L’intervention militaire au sein de la politique argentine semble aujourd’hui écartée, après la crise aiguë qui s’est déclarée fin décembre 2001. En plein conflit entre les autorités élues et les citoyens, révélant un profond désaveu et une méfiance généralisée envers les acteurs politiques, les Forces Armées ont évité de participer aux processus de négociation qui devaient aboutir à un changement de gouvernement ; ils n’ont pris aucune position institutionnelle, n’ont pas participé aux réunions privées entre candidats, et n’ont exprimé aucun point de vue sur les alternatives discutées par les leaders péronistes en interne. L’état de siège et la violente répression instaurée par De la Rua n’ont pas fait appel aux Forces Armées, alors même que les débordements, en particulier dans le Grand Buenos Aires et Plaza de Mayo, semblaient indiquer que la police ne parvenait pas à restaurer l’ordre public.
C’est une nouvelle salutaire, lorsque nous constatons avec effroi que le système argentin est en train de frôler la décadence. Certains prédisent une recomposition autoritaire, qui serait cette fois-ci, entre les mains de quelque chef populiste ou une parodie de nouveau 18 Brumaire.  Cependant, malgré la transformation favorable du comportement des militaires, nous sommes encore bien loin d’être en présence de Forces Militaires répondant systématiquement aux règles de la démocratie. Le comportement des militaires est avant tout corporatif. Nous reconnaissons volontiers un progrès substantiel dans les équilibres entre démocratie et gouvernements militaires. Il nous semble cependant important de souligner que les déficits de l’institutionnalisation militaire continuent de miner la démocratie argentine.
L’évolution des croyances et des attitudes des officiers entre 1983 et l’heure actuelle est convaincante. Le Général Martin Balza l’exprime en ces termes : “un processus qui démarre à un moment où l’Armée commence à surmonter une longue période de crise dont on doit chercher l’origine dans les décennies au cours desquelles les Forces Armées sont intervenues directementdans la politique, dans la défaite des Malouines, ainsi que dans lesluttes intestines qui ont compromis la cohésion interne et l’esprit de corps de ses membres, ce qui a produit de graves dommages, jusque dans l’efficacité professionnelle
1 Ces militaires du XXIe siècle ne sont pas ceux qui pactisaient en d’autres temps avec certains dirigeants politiques pour faire tomber la démocratie. Notre réticence à propos de l’adhésion normative est fondée sur le fait que le cadre institutionnel créé par les gouvernements élus n’est pas instrumentalisé pour exercer un contrôle démocratique sur les Forces Armées. Dans la mesure où les gouvernements ne commandent toujours pas les militaires par des procédures légales et systématiques, l’autonomie militaire qui en résulte, laisse des zones de tension contraires à la consolidation de la démocratie, car en démocratie, il ne peut subsister de zones de pouvoir privilégiées, et encore moins s’il s’agit du pouvoir des armes.
Les Forces Armées sont convaincues que la démocratie est le seul système de gouvernement possible. Ce qui n’empêche pas que leurs critiques sur les différents aspects de son fonctionnement soient nombreuses et variées. Aucun signe n’indique, en Argentine, que l’armée puisse à nouveau court-circuiter les gouvernements civils. L’espace délimité de l’institution ne lui permet pas de définir un agenda politique conforme à ses intérêts. De plus, les Forces Armées tiennent à s’accorder un rôle dans les régimes démocratiques, ôtant toute légitimité à leurs autorités immédiates comme à la classe politique pour définir la politique militaire.  Quoique ces contestations n’attentent pas pour l’instant à la continuité démocratique, les officiers étant d’accord pour maintenir le régime, ils représentent un risque futur, dans la mesure où des changements dans le contexte international ou des crises répétées dans la sphère nationale peuvent les conduire à jouer un rôle plus actif pour répondre aux expectatives de secteurs sociaux en désaccord avec les gouvernements élus ou désignés.
Les militaires acceptent les règles du jeu démocratique avec certaines réticences, sur le fait notamment que l’on ne leur accorde aucun rôle politique. Wendy Hunter définit le phénomène comme une adaptation par arrangement ou omission ”2 La routine qui consiste à faire remonter leurs demandes professionnelles à travers des réseaux formels ne fait pas partie des rapports quotidiens entre officiers et autorités civiles. Ce qui accroît le manque de respect pour la division des pouvoirs élémen
essentiel de l’état de droit. Cette pratique bureaucratique ne fait partie ni de la culture, ni des croyances ni des actes des Forces Armées argentines.  Nous ferons tout d’abord, dans ces travaux, une révision des relations entre gouvernements démocratiques et Forces Armées, depuis 1983.  Puis, nous analyserons l’attitude des militaires face à la politique et à la démocratie dans l’administration du président de la Rúa. Finalement, dans les conclusions, nous reprendrons nos précautions initiales pour déterminer si les Forces Armées sont des acteurs défavorables à la consolidation de la démocratie argentine.
