Du témoignage à l’histoire

Est-il possible de parler en termes historiques d’une forme de participation citoyenne qui s’est mise en place il y a à peine une année ? Comment un historien peut-il garder la distance critique et analytique au moment d’étudier un phénomène historique qui est en train de se dérouler sous ses propres yeux ? Il s’agit là d’un long débat épistémologique à l’intérieur de la discipline historique qui n’est toujours pas résolu. Hérodote, celui qui est reconnu comme le “ père de l’histoire ” dans nos civilisations occidentales et dans notre héritage commun gréco-romain, n’écrivait que sur ce dont il avait été le témoin1. La constitution de l’histoire dite scientifique ou plutôt positiviste au XIXe siècle s’est structurée autour d’une croyance aujourd’hui dépassée : celle de la séparation irréductible entre l’objet d’étude et le sujet qui l’étudie. Le XXe siècle corrigea cette vision mais la polémique reste toujours vivace sur les possibilités heuristiques de l’histoire du temps présent.2 Mais rassurez-vous, je ne m’éloignerai pas du thème qui nous réunit aujourd’hui sur les nouvelles formes de participation citoyenne en me livrant à une discussion historiographique. Je voulais simplement vous faire-part des tensions qui traversent nos analyses et notre réflexion depuis le jour même du lancement de l’Observatoire de l’Argentine Contemporaine, en octobre 2001.  Ces tensions entre le présent et le passé, entre la réflexion et l’action immédiate, entre le “ témoignage ” et l “ histoire ” nous servent de mise en garde à l’heure d’écrire ou de produire de la connaissance sur la société argentine. Ma lecture historique des assemblées de quartier n’est pas différente de celle que je ferai d’objets d’étude plus éloignés dans le temps. Mes outils conceptuels et méthodologiques sont strictement les mêmes, quoique les précautions soient plus grandes. J’essaye de ne pas perdre de vue une seule seconde que nous sommes en train de produire de la connaissance sur un phénomène qui est encore très mouvant et dont l’évolution est imprévisible.  Dans une conception moderne du travail historique, il ne s’agit pas d’imaginer que l’on peut restituer toute la densité des événements étudiés, il ne s’agit pas non plus de trouver une vérité historique unique et valable mais d’en dégager les principales interprétations en tenant compte, bien évidemment, de la perception même des acteurs.
Me voici donc en train de réfléchir en termes historiques sur un phénomène argentin qui a réveillé notre sympathie au point de nous inciter à une activité de solidarité avec cinq assemblées de quartier de la Ville de Buenos Aires. Dans le cadre de l’Observatoire, nous avons dénommé ce travail “ démarche prospective” en affirmant que “ les convulsions d’une crise terminale nous incitaient à mieux faire connaître les multiples initiatives issues de la société civile qui essayent de penser et de proposer une nouvelle fondation de la citoyenneté argentine ”. Or à cause de cette tension entre le témoignage et l’histoire, entre l’observation, l’analyse et l’action immédiate, il me paraît légitime de me demander ce qui peut différencier mon discours de celui de n’importe quel autre citoyen, journaliste, acteur ou témoin des événements ici analysés ? En fait, mon analyse ne se réclame pas d’une quelconque “ objectivité scientifique ” -qui me semble louable dans les intentions mais impossible d’atteindre dans la réalité-. Je revendique seulement le souci d’intersubjectivité, car c’est le travail d’intersubjectivité et de mise en perspective temporelle qui donne toute sa spécificité à l’étude historique. Quant aux jugements de valeurs dont tout historien qui se respecte doit se maintenir à distance, et se méfier, je commence par déclarer sans ambiguïté, dans le cas où vous ne vous en seriez pas rendu compte, que ces nouvelles expériences de participation citoyenne en Argentine ont réveillé mon enthousiasme et ma sympathie mais aussi mon étonnement et ma curiosité intellectuelle. Bref, cette tension entre le témoignage, l’observation et l’histoire n’est pas un obstacle pour mon travail car la discipline historique ne cherche pas à imposer à ses adeptes une opinion déterminée sur ce qui s’est passé. Ce que le champ de l’histoire demande à ses pratiquants, c’est d’assumer la complexité et la conflictualité du passé. Le travail historique restitue ainsi des épisodes de ce passé conflictuel en présentant les critères et les arguments pour les rendre intelligibles et délimiter l’espace de la discorde. Pour ce qui est des assemblées de quartier en Argentine, vous imaginez sans doute qu’il s’agit d’un phénomène aussi complexe que conflictuel. Il me fut donné d’observer sur place plusieurs assemblées de quartier de Buenos Aires au mois d’avril 2002. Ensuite, je pus continuer cette observation à distance, dans un travail d’implication avec toute l’équipe de l’Observatoire. Ce travail -que nous avons trouvé passionnant et auquel nous avons consacré beaucoup de notre temps et de notre énergie- a l’ambition d’apporter une aide très concrète à cette mouvance des voisins autoconvoqués.  Vous le savez tous je l’espère, l’aide solidaire que nous avons appelé “ 100 Tableaux pour l’Argentine ” a eu un certain succès ici à Paris3 et cette activité a eu aussi une répercussion en Argentine4 . Nous avons écrit quelques textes pour justifier et expliquer les raisons de notre exposition-vente de tableaux et ceux-ci ont été publiés sur notre site Internet.
