés au trafic de drogue, au jeu, à la contrebande, la prostitution, le vol, les rapts, les attentats et les crimes(12). Ces groupes armés constituent le support, la main d’oeuvre “ sale ”-
ou à tout le moins le corrélat- d’un système profondement corrompu. Le politique, le juridique, les milieux d’affaires et financiers constituent un entrelacs intrinsèque au néo-libéralisme privatiseur et dérégulateur et aux
gigantesques bénéfices des grandes entreprises et des spéculateurs internationaux (13). Certes, de nombreuses exceptions existent heureusement, mais elles ne modifient en rien la cruauté du diagnostic. Il s’agit, hélas !  d’une tendance, jusqu’à présent irrépressible, qui englobe d’ailleurs jusqu’à l’opposition politique (14).
Quant à la justice, elle se trouve désarticulée, sans défense et sans ressources devant les mafias de tous ordres. Telle est la raison de son inefficacité dans le meilleur des cas. Dans le pire des cas, malheureusement le plus probable, elle est, elle aussi, profondément affectée par la corruption.  Pour ne citer qu’un exemple, au cours des dix dernières années, sur 1800 cas de corruption de fonctionnaires examinés par la justice de la capitale fédérale,(dont certains très retentissants impliquant des millions de dollars), seules ont été prononcées quatre condamnations légères contre quatre fonctionnaires de troisième catégorie. Dans le même temps les nombreuses affaires de ministres et de hauts fonctionnaires, telle celle de l’ancienne Secrétaire d’ Etat à l’environnement Maria Julia Alsogaray, se traînent inexplicablement depuis des années…(15).
Si quelque chose peut alors définir aujourd’hui la société argentine, ce serait un état se situant au carrefour du désespoir, de la stupeur et de l’indifférence.Explosion de la politiqueRécemment un haut dirigeant a affirmé, en se référant à la classe politique : “ Nous sommes une classe dirigeante de merde, dans je fais aussi partie moi même” (16). Cette étonnante déclaration est due à Eduardo Duhalde, le candidat qui a obtenu le plus grand nombre de suffrages lors des dernières élections législatives argentines du 14 octobre dernier.
Naguère maire, député, vice-président de la République, gouverneur de la province de Buenos Aires et aujourd’hui sénateur, Duhalde a suffisamment de références pour savoir de quoi il parle, bien que son acte de contrition puisse paraître entaché d’opportunisme: près d’un électeur sur deux a exprimé son rejet à l’égard de la classe politique en votant blanc, nul ou
en s’abstenant en dépit du caractère obligatoire du vote (17). Nous sommes d’autre part à 18 mois des élections présidentielles de 2003; une consultation anticipée n’est pas du tout à écarter et c’est dans ce vote “ absent ” que réside l’inconnue. Duhalde est le premier “ repenti ” d’une classe dirigeante dont le seul espoir aujourd’hui est d’obtenir une espèce de pardon ou d’oubli.
Il convient cependant d’analyser cette formule sévère mais vraie de Duhalde comme le résultat d’un auto-examen sans pitié qui n’exprime en fait qu’une réalité objective: la classe politique argentine a explosé !  Elle à explosé d’abord sur soi-même, du fait qu’il n’existe pas actuellement un seul parti ou groupe de partis capable de présenter aux citoyens même pas un programme et encore moins une image cohérente ou un leader reconnu.
Le péronisme et le radicalisme sont en fracture, de la même façon d’ailleurs que la coalition au pouvoir. Fracturées également les relations entre l’exécutif et le législatif, entre le pouvoir central et les gouverneurs de provinces, entre politiques et syndicalistes et entre les syndicalistes euxmêmes… L’explosion politique s’est produite d’autre part vers l’extérieur: il n’y a plus de dialogue ni de confiance entre les dirigeants politiques traditionnels et la société. Si l’on additionne les votes blancs, nuls et les abstentions à ceux qu’a réuni ce qu’on appelle globalement la gauche, on obtient autour de 50% de la masse électorale, à peu près 11 millions de personnes. Ce sont ceux-là qui ont exprimé le vote bronca, le vote de rejet à l’égard des dirigeants qui se sont relayés au pouvoir depuis le retour à la démocratie en 1983.
Une enquête postérieure aux élections legislatives d’octobre dernier (18) indique que, bien que 90% ait encore confiance en la démocratie, “ sept Argentins sur 10 ne sont pas satisfaits du fonctionnement des institutions(…) 63% pensent qu’il faut changer la politique économique et 85% demandent à l’Etat d’assumer un rôle actif pour une distribution équitable de la richesse ”.
C’est à dire exactement le contraire de ce qu’a fait cette classe politique répudiée quand il lui a été donné d’agir, au delà des déclarations électorales.  Le marasme atone dans lequel se trouve le pays, la poursuite d’un modèle qui, sans le moindre doute, conduit à terme à un chaos économique, politique, social et probablement institutionnel, tout cela ne s’explique que par cette double explosion de la politique.