Une caractéristique qui différencie les Forces Armées d’autres groupes sociaux, c’est que de par leur structure hiérarchique, l’existence de positions opposées entre leurs membres ne se détecte pas dans leur stratégie institutionnelle.
L’action engagée est, de façon consensuelle ou pas, l’expression organique du chef des armées. Ceci permet d’interpréter le comportement de la corporation de façon plus univoque. De plus, la capacité réelle de sanctionner les dissidents – que ce soit par un châtiment concret ou par des façons sophistiquées de retarder une promotion – fait que les objections n’aient lieu qu’exceptionnellement. Bien que nous ayons eu recours aux entrevues comme méthode d’investigation, et que les personnes interrogées aient parlé en leur nom propre, leur forte insertion professionnelle et hiérarchique nous portent à supposer qu’ils représentent une opinion relativement partagée par leur armée. Raison pour laquelle, bien que le nombre d’entrevues soient réduit, nous pouvons le généraliser, en supposant avec quelque certitude qu’ils expriment des points de vue partagés parmi les membres de l’armée. Les consultations ont eu lieu entre août et décembre 2001 et nous y avons incorporé des études antérieures et des informations journalistiques ultérieures. Les entrevues étaient à moitié structurées. Nous sommes également conscients de certaines carences. Cette méthode pour obtenir des données a, en effet, pour particularité que les personnes interrogées ont tendance à exprimer ce qu’elles pensent que le chercheur souhaite entendre. Ce qui est encore plus patent chez les militaires, du fait de l’isolement dont ils ont souffert depuis le retour de la démocratie et la certitude qu’ils ont acquis du manque d’intérêt de la société pour la défense. Tout ceci peut les conduire à articuler des pensées censées plaire aux chercheurs. Nous en acceptons le risque, mais nous sommes persuadés que ces éléments, avec ses déficiences, peut constituer une première tentative de mettre en perspective certaines problématiques de la politique et de la société argentine qui sont à l’ordre du jour.Stratégies militaires pendant le gouvernement du Dr. AlfonsinLe Président Raúl Alfonsin a commencé son exercice avec le jugement des trois Juntes Militaires du Processus de Réorganisation Nationale de 1976. Il a envoyé au Parlement un projet de dérogation ainsi qu’une déclaration de nullité de l’auto amnistie,3 que s’étaient accordés les militaires en septembre 1983. Dès lors, les Forces Armées se sont considérées injustement offensées par le pouvoir civil, opposé à leurs espérances fondées sur le fait que la nouvelle démocratie, sans le fléau d’attentats commis par des groupes guérilleros, serait une condition suffisante pour oublier le passé.
Les perspectives initiales du gouvernement radical se sont modifiées au fur et à mesure. L’improvisation et les contradictions se sont installées en raison de la mort inattendue du ministre de la défense, Raúl Borrás, dont l’autorité naturelle auprès des militaires lui facilitait les négociations avec eux. Par ailleurs, les actions du gouvernement ont donné lieu à une intensification inattendue de l’esprit de corps, brisé au cours des dernières années à cause des différences entre jeunes et anciens officiers et entre les différentes armées. Le Président Alfonsin considérait que les Forces Armées étaient dissociées de la société, et surtout que les militaires usurpaient un pouvoir qui revenait aux représentants de la société. Au cours du discours du Dîner des Camarades des Forces Armées, qui faisait partie des festivités du 9 juillet, il a déclaré que : “ Les hommes d’armes, au lieu d’être les défenseurs de la communauté nationale, sont parvenus à devenir leurs dirigeants et leurs administrateurs, ce qui constitue la négation de l’essence même du rôle des FFAA d’une nation civilisée, moderne et complexe ”4.
Contrairement à ce qui est arrivé au gouvernement du Dr. Menem, Alfonsín avait à l’esprit la nécessité d’institutionnaliser les rapports entre le Pouvoir Exécutif et les Forces Armées, pour consolider la démocratie.  Cela impliquait d’établir une chaîne de commandement formel et une verticalité organisationnelle qui redresse les déviations de périodes antérieures, qui selon les propres mots du président avaient conduit “ trois forces non intégrées, indépendantes, aux attributions parfois supérieures à celles de l’Etat lui-même et rivalisant souvent entre elles de façon marquée ”5.
Il créa ainsi une nouvelle structure de commandement, en supprimant les charges de commandant en chef pour les trois forces et en constituant un seul poste supérieur, celui de Chef d’Etat Major. Cette proposition obéissait à deux attentes. D’une part, transformer l’Etat Major Général en organe d’intégration et de centralisation des forces afin d’éviter les rivalités internes, directement supervisé par le Ministère de la Défense. Ce plan de prise de décision réduisait le pouvoir autonome et direct de chaque armée. En deuxième lieu, on désignerait comme chef d’Etat Majeur Général, un militaire aux compétences professionnelles reconnues, ayant à son actif un fort engagement envers la démocratie et contestant ouvertement les autorités du Processus de Réorganisation Nationale. Lamentablement, l’esprit corporatif a fini par prévaloir sur la défense des valeurs démocratiques et le chef d’Etat Major n’est jamais parvenu à s’imposer auprès des commandants de chaque force.  On pensait, à travers ce projet, hiérarchiser le Ministère de la Défense et l’habiliter comme organe de conduite politique des Forces Armées, responsable de la politique de défense. Jusqu’alors, cette juridiction était traditionnellement une instance de médiation entre les militaires et les autorités politiques, sans jamais en définir la politique, ce qui était fait indépendamment par chaque force.