Quand vous cherchez par Internet, dans n’importe quel moteur de recherche, tout ce qui a pu être publié sur les assemblées de quartier en Argentine, vous trouverez dans les premières pages des résultats tout le dossier que nous avons élaboré à cette occasion. Nous avons donc déjà produit une certaine connaissance sur les assemblées de quartier et notre réunion d’aujourd’hui était prévue pour approfondir et partager cette connaissance. A l’heure actuelle nous sommes en train d’évaluer différents projets qui nous sont parvenus des assemblées de Buenos Aires et nous avons constitué un Conseil d’Evaluation et de Suivi avec des personnalités qui nous aiderons à mieux le faire et à mieux soutenir les projets les plus intéressants et les plus innovateurs.5

Les transformations de la démocratie directe

Quelle est donc, la spécificité de ces assemblées de voisins auto-convoqués au point de réveiller notre intérêt et de vouloir les aider ? La spécificité c’est leur naissance dans la foulée d’un événement historique fondateur les manifestations et les concerts des casseroles qui ont demandé la démission d’un ministre et de deux présidents. Ces assemblées sont nées dans l’effervescence des “ 10 jours qui ont ébranlé l’Argentine ” à partir du 19 décembre 2001. A la suite de ces imposantes manifestations auto-convoquées les assemblées de quartier se sont mises à pousser comme des champignons. Ce fut l’été le plus mouvementé de l’histoire argentine6, il y en a eut d’autres dans la seconde moitié du vingtième siècle, mais aucun n’est comparable à l’excitation collective de l’été 2002. Celui-là restera dans le souvenir de plusieurs générations comme le moment le plus fort d’une révolte citoyenne massive et spontanée contre les lieux les plus en vue du pouvoir économique et politique : les banques, la Haute Cour de Justice et le siège du gouvernement et des autorités institutionnelles (le Palais du Gouvernement et le Palais Législatif, le Congrès.  Cette révolte, malgré les pires pronostiques, ne s’est pas accompagné de revendications anti-démocratiques, ou d’appels à l’ordre et à l’autorité musclée. Bien au contraire, c’est avec la demande d’une démocratie véritable ou meilleure que tout ce mouvement a affronté l’Etat de Siège et la répression policière, et même l’assassinat des manifestants par les forces de police, comme ce fut le cas lors du 20 décembre 2001 et du 26 juin 2002.
Il faut revenir sur ce moment fondateur qui donna naissance aux assemblées de quartier et resituer les consciences collectives au lendemain du 20 décembre 2001. Les impressionnantes manifestations de casseroles, dans toutes les grandes villes du pays avaient obtenu la démission d’un ministre autrefois très populaire, mais à présent haï et détesté et celle d’un Président élu deux ans auparavant avec 48 % des voix. Mais ce triomphe de la colère populaire contre des élus autistes se payait à un prix trop fort : plus de 30 morts, dans la plupart des cas des jeunes militants du mouvement des droits de l’homme et des chomeurs. Une question mérite d’être posée : Pourquoi les gens n’ont-ils pas eu peur à la suite de ces assassinats ? La réponse que j’avance est la suivante : Le réflexe démocratique et la conscience du “ jamais plus ” étaient devenus plus forts que le souvenir de la répression. Ni les 30 morts du 20 décembre ni les 30.000 disparus des 25 ans auparavant ne pouvaient paralyser ni freiner une société qui avait pris le goût de vivre en liberté, dans cette démocratie dite “ formelle ”, certainement imparfaite, mais qui fut la période la plus longue d’exercice démocratique dans l’histoire du pays.  C’est dans ce goût de la liberté retrouvée et que l’on ne veut pas perdre, c’est dans le plaisir d’exercer les droits fondamentaux de se réunir, de s’exprimer et de prendre la parole que sont nées les assemblées de quartier. Un trait d’identité culturelle est fort reconnaissable dans les formes qu’adoptait ce mouvement : le goût de la vie collective et de la conversation que les Argentins pratiquent sans modération. Ces éternelles discussions de bistrot entre copains qui finissent très tard dans la nuit et cette prolifération de toutes sortes d’activités collectives, ludiques ou thérapeutiques a longtemps été la règle dans la vie des Argentins. Ni les années noires de la dictature7, ni l’apogée de l’individualisme pendant la décennie ménemiste n’avaient réussi à briser cette tendance. Ce goût pour le bavardage et la réunion d’amis mélangé à la sauce de la politique, (de la grande politique, la plus noble, car celle qui concerne la vie de la cité, son présent et son avenir) lors d’un événement historique fondateur sur fond de paupérisation de plus de la moitié de la population argentine, voilà la marmite et les ingrédients où se sont cuisiné ces expériences inédites de participation citoyenne.