Qu’un économiste et homme politique médiocre comme Domingo Cavallo continue à essayer de façon erratique des “ recettes ” destinées à prolonger l’agonie du modèle et à protéger les intérêts du groupe de rentiers et d’usuriers qui en tirent profit, n’est explicable que par le discrédit et la faiblesse politique et par l’absence de propositions concrètes de la classe dirigeante. Dépourvue de ses atouts traditionnels –c’est à dire clientélisme, récompenses, arrangements, corruption- cette classe ne parvient pas à changer de cap et n’a d’autre issue que de se fracturer.  Qu’on veille bien tenir compte qu‘à la cessation de paiement de la dette et à la gravité de la situation sociale, il convient d’ajouter que l’économie argentine se trouve à présent dans sa quatrième année de recession, la période la plus longue de son histoire.
Cette crise très grave laissa à nu, un à un, tous ses acteurs: la corruption politique, syndicale, celle des entreprises et des institutions, le retard conceptuel, technologique et de gestion des dirigeants corporatistes, l’inefficacité et la main mise maffieuse sur les organismes de sécurité, ainsi que les “ amis et associés ” internationaux…La responsabilité socialeOn peut donc dire que l’Argentine vit aujourd’hui la fin d’une époque.  Mais toute fin suppose un commencement et définir ses caractéristiques est le défi qu’affronte l’ensemble de la société, laquelle après avoir écouté, trop longtemps , le chant des sirènes, commence à reformuler l’idée qu’elle se fait d’elle-même. Après tout, en démocratie les dirigeants ne lévitent pas au-dessus de l’ensemble ; ils ne constituent pas non plus un phénomène naturel, il sont l’expression d’une culture citoyenne.  La double crise actuelle, nationale et internationale, laisse augurer une longue période de difficultés, peut être encore plus graves que celles supportées jusqu’à présent, mais c’est aussi une opportunité. On ne dira jamais assez que pour de multiples raisons, l’Argentine continue à être un pays viable, ayant un potentiel suffisant pour se donner un modèle politique, économique et social à la fois autonome et intégré au reste du monde en fonction de ses intérêts.
La situation exige d’urgence un consensus national, mais la crise submerge le pouvoir politique qui coule avec elle… et le changement semble donc encore loin. Ce vide, comme je l’ai dit, est pour le moment le seul garant de la survie du modèle qui, s’il progresse encore en terrain inconnu entraînera des compromis toujours plus graves, a savoir restructuration de la dette à des conditions léonnienes, confiscation des ressources tributaires, gel de depots bancaires… etcétera. Toutes choses qui vont entrainer la destruction progressive et sans doute irréparable du tissu économique et social.
L’alternative pour la société argentine est donc ou bien de reprendre en main les institutions de la République et de dessiner un projet économique ouvert sur le monde mais à la fois autocentré et équitable, ou bien de continuer à glisser le long de la pente d’une institutionalité de façade avec de citoyens découragés, soumis à la pauvreté, à l’ignorance et à l’insécurité.  La société devra sortir de son marasme actuel et assumer ses responsabilités.  En 1978, en pleine dictature, une majorité d’argentins s’est comportée de façon triomphaliste au cours du mondial de football et a approuvé le slogan militaire “ nous sommes droits et humains ” comme réponse aux acusations de violations des droits de l’homme; en 1982 cette même majorité n’a pas hésité à se ranger à nouveau derrière la dictature après l’invasion insensée des Iles Malouines; en 1990 elle a repris à son compte le slogan présomptueux de Carlos Menem: “ nous appartenons au premier monde ”; en 1995 finalement elle a réélu l’une des administrations les plus corrompues et les plus honteuses de l’histoire du pays.  Une société aussi sensible a ces chants des sirènes finit tôt ou tard par être confrontée à la réalité et par mériter ce qui lui arrive.  Après tout fonctionnaires et dirigeants politiques ne sont que le reflet de la société qui les nourrit. Ils ont beau être incultes, inefficaces et la plupart du temps vénaux, mais au moment des élections ils ont sufisament de flair pour interpréter les souhaits de la majorité. C’est pourquoi le débat actuel ne comporte aucun sujet capital embarrassant, tel que le fonctionnement du Congrès, le financement des partis, la corruption généralisée, la dette et les capitaux placés à l’extérieur, la souveraineté nationale, les causes véritables du chômage, etcétera….
Pour conclure, je voudrais vous proposer de réfléchir ensemble un instant sur le fait que toutes les sociétés ont des hauts et des bas, toutes ont des moments de noblesse et des moments d’ignominie ; toutes doivent lutter contre leurs propres démons, de même qu’un organisme se défend contre les bactéries et le génie contre la folie. Mais quelques unes de ces sociétés en tirent des enseignements; d’autres pas, ou bien elles tardent trop à le faire et les opportunités deviennent rares. Quelques unes savent trouver, dans les décombres de leurs déconvenues et de leurs malheurs la semence féconde de leur identité; mesurer le désastre à l’aune de leur propre sottise; retrouver les écrits des sages dédaignés; humaniser leurs héros ; punir en justice et pardonner en raison; se mettre à travailler avec
humilité en acceptant des sacrifices, en réparant des injustices et en comptant sur leurs propres forces. D’autres ne savent rien de cela.  Malgré quelques avancées, le cap de la “ transition démocratique ” est devenu erratique et dangereux. Les mois prochains, au cours desquels doit se dénouer la crise économique et l’orientation du pays, seront décisifs pour la démocratie argentine, avant que la décadence ne devienne irréverssible pour plusieurs générations ou que sonne à nouveau l’heure de prédateurs du chaos.