On procéda également à une Réforme du Code de Justice Militaire et du Code de Procédures Pénales de la Justice Civile,6 pour permettre de faire appel des condamnations dictées dans des tribunaux militaires par des juridictions civiles. La Loi 23.049, approuvée en février 1984, étendait la participation de la Cour d’Appel Fédérale, à ces questions en temps de paix. C’était une condition requise pour éliminer les prérogatives des forces armées et établir l’état de droit, basé sur la primauté de la loi.  Un plan inachevé et non exécuté prévoyait la création de commandements régionaux conjoints, base d’une réforme militaire plus large, qui comprenait le démantèlement d’un complexe militaro-industriel excessif, sans objectifs stratégiques, le redimensionnement des forces et le repositionnement des régiments militaires adaptés aux besoins de défense extérieure. Le gouvernement radical présupposa que les Forces Armées se purgeraient de l’intérieur7 en éliminant les adeptes du régime antérieur, mais
cela impliquait la reconnaissance préalable de l’illégitimité de leurs actions dans la lutte contre la subversion. Les critiques internes militaires retombaient sur la gestion du gouvernement autoritaire et la gestion de la guerre des Malouines, mais ils coïncidaient surtout sur la dimension du danger terroriste qu’ils avaient dû combattre. Quand la corporation militaire vit sa survie institutionnelle mise en péril, elle réagit en défendant son propre corps par delà ces remises en question domestiques.
8 Les Forces Armées ont fait preuve d’un comportement corporatif. Les contestations autonomes et les critiques ont prévalu, laissant passer l’opportunité de surmonter l’image du gouvernement autoritaire et de se présenter comme un élément dynamique et nécessaire du processus de transition, comme ce fut le cas en Espagne. Une transition non négociée démontre que le prestige diminué de l’institution militaire tend à affaiblir son habileté à entreprendre sa première mission en démocratie, ils rejettent les changements dans leur propre institution, renforçant en conséquence leur esprit de corps.9 C’est pourquoi, les politiques gouvernementales tendant à débiliter les militaires, affaiblirent l’institution, provoquant des effets contraires aux effets escomptés. Les militaires ne purent et ne voulurent percevoir les bénéfices d’une démocratie constitutionnelle et la possibilité de se professionnaliser en l’absence d’obligations politiques, bien qu’ils reconnussent leurs déficiences en matière de défense extérieure. Le gouvernement du président Alfonsín dût affronter des Forces Armées fracturées, mais non résignées pour autant à perdre leurs sphères d’influence traditionnelles : les quatre soulèvements armés furent le reflet de la lutte pour plus de légitimité, par une remise en question du pouvoir politique ; ils reflétaient également de multiples fractures internes : les soulèvements furent conduits par des colonels, réalisés pour la plupart par l’Armée et très clairement localisés régionalement. Si d’un certain côté, il est rassurant de penser que ce sont des colonels qui assumèrent les mécontentements de la corporation, un coup d’état entrepris par la hiérarchie immédiate ayant peu de chances de réussir. De l’autre, cela met en évidence l’absence d’obéissance hiérarchique, ce qui révèle un faible attachement institutionnel aux normes. Les crises militaires ont commencé avec un groupe d’officiers menés par le Lieutenant Colonel Aldo Rico, pendant la semaine sainte de 1987.