Les assemblées de quartier qui ont poussé comme des champignons à partir de décembre 2001 et qui célèbrent déjà leur première année d’existence relèvent de plusieurs expériences sociologiques juxtaposées (aussi bien individuelles que collectives). Pour les transcrire avec des mots qui nous sont familiers dans la société française traduire par des termes de ce que nous connaissons dans la société française, songeons à la force sociale démultipliée que représentent les restaurants du coeur, les associations de défense des squatters, les groupes de “ médiateurs ” ou les conseils de quartier lancés par la Mairie de Paris, les associations 1901 qui interviennent dans la vie culturelle et sportive à l’échelle d’un quartier dans les écoles, les collèges ou les hôpitaux, les associations spécialisées dans l’attention médicale, psychologie, ou légal de sans papiers ou de sans toits, etc.  A la différence de ce large éventail d’activités de solidarité et d’assistance que nous connaissons ici et qui relèvent de la vie associative régie par la loi 1901, les assemblées de voisins en Argentine remplissent plusieurs de ces fonctions en même temps et elles ont émergé hors de tout cadre juridique préétabli, sans mot d’ordre préalable. Elles sont apparues de façon simultanée dans différents espaces du territoire national, ce qui nous renvoie encore une fois, au moment historique fondateur. Les assemblées sont nées de l’investissement physique des citoyens qui se sont appropriés des places et des rues, transformant l’espace public en véritable espace communautaire8. L’expérience de cette confraternité citoyenne dans la joie, l’allégresse et la bonne humeur, restera à jamais dans le souvenir des milliers de personnes ayant participé, même si au fil du temps, l’importance numérique de ces expériences s’est considérablement réduite (aujourd’hui les assemblées réunissent entre 30 et 150 personnes au maximum) alors qu’au début elle réunissait des centaines. Au fil de cette année l’exercice de la démocratie directe que ces assemblées incarnaient s’est considérablement modifié.  Ce qui me paraît un record extraordinaire, c’est leur durée dans le temps, sans qu’il y ait eu véritablement de processus d’institutionnalisation.  Les transformations ou les avatars de la démocratie directe exercée par les assemblées sont à placer dans les limites réelles de tout exercice de démocratie directe. Les assemblées n’ont pas disparu, elles n’ont pas été que le fait de l’effervescence d’une colère populaire jamais vue en Argentine.  Elles ont réussi à tenir pendant une année et elles ont trouvé maintenant une sorte de vitesse de croisière avec des noyaux durs de voisins fort motivés et bien identifiés au moment fondateur.  Au début, ces expériences de voisins furent marquées par des discussions interminables, parfois même surréalistes, réussir à parler et se faire entendre devenait l’enjeu principal. Tous les thèmes étaient abordés, on discutait de tout et sur tout. Ces assemblées ont été au départ de véritables agoras improvisées qui ont fait dire à des amis français que cela leur rappelait étrangement les jours de mai ’68. Tous ces débats tumultueux et désordonnés, -pléthores d’astuces créatives et amusantes pour arriver à ce que le plus grand nombre puisse se faire entendre-, étaient comme une catharsis collective autour d’une question obsédante “ nous avons réussi à faire démissionner deux gouvernements, et maintenant qu’allons nous faire ? Ou encore, comment sommes-nous arrivés-là, comment expliquer la banqueroute et la faillite de l’Etat ? Quel est le niveau de responsabilité de chacun d’entre nous ? Et c’est ici que la brèche entre une ancienne et une nouvelle forme de faire de la politique est devenue évidente.  Tous les débats qui traversent et déchirent la vie des assemblées – y compris les tentatives de coordination entre les quartiers dans les réunions hebdomadaires de “ Parque Centenario ”- sont marqués par une ligne de division qui pourrait se résumer ainsi : Quelle est la meilleure façon de faire de la politique à l’heure de la banqueroute argentine ? Quelle est la meilleure façon d’exercer les droits démocratiques et surtout de les faire valoir ? Donc, en corollaire, “ quelle démocratie voulons-nous et quelle démocratie sommes-nous en mesure de construire ? ”.
Pour mieux comprendre les transformations subies par cet exercice de démocratie directe il est utile d’aller voir la micro-histoire de ce processus.  Sur plus d’une centaine d’assemblées qui sont encore en fonctionnement j’en prendrai l’exemple d’une : celle d’un quartier historique situé au sud de la ville de Buenos Aires : San Telmo, car elle nous a fait parvenir un dossier assez complet des activités réalisées en 2002. Ce bilan, nous ne l’avions pas demandé. C’est notre initiative solidaire, 100 tableaux pour l’Argentine, qui a fait ressentir aux membres de cette assemblée, le besoin de faire le point. En tant qu’historienne je me réjouis de constater que le travail de l’Observatoire de l’Argentine Contemporaine a pu ainsi réveiller un sursaut de “ conscience historique ” chez des acteurs totalement submergés par les tâches du présent.
Le dossier récapitulatif de l’assemblée de San Telmo-Plaza Dorrego, n’est pas ambitieux ni exhaustif ; c’est un dossier modeste, mais cet effort de récapitulation, sans qu’il y ait eu demande de notre part, constitue un véritable document historique9. A part se réunir une fois par semaine tous les soirs à la place Dorrego, quelles activités a-elle développé ? Je citerai pour exemple une énumération rédigée par l’assemblée elle-même, qui se présente sous la forme de deux pages dactylographiées accompagnées de quelques coupures de presse confirmant l’information donnée :
Soupes populaires pour les cartonniers tous les jeudis.