 

1.  Georges Clemenceau, “La Argentina del Centenario”, Universidad Nacional de Quilmes, Buenos Aires, 1999.
2.  Quintin, “Descontrol fatal” revista trespuntos Nº 114, Buenos Aires, 8-9-99.

3.  3 3 Bussines Week, Nueva York, 14-2-84 4.  Ismael Bermudez, “Como pagar y no morir en el intento”, Clarín, Buenos Aires, 4-7-99. Eric Toussaint, “Quebrar el círculo infernal de la deuda” y Jorge Beinstein “Tomar distancia de los centros de dominación”, Le Monde diplomatique, edición Cono Sur, Nº 3, septiembre de 1999. Sobre el estado de la economía, J. Beinstein, “La coartada de la globalización”, Le Monde diplomatique, edición Cono Sur, Nº 1, julio de 1999. Alfredo Eric y Eric Calcagno, “Entre la economía y la nada”, Le Monde diplomatique, edición Cono Sur, Nº 29, noviembre 2001.
5.  Clarín, Buenos Aires, 25-4- y 4-7-99.
6.  Guillermo Jaim Etcheverry, “La tragedia educativa”, Fondo de Cultura Económica, Buenos Aires, 1999 y Juan Carlos Hidalgo y otros autores, “La Universidad actual”, Ediciones de la Cortada, Universidad Nacional del Litoral, Santa Fe, 1992.
7.  Maximiliano Seitz, “Enfrentar la fuga de cerebros”, La Nación, Buenos Aires, 25-7-99. El 29 de julio de 1966, el general dictador Juan Carlos Ongania violó con sus tropas la autonomía universitaria, procediendo a la detención masiva de estudiantes y profesores. Miles de universitarios y científicos de alto nivel emigraron del país. Esa fecha, conocida como “la noche de los bastones largos”, marca el inicio de la decadencia del sistema educativo y de la investigación científica en Argentina.
8.  “ El ejecutivo no legisla ”, Ricardo Gil Lavedra, Clarín, Buenos Aires, 24-2-95.

9.  Ismael Bermudez y Olga Viglieca, “La estampida de la pobreza”, Clarín, 13-6-99. En argentina hay 13 millones de pobres (sobre 36 millones de habitantes), de los cuales 3,5 millones viven en la indigencia absoluta. “Uno de cado dos niños come, se educa y se cura mal”, según este informe. También Ismael Bermúdez, “El trabajo no ha terminado”, Clarín, Buenos Aires, 27-9-99.
10.       Ismael Bermúdez, Sebastián Campanario, “El good bye a las empresas nacionales”, Clarín, Buenos
Aires, 12-9-99

11.       Diario “Clarín”, Buenos Aires, 26-11-01-
12.       Carlos Dutil y Ricardo Ragendorfer, “ La bonaerense, historia criminal de la policía de Buenos Aires ”, Ed. Planeta, Buenos Aires, 1997. También “ Maldita policía ”, por Carlos Dutil, revista “ Noticias ”, 14-8-96.

13.       Pablo Ferreira, “Superganancias de las empresas en la mira”, Página 12, Buenos Aires, 12-8-99.
En 1998, 264 empresas obtuvieron utilidades que duplican en promedio el 10% considerado como razonable en los países desarrollados.
14.       En las provincias y ciudades donde gobierna el radicalismo, incluso en la Capital Federal, se han detectado numerosos casos de corrupción. Carlos Gabetta “Descrédito y necesidad de la politica”, Le Monde diplomatique edición Cono Sur, julio de 1999.
15.       Gerardo Young, “La justicia no quiere o no puede y la corrupción queda sin condena”, Clarín, Buenos Aires, 25-11-01.
16.       Francesc Relea, El País, Madrid, 21-10-01

V17.       Calling for change-but in wich direction? The Economist, Londres, 20-10-01.
18.       Radiografía del “voto bronca”. Graciela Römer y Asociados, en La Nación, Buenos Aires, 28-10-01.

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