Cette première crise fut déclenchée par le refus du Major Ernesto Barreiro de se rendre à la Chambre Fédérale de Cordoba, mais reprise par un mouvement de plus grande ampleur et qui reçut le nom d’ “ Opération dignité ” dont la mission était de recouvrer l’honneur et de rétablir la discipline. Ils se considéraient comme des héros de la guerre des Malouines, qui était leur emblème, et comme des martyrs de la lutte contre la subversion. Les soulèvements ultérieurs ne furent pas aussi clairs dans leurs objectifs, mais bien plus efficaces pour miner les projets radicaux. Comble du paradoxe de la confrontation entre le gouvernement et les Forces Armées, les militaires n’y ont gagné aucune légitimité auprès de la société et l’administration radicale a perdu l’autorité que lui avaient conférée ses premières mesures. Les concessions sur le plan militaire effectuées par le gouvernement du Dr Raúl Alfonsin eurent des conséquences négatives pour l’institutionnalisation de la suprématie civile dans le domaine de la défense.10 Les militaires soupçonnaient le gouvernement radical de faire preuve d’une volonté destructrice vis à vis du secteur défense, alors qu’en réalité, il essayait de diminuer le pouvoir autonome des forces armées. Mieux encore, au cours de cette période, on a planifié des armements stratégiques comme le projet Condor II. Une affaire trouble qui a compté sur des fonds secrets nationaux, de la technologie allemande et un financement arabe et iraquien11. Un accord a également été conclu pour produire l’avion Pampa, et les tanks de taille moyenne TAM.  Ces initiatives n’ont pas réussi à encadrer les Forces Armées dans le nouveau projet. Les pas inéluctables que le gouvernement du Dr Alfonsin imagina pour réduire le pouvoir militaire, par la mise en place d’une institution correspondant aux normes démocratiques, ont été voués à l’échec à chaque renoncement, chaque soulèvement. Le gouvernement radical a bien posé les bases sans parvenir à réaliser ses objectifs.  L’administration suivante aurait aussi à souffrir des assauts militaires qui ne permettaient pas de parvenir à une consolidation de la démocratie.
Négociations militaires pendant le gouvernement du D. Menem. Les militaires supposèrent qu’au cours de la présidence du Dr Menem, ils pourraient surmonter le harcèlement juridique et politique antérieur, c’est pourquoi ils acceptèrent explicitement d’observer les règles démocratiques. Cependant, au cours des premiers mois du gouvernement, ils s’insurgèrent à nouveau contre le pouvoir politique, montrant de la sorte que les expressions de subordination militaire ne correspondaient pas à la verticalité de la corporation vis à vis du gouvernement.  L’investiture débuta par des bras de fer entre le gouvernement et les Forces Armées, mais au fur et à mesure, le président imprima un style différent : elles ne feraient pas l’objet de persécutions, mais l’on n’admettrait aucune remise en cause portant atteinte au pouvoir présidentiel. Le manque de connexion entre commandements militaires, entre ceux-ci et les autorités ministérielles et l’absence de contrôle parlementaire préalable sont une des caractéristique essentielle de toute cette période. Après le soulèvement de 1990, le pouvoir politique ne fut plus contesté, mais il n’y eut pas non plus d’institutionnalisation des relations entre gouvernement et Forces Armées.
Menem, dans le cadre d’une recherche stratégique de réadaptation du pays à la scène internationale, voulait en finir avec les cycles d’instabilité.  Au cours de l’Administration Menem, les Forces Armées furent encouragées à négocier dans les termes fixés par l’Exécutif, confirmés dans l’opinion que les rapports directs avec le président, les pressions à propos de dossiers importants de politique extérieure ou la proximité avec “ l’entourage ” donnaient de meilleurs résultats que les procédures bureaucratiques et le dialogue professionnel avec le gouvernement. Le président appliqua la stratégie de la carotte et du bâton, persuadé que la gouvernance dépendait de sa dextérité à ne pas se faire d’ennemis parmi les corporations traditionnelles de l’histoire argentine : les Forces Armées, l’église et les syndicats, tout en ne leur offrant pas de sphères d’influence pouvant limiter ses propres marges de manoeuvre.
De telle sorte que les Forces changèrent peu à peu de stratégie, consentant aux demandes du chef Suprêmedes Forces Armées, en échange de l’obtention de quelque bénéfice pour leur institution. Par exemple, l’opposition radicale au Congrès montra une réaction négative face à la décision d’envoyer des navires pour la Guerre du Golfe, celle-ci étant perçue comme une action répondant à l’intérêt américain pour le pétrole, et non pas comme une question de paix globale. De plus, l’envoi de navires frôlait les limites de l’inconstitutionnalité, puisque toute déclaration de guerre doit compter sur l’autorisation du Congrès. En revanche, il s’agissait pour l’armée, d’une possibilité de rapprochement avec le gouvernement, du déploiement de leur rôle professionnel, et d’obtenir quelques ressources matérielles, le fait d’être en infraction avec les normes constitutionnelles ne les préoccupant nullement.12 De toutes façons, les militaires tardèrent à comprendre que, tout en n’étant pas immobilisés comme pendant le gouvernement radical, ils n’avaient nullement la liberté de fixer leur propre politique. Cette erreur d’interprétation fut manifeste lorsque l’Armée, croyant qu’elle faisait plaisir au gouvernement, avança sa propre définition stratégique. Le conflit dans son ensemble met en évidence des conduites peu transparentes, des loyautés croisées et des comportements dépourvus d’éthique publique.13 L’amiral Molina Pico, le chef de la Marine a affirmé que le contre-amiral Fernandez a convoqué une conférence de presse, au siège de la Marine, pour donner à connaître leur publication sans son autorisation.  Fait improbable si l’on sait comment fonctionne la hiérarchie dans l’institution militaire. Fernandez a demandé la constitution d’un jury d’honneur qui a conclu, en fin de comptes, à l’acquittement de Molina Pico et appliqué une légère sanction au contre-amiral Fernandez, grâce à l’intervention directe du président, par un geste préfigurant de futures combines personnelles.