Vaccination des cartonniers en coordination avec l’hôpital Argerich
Distribution hebdomadaire de sacs d’aliments pour 380 familles du quartier10.
Soupe populaire tous les samedis dans un terrain vague occupé par l’assemblée, puis cédé par la mairie de Buenos Aires pour une période de 5 ans.

Construction sur ce terrain d’un bâtiment de deux étages11.Emission d’une monnaie solidaire symbolique appelée les “ briques ”, vendue par coupures de 1,50 à 10 pesos. Chaque billet vaut le prix d’une brique réelle et sert ainsi à financer la construction du restaurant populaire sur le terrain octroyé par la municipalité12.
Campagne auprès des commerçants du quartier pour l’obtention d’aliments (avec la délivrance d’un diplôme de solidarité aux commerçants qui y participent). Activités de solidarité avec les usines occupées par les ouvriers et employés et qui fonctionnent en coopératives d’autogestion (Brukman et Perfil) Solidarité avec les manifestations de chômeurs de la banlieue la plus proche de ce quartier (participation régulière aux barrages du pont Pueyrredon à Avellaneda) Défense des bâtiments publics abandonnés et occupés par des familles sans toit, tout particulièrement du “ Padelei ”, actuellement occupé par 70 familles13
Des fouilles archéologiques dans les lieux où avait fonctionné un camp clandestin pendant la dictature militaire. Activités liées à la mémoire du “ jamais plus ” dans ces lieux en vue de la création d’un monument historique, en coordination avec les associations des Droits de l’Homme.14 Activités culturelles gratuites pour les jeunes du quartier (cinémas et bals), cours d’alphabétisation et d’histoire pour les chômeurs de l’association “ Anibal Veron ”.
Soutien scolaire pour les enfants qui habitent dans les hôtels du quartier (pensions assez misérables où habitent plusieurs familles de sans logis).
Donation de médicaments pour un dispensaire du quartier (Centro de Salud n° 15)
Activités culturelles “ alternatives ” et gratuites, concerts, pièces de théâtre, ateliers de photo et de sérigraphies.
Organisation de fresques murales avec les artistes du quartier, retraçant les luttes sociales15.Activités artisanales : fabrication de pain, des liqueurs, de panneaux et de vêtements décorés selon la technique artisanale du “ fileteado ” (filetage). On pourrait soupçonner cette liste d’activités d’être trop volontariste, ou même trop remplie de bonnes intentions et émettre des doutes quant au nombre réel de voisins concernés ou qui en bénéficient. On pourrait se dire aussi que cette liste d’activités ne laisse pas apparaître les fissures, qu’elle est trop homogène, et peut être même un peu exagérée pour des raisons de propagande ou d’auto valorisation. Quand les membres de l’assemblée affichent leurs activités, ils le font de toute évidence avec fierté.  On pourrait rapidement en conclure qu’il s’agit de gens dévoués et extraordinaires qui aiment leur prochain et qui participent d’un mouvement philanthropique d’un genre nouveau. Ou l’on pourrait plutôt penser qu’une telle auto-organisation ne serait que le résultat d’un groupe de militants bien entraînés et fort expérimentés, de surcroît d’un quelconque groupe de militants de gauche (trotskistes, communistes ou même péronistes).  Ou encore que cette assemblée serait le résultat d’un activisme croyant lié à l’église catholique ou à d’autres églises.  Mais avant de prendre en compte ce genre de doutes ou de méfiance, il faut se rappeler que nous ne sommes pas devant un phénomène isolé.  Des assemblées comme celle de San Telmo, il y a en a encore beaucoup16.  Et elles font presque toutes le même genre de d’activités. Par ailleurs, la composition politique de l’assemblée de San Telmo se révèle hétérogène.  Des militants, il y a en a ; bien sûr, et tout le monde les connaît. Ils sont très facilement repérables, notamment ceux de la gauche. Il faut dire aussi que les militants de la “ droite ” ne se sont pas longtemps impliqués dans ces expériences d’assemblées. Pour ce qui est de l’assemblée de San Telmo, nous y retrouvons beaucoup d’ex militants déçus de leurs partis politiques et beaucoup de gens sans aucune expérience préalable ayant participé pour la première fois de leur vie à une activité de ce genre. Les jeunes d’abord, mais aussi les moins jeunes, ceux qui s’appellent eux-mêmes la génération “ u ”….. (à ne pas confondre avec le dirigeant communiste qui vient d’être battu à Argenteuil).
Qu’est-ce que la génération “ u ” ? Génération “ u ” comme “ utopique ” ? demande un journaliste.