Ils ont aussi profité des quelques opportunités où l’urgence et la priorité données à une certaine politique leur permettaient de jouer un rôle de premier plan. Par exemple, le Général Balza, chef de l’Armée a déclaré : “ Nous enverrons un bataillon de 300 hommes (à Haití), comme à Chypre, si les conditions financières sont réunies pour faire face à ces objectifs ”14 Finalement 350 hommes furent enrôlés grâce à des ressources extra budgétaires.  Les Forces Armées savaient qu’on obtient toujours des fonds pour les priorités sans avoir nécessairement recours à la structure formelle du budget national.
Le président Menem, frôlant l’arbitraire et le caudillisme, incitait les Forces Armées à recomposer leurs zones d’influence non réglementaires par sa manière de présenter ses options politiques. Le Ministère de la Défense n’était pas l’interlocuteur habituel des Forces Armées et les hautes instances militaires renonçaient aux voies formelles de négocia
tion, préférant utiliser l’accès direct au président, conscients de leur faute institutionnelle, mais plus préoccupés par le “ bien être ” de la dite institution.  On fixait certaines restrictions à travers la réforme fiscale ou la réduction d’organismes, la privatisation et la liquidation d’entreprises, 15 mais on admettait que, faisant preuve d’imagination, les Forces Armées puissent compter sur certaines ressources échappant au contrôle parlementaire, mettant ainsi en place leur propre politique d’approvisionnement.  Par exemple, grâce au cas judiciaire Yabran, on connaît le rapport entre les Forces Aériennes et les entreprises Interbaires, Intercargo et Edcadassa, consacrées à des services de dépôt, (charges, services de rampa) et free shops dans les aéroports, qui rapportaient de substantielles ressources extra budgétaires.16 Cette association fournissait des ressources sans être supervisée par la Législature ni par les organes de contrôle du Pouvoir Exécutif. D’autres façons de réaliser des transactions illégales furent mises en oeuvre. Certains revenus provenaient de la vente d’armes17 : alors que le gouvernement national déclarait sur le Registre des Armes Conventionnelles, l’inexistence de l’achat de tels équipements, on avait connaissance d’informations américaines sur l’importance des négociations argentines.18 Il faut reconnaître que les Forces Armées n’y ont pas eu accès à la suite de pressions corporatives, mais à la suite de faveurs échangées avec le gouvernement.
La question des Droits de l’Homme est probablement le dossier le plus sensible concernant la relation entre les militaires et la société. Les discours où le Général Balza assume la responsabilité institutionnelle de l’Armée pour des faits de torture et de répression ont déclenché un changement spectaculaire par rapport aux positions traditionnelles des Forces Armées. Il a dit : “ L’on ne doit obéissance qu’à des ordres légitimes donnés par des autorités légitimes. Rappelez-vous que l’on vous octroie le droit de porter des armes, facteur qui vous distingue du reste de la société, mais ce droit provient de la norme constitutionnelle qui légalise le rôle de la force comme moyen de pression. Seule, l’adhésion à la Constitution et aux lois permet de comprendre que le gouvernement légitime procède
de la volonté souveraine du peuple, qui délègue son propre droit à ses représentants. Dès lors, souvenez-vous que ces armes ne pourront être employées que lorsque le pouvoir constitutionnel en aura décidé ainsi.19 Les déclarations du Général Balza reçurent un écho favorable dans la société civile et essuyèrent un rejet patent de la part des officiers à la retraite. Le Général Balza cherchait à réconcilier les Forces Armées et la société, et parallèlement, à restituer l’unité de l’Armée, mais il ne put surmonter les fractures entre les officiers et leurs chefs, ni concilier ce discours éthique et son intervention dans le trafic illégal d’armes.20 Les déclarations du Général Balza se distinguèrent de celles du Brigadier Paulik, qui, aux tièdes décharges pour les aberrations de la guerre sale, joignit des réclamations auprès des instances gouvernementales pour maintenir les Forces Armées à un niveau acceptable de fonctionnement et d’équipement. Son autocritique répondait à une requête du gouvernement et non pas à une révision interne et partagée par ses compagnons d’armes.
La mort du soldat Carrasco , survenue à cause de l’indisposition de certains officiers face aux croyances anti-bellicistes du solda, et la vente d’armes, peuvent s’interpréter comme des vestiges d’autoritarisme, dans la mesure où ils font régresser aux critères de libre disposition de la vie d’autrui et de libre disposition des biens, en usage pendant le gouvernement du Processus Militaire. Les déclarations de l’ex-capitaine Alfredo Astiz, où il détaillait les aberrations commises pendant le dernier gouvernement de facto et qui faisaient partie de la politique institutionnelle de l’Armée,21 nous confirment que ces attitudes des Forces Armées font partie des critères fonctionnels. Nos commentaires ne visent pas à montrer aux Forces Armées qu’elles sont restées fidèles à elles-mêmes. Des changements profonds de mentalité ont eu lieu chez les officiers ce qui s’exprime dans les propos du Général Balza à la fin de son mandat : “ A la suite de ce qui vient d’être exposé, nous pouvons affirmer que ce processus de transformation s’est traduit essentiellement par un changement culturel, un changement
de mentalité survenu chez les membres de l’Armée, qui a permis de mener, dans l’effort et le sacrifice, l’une des réformes les plus importantes menées à bien dans l’histoire de l’Institution. Les Missions de Paix, le Service Militaire Volontaire, l’incorporation pleine et massive des femmes, l’aptitude physique exemplaire, la rationalisation organique et le déploiement territorial, les nouvelles technologies appliquées à la profession militaire, l’administration programmée et rationnelle des ressources financières et, fondamentalement, les changements opérés dans le système éducatif, traduisent clairement la profondeur et la portée du processus de modernisation affrontées par l’Armée avec succès ”.22 Les militaires ont compris que pour protéger leur institution dans un monde où le facteur militaire perd du poids en faveur de critères d’efficacité politique et économique, il faut pouvoir compter sur un état moderne loti de ressources suffisantes pour soutenir une institution militaire novatrice et qualifiée. Pour aller dans ce sens, les militaires considèrent qu’ils doivent être partie prenante des prises de décision dans les affaires de l’état.
Parmi les changements réalisés par les forces armées, les activités orientées vers la création de rapprochements avec les citoyens sont particulièrement novatrices. L’Armée a organisé des formations de journalistes, 23 elle a donné des séances de cinéma spécialisé sur les sujets militaires, elle a préparé un défilé de mode au Régiment de Patricios et invité familles et enfants pour profiter d’un jour de récréation, en faisant des simulations de jeux de guerre au Régiment de Palermo. Des accords éducatifs sur les Droits de l’Homme entre Le Secrétariat aux Droits de l’Homme et la Gendarmerie Nationale ont été souscrits.24 L’Armée a également mené au port de Buenos Aires une flotte de navires, pour que les enfants, enthousiastes, jouent aux marins, tandis que les Forces Aériennes ont organisé des festivals où leurs pilotes déployaient leur agilité dans des manoeuvres risquées.
En vertu de ce rapprochement, les militaires ont réclamé une plus grande liberté de négociation avec les autorités civiles. Le Général Ernesto Bossi, dans un séminaire organisé à CARI, en novembre 1996, a exposé que les Forces Armées ont certaines limitations déterminées par la Loi de Défense Nationale pour obtenir des informations et produire des renseignements dans des affaires de politique de trafic de stupéfiants,
qu’il a traité de phénomène “ sans frontières ”, et a formulé les méthodes que défendraient les Forces Armées pour combattre ce nouveau risque pour la sécurité : “ Dans ce contexte, il ne semble pas judicieux que l’Etat se limite lui-même ”25 Cette intervention militaire dans des affaires intérieures transgresse une coûteuse réussite de la démocratie argentine : la Loi de Défense Nationale. Cette mesure, résultat de négociations entre le radicalisme et le péronisme, a limité les fonctions militaires à la défense extérieure, en inhibant l’ingérence militaire dans les affaires intérieures,26 c’est pourquoi, sa modification peut entraîner un sérieux contretemps dans la construction de la légalité démocratique.
Malgré cette politique contraire à l’institutionnalisation, le gouvernement de Menem a réussi à marginaliser les militaires du pacte de domination et à le placer progressivement dans une position de négociation semblable à celle d’autres acteurs sociaux. Bien qu’en Argentine, le pouvoir des Forces Armées de faire un coup d’état militaire ait été brisé, certains comportements corporatistes créant des fractures dans l’élaboration de la démocratie n’ont pas été éradiqués. Le gouvernement de Menem a instauré un vaste processus de réforme de l’état, de reconversion de l’économie et d’intégration à un nouveau système international, mais celui-ci n’a pas débouché sur l’institutionnalisation d’un modèle stable de suprématie civile dans le secteur militaire.27 Lorsque la subordination politique n’est pas fondée sur des critères légaux, rationnels, mais plutôt informels, en fonction de prébendes avec le pouvoir, les militaires perdent des marges de négociations institutionnelles et comptent sur moins de moyens pour répondre à leurs intérêts communs ou à ceux des Forces respectives. Bien que les demandes en tant qu’organisation se diluent, ces formes de tractations de sphères d’influence et d’échanges de faveurs leur permettent de maintenir des prérogatives corporatives, négociées personnellement dans un cadre démocratique.  La théorie affirme que la transition par collapsus affaiblit initialement les Forces Armées en tant que protagonistes.28 Mais cela n’implique pas leur disparition de la scène politique puisque, comme nous le voyons dans le cas argentin, le système de droit coexiste avec l’usage de prébendes arbitraires et antidémocratiques.