Mais non ! réponds une femme d’une assemblée, génération “ eu ” comme “ j’ai eu ” : j’ai eu une voiture, j’ai eu une maison, j’ai eu un travail, j’ai eu des vacances, j’ai eu de l’argent. En admettant qu’il existe un noyau actif de 80 participants qui sont restés “ fidèles ” depuis un an à l’activité de l’assemblée de San Telmo, la composition serait d’à peu près un tiers de nouveaux venus à la vie politique, un tiers de gens qui ont milité dans le passé et qui se sont éloignés de leurs anciennes appartenances politiques, l’autre tiers est composé des militantes des droits de l’homme et des groupes politiques de gauche.  Mais tout n’est pas rose dans le vécu de cette assemblée et leurs membres ne le cachent pas. L’assemblée a vécu des expériences négatives, des débats épuisants et décourageants, des divisions, des impatiences, de l’intolérance. Ils ont même subi la répression (une femme de l’assemblée fut blessée par balle de plomb lors du massacre du Pont Pueyrredon le 26 juin). Ils ont été la cible de provocations venant de certains fonctionnaires de la Mairie17 , ils ont même été victimes d’un vol dans le chantier du bâtiment en construction. En effet, la construction du restaurant solidaire a subi un coup d’arrêt à cause d’un vol important de matériaux et d’outils début décembre 2002. C’était pendant la nuit que le chantier fut saccagé et les outils dérobés. Les membres de l’assemblée veulent croire qu’il s’agit d’une provocation politique ou policière dans le climat d’intimidation autour du premier anniversaire du 20 décembre. Après un premier moment de démoralisation, les activités et les travaux de construction du restaurant continuent.
L’assemblée de SanTelmo a aussi adopté un programme politique qui, en termes généraux, est presque le même que celui de beaucoup d’autres assemblées : Ce programme se résume au mot d’ordre : “ Qu’ils s’en aillent tous !”. Notre collègue Lucrecia Escudero Chauvel fut la première à analyser la pertinence de ce mot d’ordre en le comparant avec un autre qui paraissait à l’époque aussi radical que déroutant et impossible à réaliser.  Il s’agit du mot d’ordre des Mères de la place de mai, au début du gouvernement d’Alfonsin “ Maintenant, cela devient indispensable : qu’ils apparaissent vivants et que l’on châtie les coupables !”. Nous étions nombreux à l’époque à nous dire que ce mot d’ordre était irréaliste, nous savions que les disparus avaient été tués et nous pensions que ce chant n’était porteur que des désirs affectifs inconsolables des parents de disparus.
Mais objectivement, le refus d’accepter l’inacceptable fut un puissant accélérateur de la mémoire collective argentine. Le triomphe du “ jamais plus ” dans la conscience collective argentine ainsi que le jugement et le châtiment de certains militaires, n’aurait pas eu lieu sans la force obstinée de ce mot d’ordre et des gens qui le soutenaient. “ Qu’ils s’en aillenttous ! ” est un mot de ralliement auquel s’identifient presque tous les participants des assemblées. Les mois à venir mettront à l’épreuve la puissance de ce ralliement. En tout cas, l’expression viscérale d’opposition à tous les membres de la classe politique devra se traduire concrètement lors des échéances électorales des mois prochains (les probables élections présidentielles du mois d’avril, et quelques mois après, les élections municipales et législatives).
A part ce mot d’ordre fédérateur “ Qu’ils s’en aillent tous ! ”, quels sont les autres points du programme politique de l’assemblée de San Telmo ? Les voici résumés pour l’impression des billets destinés à l’achat des briques.
“ Venez poser avec nous une brique du futur batiment-restaurant en achetant ce billet. Face au système pervers de famine, d’exclusion culturelle et éducative, contre la criminalisation de la pauvreté, l’Assemblée de San Telmo “ Plaza Dorrego ” est en train de construire un restaurant populaire qui sera aussi un lieu de rencontre et d’activités culturelles. Dans l’angle des rues Piedras et San Juan, nous construisons les murs avec des blocs de ciment fabriqués par les “ piqueteros ”. Avec notre restaurant, nous souhaitons répudier visiblement ce régime incapable d’assurer les droits minimums du peuple. Ce lieu exprimera la solidarité du quartier de San Telmo et sa lutte pour un pays libre et juste. San Telmo n’oublie pas.
San Telmo est solidaire. Qu’ils s’en aillent tous ! Printemps 2002
A l’heure de rédiger leurs petits bulletins, leurs revendications deviennent parfois plus détaillées. On peut alors constater que comme presque toutes les autres assemblées de quartier, leur programme politique est un mélange de déclarations générales concernant les grands enjeux de la vie nationale (non-paiement de la dette, renationalisation des entreprises de services publics qui furent privatisées, renationalisation du régime des etraites, et même opposition à l’installation de bases militaires nord-américaines sur le territoire argentin) avec des revendications sectorielles (demandes d’allocations-chômage et de distribution d’aliments, sans clientélisme et distribués par les associations populaires, demandes de restitution des épargnes confisquées par l’Etat et les banques, exigence de nonexpulsion des locataires sans ressources (il s’agit souvent de personnes habitant dans des hôtels et des pensions vétustes si typiques du quartier), restitution des services publics (eau, électricité, gaz) coupés par retards de paiements,
En fait, on peut avoir l’impression en lisant les revendications des assemblées qu’il s’agit d’une sorte de “ programme commun de la gauche ” à l’usage de l’Argentine. Or, ce qui est paradoxal, cette imprégnation des idées ou des postulats que l’on pourrait appeler de “ gauche ” -en simpliiant par trop les choses- ne s’accompagne pas d’une confiance dans les partis de la gauche. Les gens des assemblées ont constaté que la gauche argentine n’était même pas en conditions d’offrir une instance unitaire pour les échéances électorales. Par ailleurs, la façon dont ces partis de gauche ont essayé de manipuler et de récupérer l’activité des assemblées a créé encore plus de méfiance et de distance à leur égard. Si les assemblées ont formulé une sorte de “ programme commun de la gauche ”, par contre elles n’ont pas prévu comment le faire appliquer.  Les assemblées de voisins pourront-elles subsister de manière autonome assez longtemps ? Des élections municipales auront lieu cette année dans la ville de Buenos Aires. Quelle sera le mode de participation de ces assemblées dans le processus électoral? : Le vote en blanc ? L’abstention ? Le vote annulé ? Ou ses membres chercheront-ils à se mesurer aux personnalités qui sont aujourd’hui au gouvernement ? Peut-on penser qu’elles vont s’engager dans la course électorale ? Cette question ne concerne pas que les assemblées.  On peut se demander aussi quel sera le comportement des secteurs d’opposition qui ont proposé la création d’un nouveau mouvement politique et social en Argentine. Concrètement, quelle position adopteront les dirigeants de la centrale syndicale d’opposition, la CTA, Confédération des Travailleurs de l’Argentine ? Y aura-t-il des candidats indépendants aux élections ? De nouvelles figures qui pourront galvaniser le mécontentement de l’opinion publique ? Les secteurs mobilisés, les groupes de chômeurs, les cartonniers, les associés aux marchés du troc, les assemblées de quartier, les usines autogérées, les coopératives ? Quelle position auront-ils à l’heure de voter ? C’est la fronde électorale, l’abstention ou le vote en colère qui l’emportera ? Les abstentions joueront-elles un rôle aussi important (ou même plus) que celui des élections d’octobre 2001 avec ses 4 millions de votes nuls ou blancs ? Ou malgré tout une tendance à voter “ utile ” l’emportera ? Et quels seraient donc les candidats “ utiles ” dans la perspective d’un changement de légitimité politique en Argentine ? Si les élections étaient désertées par un mouvement d’indifférence et de lassitude généralisée, le travail politique pourra-t-il se faire autrement ? Dans la mesure où il y a une profonde volonté démocratique qui anime toutes les expériences des assemblées et de mouvements sociaux, j’ai du mal à imaginer que l’instance électorale les laissera complètement indifférents. Ces nouvelles formes de participation citoyenne pourront-elles bouder les élections sans perdre beaucoup de leur âme ? Il faut se rappeler qu’une des premières propositions qui accompagnait le cri “ Qu’ils s’en aillent tous !” était “ caducité des mandats et élections généralisées ”. Les assemblées pourront-elles trouver une façon de participer aux élections sans perdre pour autant leur identité contestataire ?

Un autre point important concerne la relation avec l’Etat, et dans l’exemple qui nous occupe ici, avec le gouvernement de la Mairie de Buenos Aires. C’est une relation de négociations et de conflits en même temps.  Par exemple, l’assemblée de San Telmo est reconnue par les autorités municipales pour la distribution de sacs d’aliments et même pour la distribution des allocations de chômage, elle est même indiquée dans une carte touristique du gouvernement de Buenos Aires, elle est reconnue par le terrain qui lui fut donné. Mais les litiges et les négociations ne s’arrêtent pas.  Ainsi la première facture pour le service d’eau dans le futur restaurant fut renvoyée à la Mairie pour le paiement. D’un autre côté, un long conflit opposa l’Assemblée de San Telmo à une fonctionnaire de la Mairie en particulier18, dont l’assemblée demande la destitution. Le litige concerne un bâtiment occupé par des familles sans logis, le PADELAI.  La micro-histoire de l’Assemblée de San Telmo est, avec des variations de détail, semblable à beaucoup d’autres. Mais il faudrait beaucoup d’études et d’analyse de micro-histoire pour pouvoir vraiment les comparer.  De travaux sont en cours, Gabriel Nardiachione est en train de faire une thèse sur ce thème.19 Pour ce qui est de la démocratie horizontale, certaines assemblées ont trouvé des “ leaders ” ou des “ patrons ”, et d’autres continuent à fonctionner par équipe et par coordination de compétences collectives. Dans le large éventail d’activités des assemblées de quartiers de Buenos Aires, le trait commun est le constat d’une absence ou d’un déficit… Ce que l’Etat n’avait pas fait, ce que les Mairies n’avaient pas fait, ce que l’Etat devrait faire, ce sont les assemblées qui le font. Et pourtant la Mairie de Buenos Aires avait développé des initiatives nouvelles, de nombreux CGP les centres de Gestion et Participation. Mais les assemblées de voisins reprochent à ces instances d’être un lieu clientéliste du Maire actuel, Anibal Ibarra. Certains des locaux de ces CGP ont été pris par assaut pour des expériences d’auto-organisation, comme les marchés du troc par exemple.