Des militaires dans le gouvernement de de la Rúa
A la fin du gouvernement de Menem, les militaires étaient déconcertés.  Ils avaient reconnu leurs fautes - dans une certaine mesure - , ils avaient démontré leur capacité professionnelle, en particulier à travers la reconnaissance qu’ils obtinrent pour leur participation dans des missions de paix et avaient cessé de défier le pouvoir politique. Tout ceci n’avait pas contribué, malgré leurs espérances, à éliminer le rejet que vouait la société aux Forces Armées. Leur inutilité politique et l’acceptation des coupes budgétaires ne s’étaient pas traduites par une amélioration de la capacité militaire, relativement détériorée depuis le retour à la démocratie.  Ils avaient pris part à l’amélioration des relations avec les pays voisins, mais ils ne pouvaient participer aux réseaux de prise de décision.  Une nouvelle composante s’ajoutait à cette confusion, décisive pour la perception qu’ils avaient de leur propre intégration sociale : ils s’étaient appauvris, marginalisés à cause de la diminution de salaire et la perte de ressources institutionnelles qu’ils manipulaient auparavant à discrétion ou avec l’accord des autorités civiles. Le marché n’arrange pas les crises nationales et les plans se succédaient sans évaluer les conséquences sur leur institution.29 La corruption et le manque de moralité qui entouraient le gouvernement leurs semblaient dignes de blâmes et contraires aux principes militaires. C’est pourquoi, l’arrivée de de la Rúa satisfaisait leurs expectatives.
Le nouveau président nomma Ricardo López Murphy au poste de Ministre de la Défense, sans antécédents dans ce secteur. Les Forces s’entendirent rapidement avec le ministre, dont l’objectif principal était d’assainir les comptes des Forces, de faire en sorte que les ressources soient plus efficaces et d’arrêter les procès judiciaires, en particulier ceux qui commençaient dans les pays européens. Avec le transfert de López Murphy au Ministère des Finances, il nomma un ministre qui était un interlocuteur privilégié des Forces. Horacio Jaunarena avait eu un rapport tendu et inconfortable quand il exerça la même fonction pendant le gouvernement Alfonsín. Lors du gouvernement suivant, il fut député et se spécialisa dans les problèmes de défense. Ce qui lui permit de ranimer le dialogue avec les officiers et de défendre les intérêts militaires au Congrès, étant l’auteur de la Loi 24.948 de Restructuration des Forces Armées, dite Loi Jaunarena, suite à une demande insistante des Forces pour obtenir un programme de financement équivalent à celui qui avait été décroché grâce à la Loi d’Education. Les Forces Armées firent savoir à de la Rúa que, Jaunanera était pour eux un candidat acceptable, et rejetèrent tous les autres candidat
ayant participé à la commission de l’Institut Programmatique de l’Alliance.  De plus, il fut accompagné d’hommes expérimentés en la matière, mais qui entretenaient avant tout des rapports très étroits avec les Forces Armées. A notre avis, le président de la Rúa ne voulait pas commettre les mêmes erreurs que le précédent président radical, raison pour laquelle il opta pour une issue corporative : Donner aux Forces Armées le candidat qui représentait leurs options politiques.
Les militaires déclaraient pendant les dernières années du gouvernement Menem que le pays n’avait pas de projet national, contrairement au Chili et au Brésil qui défendaient clairement leurs intérêts nationaux.
30 Au commencement, de la Rúa n’affichait pas un alignement automatique sur les positions des Etats-Unis, ce qui aux yeux des officiers était un bon signe pour une définition de projet national. Cependant, en quelques mois, l’immobilisme de l’administration présidentielle, l’absence de définitions claires de politique extérieure et la priorités des coupes sur le développement de programmes, ont épuisé les expectatives. Aux yeux de plusieurs militaires, il s’agissait d’une administration inactive, gouvernée par des crises récurrentes et dépourvue d’imagination politique. En ce qui concerne le président, ils soulignaient que l’une de ses plus grandes erreurs était qu’il avait gagné grâce à un très grand nombre de voix, mais qu’il s’était isolé, ne représentant en fin de comptes qu’un petit nombre.  Le résultat le plus négatif, c’est qu’il a perdu la confiance des citoyens et leurs espoirs mis dans la politique. Avec ces résultats, on dissipait l’idée de nation, on faisait perdre tout amour de la patrie. Toute illusion concernant le pays s’égarait. Le président de la Rúa achevait un processus où les hommes politiques faisaient passer leur désir de conserver le pouvoir avant celui du développement d’un modèle de pays, toute planification étant manifestement absente de cette gestion.31 Un contrepoint corrosif venait accentuer cette absence de leadership, incarné par un autre radical, l’ex-Président Alfonsin. Dans un retour ostensible aux vieilles sources corporatives et à un discours néo-nationaliste, Alfonsín prit les devants en impliquant les militaires dans un projet politique. Cette fois-ci, le projet était d’instaurer à nouveau le service militaire obligatoire, réclamé par certains secteurs des Forces Armées, qui voyaient dans ce mécanisme une façon de restaurer le sentiment d’appartenir à la nation chez les jeunes argentins.