Quelques considérations finales

Les assemblées de quartier ont développé un travail d’articulation et d’intégration sociale avec les secteurs appauvris et sans emploi. C’est tout particulièrement le cas avec les cartonniers, les récupérateurs non officiels des déchets domestiques. Ces gens sans emploi ont constitué une armée nocturne avec des charrettes parfois tirées par des chevaux, et se consacrent à trier dans les sacs de poubelles le carton récupérable20.  Des secteurs très importants de la classe moyenne argentine sont en train de défendre leur existence même comme classe sociale. En défendant ses droits menacés (droit au travail, à l’éducation, à la santé, à la retraite), une partie très importante de cette classe moyenne s’est préoccupée des autres et est devenue particulièrement solidaire. Face aux chiffres officiels stupéfiants et face à la réalité du “ génocide économique ” qui s’est perpétré dans le pays, les assemblées ont été le laboratoire d’une expérimentation sociale d’intégration des plus démunis21. Dans ces activités de résistance et de solidarité, les assemblées de quartier ont produit, parfois même sans le vouloir, des résultats multiplicateurs extraordinaires, telle une boîte de Pandore. La réalité des assemblées, par leur dynamique, a mis le doigt sur des questions de la plus haute importance pour le futur de l’Argentine.
L’exemple le plus achevé de ceci est le suivant :
Pendant l’hiver beaucoup d’assemblées se sont mises à la recherche de locaux vides ou abandonnés dans le but de les récupérer pour des activités communautaires. Ainsi dans le quartier de Flores, deux assemblées ont trouvé une clinique privée fermée six ans auparavant à cause d’une faillite par fraude. En occupant les locaux ils ont eu la surprise de trouver du matériel médical en parfaites conditions et prêts à être réutilisés, un centre de santé presque complet, avec une salle de thérapie intensive, des chambres complètement aménagées. Ces assemblées ont pu alors convoquer 186 professionnels de la santé qui ont accepté de travailler gratuitement dans un premier temps pour mettre en place un projet (avec le Mouvement National d’Entreprises Récupérées) de création d’une oeuvre sociale et d’une mutuelle de santé pour le personnel de 61 entreprises autogérées, c’est à dire 8000 personnes de la ville de Buenos Aires et de la plus proche banlieue (note, pagina 12).
Plus émouvant encore : à cette réunion ont participé 24 ex-employés de l’ancienne clinique (sur un total de 36 personnes qui y travaillaient, entre infirmiers, techniciens et administratifs), ces personnes ayant, bien entendu, perdu leur emploi il y a six ans. Cette clinique s’appelait “ La Portugaise ”, elle est située rue Gavilan 537 et la procédure en justice traîne encore. L’assemblée et les médecins ont présenté une demande d’expropriation au gouvernement de la ville de Buenos Aires. Grâce à cet étonnant enchaînement de circonstances et surtout à l’entêtement des gens d’un quartier, une clinique abandonnée pourra rouvrir ses portes.  Les assemblées ont opéré une sélection entre les anciennes façons de vivre la politique ou l’engagement collectif. Il y avait des rails déjà tracés dans la mémoire collective argentine sur lesquels ces assemblées ont commencé à circuler. Par exemple toutes les pratiques des associations des droits de l’homme. Mais par contre, elles considèrent avec dégoût le mode d’engagement collectif dans les partis traditionnels (y compris ceux de la gauche). En récupérant certaines traditions et en refusant d’autres, ces assemblées construisent une véritable nouveauté politique. Ce faisant elles constituent désormais un chapitre à part de l’histoire politique argentine.  Un chapitre incontournable sur lequel s’ouvrira sûrement l’histoire argentine du XXI unième siècle.

 

1.Dans son ouvrage classique l’Enquête ou Histoire il expose l’histoire et les moeurs des habitants des différents pays connus du bassin méditerranéen qu’il visita, ainsi que l’histoire des relations des grecs et des peuples barbares jusqu ”à la fin des guerres Médiques (479 av JC), c’est à dire à l’époque de son enfance
2.  Nous renvoyons aux travaux de lHTP, institut d’histoire du temps présent, laboratoire crée par le CNRS en 1979. Site internet. institut consacré fondamentalement à étudier les grands traumatismes politiques de la France d’après guerre, Vichy, la collaboration, la libération, les guerres coloniales (Indochine, Algérie), mai 68. Cet Institut, l’IHTP, travaille toujours sur les grands thèmes d’actualité mais son aire d’application est limitée à la France et à quelques pays de l’Europe. Mais il s’agit d’un laboratoire très dynamique qui a mis en place tout un débat conceptuel et méthodologique sur les difficultés (voir même les dangers de faire l’histoire du temps présent).3.  Cf. “ Nuestro balance ”, in www.argentinaobs.org
4.  Cf. “ Asambleas internacionales. Solidaridad con acento francés ”, Pagina 12, Buenos Aires, 5 décembre 2002.
5.  En choisissant de nous solidariser avec les assemblées, nous avons parié sur trois fronts à la fois
a)  la nouveauté b) l’interaction sociale, économique, politique et culturelle dans un petit territoire c) la pluralité des participants de l’expérience c’est à dire la coexistence de différentes générations, différents secteurs sociaux, et différents itinéraires politiques et professionnels.6.  (Il y a eu d’autres étés chauds politiquement, mais liés au climat éléctorale (les campagne électorale de février 46, celle de l’été 58, les élections de février qui donnent la présidence à Frondizi et celle de 73 dans l’euphorie du retour du péronisme. Un autre été chaud du point de vue politique et social fut celui de 76, sous un fond de grandes movilisations ouvrières, prélude du coup d’Etat de mars 76).
7.  Les ateliers d’écriture ou de philosophie dans un appartement privé pendant la dictature, la prolifération des groupes de désintoxication (contre l’alcool, contre la cigarette, “ Chau Pucho ”) ; les thérapies de groupe dans le pays de Pichon Rivière et de la pyschologie sociale, etc. Les concerts à l’air libre inaugurés après 1983, etc.
8 Les ressemblances avec le mouvement de chômeurs qui occupaient et coupaient les routes du pays les années précédantes sont frappantes.
9. Il ne s’agit pas de la seule assemblée qui se constitué dans le quartier de San Telmo (il y a deux autres qui fonctionnent, donc trois au total dans ce quartier). L’Assamblée de San Telmo-Plaza Dorrego s’est organisé après le 20 décembre dans une première réunion tumultuese qui eut lieu dans la splanade de la Faculté d’Ingénierie, sur l’avenue Paseo Colon. Après les réunions se sont déplacés vers la place Dorrego, sous un grand arbre.
10.Il s’agit d’un rôle de médiation entre la Mairie de Buenos Aires (Secretaria de Promocion Social et CGP) et les chômeurs du quartier.
11.Ce batiment de deux étages, dont les travaux sont avancés, permettra de donner à manger à 400 enfants par jour. Il est prévu dans ce batiment un espace de fabrication de pain, un four et une boulangerie et plusieurs ateliers de type culturel et artistique.

12.Cette opération de construction immobilière est organisé par les architectes du quartier, et particulièrement par un architecte très reconnu en Argentine, Rodolfo Livingston. Ce batiment de deux étages, dont les travaux sont avancés, permettra de donner à manger à 400 enfants par jour. Il est prévu dans ce batiment un espace de fabrication de pain, un four et une boulangerie et plusieurs ateliers de type culturel et artistique
13.Ce conflit les opposa à des autorités de la Mairie de Buenos Aires, particulièrement aux fonctionnaires qui ont en charge directement la gestion de cet immeuble.
14. Le centre clandestin “ Club Atlético ”fut détruit pour la construction d’une autoroute, mais le lieu est devenu un point de référence pour les manifestations de droits de l’homme.
15.Grand fresque dans la gare Avellaneda (dans la banlieue sud) où furent assassinés les deux jeunes chômeurs, le 26 juin 2002.
16.Le phénomène fut même objet d’une étude et d’un sondage (Centro de Estudios para la Nueva Mayoria, mars 2002) : 272 assemblées dans tout le pays. 112 à la ville de Buenos Aries, 105 à la povince de Buenos Aires, 37 à Santa Fé, 11 à Cordoba. Quant à la mesure de la “ sympathie sociale ” dont jouissent les assemblées (asambleistas) est de 88% de la population, contre 40 % pour les “ piqueteros ” les associations de chômeurs qui font barrage dans les routes.17. Il s’agit de la responsable …. Dont ils demande la destitutio (cette fonctionnaire serait venu avec des militants du Parti Radical et aurait essayé de casser la vie de l’assemblée à plusieures reprises,
18.La fonctionnaire étant Alicia Vasconcellos, affilié au Parti Radical, chargée de la “ Unidad Ejecutora n°3 ” du Gouvernement de la Ville et responsable d’un budget de 3.000.000 de pesos.
19.Note travail de Gabriel et ouvrage sur les assemblées20. La première rencontre entre les cartonniers et l’Assemblée de Palermo Viejo (Cf. Pagina 12 ?)
21.Les statistiques officielles sont trop accablantes, on n’a même pas besoin de figures réthoriques pour en paler. Selon lINDEC il avait en Argentine en novembre 2001, 14 millions de pauvres dont 4,9 millons d’indigents. En avril 2002, 17, 4 millons de pauvres, dont 6, 4 millons d’indigents et octobre 2002, 20, 8 millions de pauvres dont 9, 9 millions d’indigents. En une année 7 millons de nouvelles personnes se sont retrouvés au dessou du niveau de pauvreté. Voir notre article “ Pleurons pour toi, Argentine ” en collaboration avec Lucrecia Escudero Chauvel, Libération, 20 décembre 2002.

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Nouvelles formes de participation citoyenne : les assemblées de quartier et les avatars de la démocratie > Diana Quattrocchi-Woisson

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Diana Quattrocchi-Woisson

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