Le chef de l’Armée, le Lieutenant Général Ricardo Brinzoni le qualifia de “ projet intéressant ” et expliqua que les Forces Armées avaient une alternative : les volontaires pour la défense. “ Cette initiative pour
rait être mise en pratique assez rapidement. Il s’agissait d’enrôler dans les casernes, des jeunes entre 3 et 4 jours par mois, pour qu’ils reçoivent un minimum d’instruction militaire afin de devenir réservistes et pour avoir sous la main, lors de désastres naturels, par exemple, des gens entraînés et qui soient efficaces dans ce type de situations ”.32 L’idée de réservistes, en usage dans de nombreux autres pays, profitait non seulement à la défense pour un coût relativement faible, c’était aussi une façon de promouvoir un engagement citoyen vis à vis de la défense nationale.  Dans un des discours les plus directs de sa gestion, le chef de l’Armée Brinzoni, a réclamé au président Fernando de la Rúa une plus grande participation de la force qui commande face à la crise nationale. Dans une allocution devant les officiers, il s’est exprimé en ces termes : “Nous faisons partie du pouvoir de l’Etat et nous l’assumons. Nous ne voulons pas être de simples spectateurs face aux problèmes qui affligent le pays, voilà pourquoi nous essayons d’avoir un rôle de premier plan et d’apporter notre contribution aux réponses dispensées par l’Etat à tant de dénuement.
33 Par ailleurs, le chef de la Marine, l’Amiral Joaquin Stella, dans une orientation similaire, a soutenu que “les Forces Armées ne sont pas des protagonistes de la scène politique, mais une institution de l’Etat méritant d’être entendue et qui a le droit et l’obligation d’apporter des contributions de valeur”.34 Il s’agissait de la même demande de faire légitimement partie du processus de prise de décision politique, mais au moins cette fois-ci, ils ne souhaitaient pas prendre la place de qui que ce soit pour surmonter la crise.
Vers la fin du gouvernement radical, les militaires considéraient que l’administration perdait le cap et qu’ils n’étaient que de simples spectateurs.
Mieux encore, face à l’évidente crise du gouvernement, ce fut l’exprésident Carlos Menem qui fit participer les Forces Armées à la concertation politique. Dans une réunion avec le chef de l’Armée, le Lieutenant Général Ricardo Brinzoni, il a dit : “ Leur participation est fondamentale ”.35 Menem a permis à l’armée de participer à une conversation à laquelle ne l’invitait nullement l’officialisme36*. L’Armée laissa filtrer “qu’elle n’était pas un interlocuteur politique”, et ajouta que cependant, cette force ne verrait pas avec déplaisir l’occasion de se joindre à un accord national, “en tant qu’institution fondamentale de la Nation”.37
Les Forces Armées sont un organisme formé au commandement et à l’obéissance. Rien ne les déstabilise plus que de ne pas recevoir d’ordres.  C’est pourquoi, les politiques extérieures et de défense trop floues du gouvernement de l’Alliance, provoquèrent un malaise plus grand chez les militaires que dans d’autres secteurs. Il leur faut un guide et bien qu’ils se soient sentis en butte à moins d’attaques que sous d’autres administrations, ce gouvernement fut particulièrement malhabile à arborer ses décisions politiques et à fixer une hiérarchie dans les priorités à gérer. En conséquence de quoi, l’exercice de la suprématie civile s’en est terriblement ressenti.
Forces armées et démocratie
Les Forces Armées considèrent traditionnellement la politique comme une simulation de quelques hommes pour en manoeuvrer un grand nombre. Depuis le début du XXe siècle, avec les discours de la Loge de San Martin, puis au GOU et dans les appréciations des militaires postérieures à 1955, la politique est perçue comme une déviation de la démocratie, qui est pure, égalitaire en tant que système, mais inapplicable dans les faits. Comme s’en ouvrait un vice-commodore, depuis les années 30, il y a toujours eu des crises politiques en Argentine dues jusqu’à présent à la fraude, c’est aujourd’hui la fiction d’une représentation à travers les listes sábana. 38 Cette inconsistance théorique entre un idéal de démocratie et une pratique politique mensongère, constitue aux yeux d’un officier de la marine la preuve qu’il s’agit d’un système périmé et irréalisable, conçu pour les XVIIIe et XIXe siècles, mais nullement pour le XXIe.  Pour résumer un argument avancé par plusieurs officiers, la démocratie se maintient sur la base d’une fiction : elle prétend représenter les gens, mais en vérité elle représente les membres de son propre système.39 Il faut reconnaître que, même en temps de dictature, les militaires ont toujours cherché à préserver les apparences d’un jeu démocratique (fictions de parlement, convocation de leaders politiques pour les intégrer au gouvernement, délais indéterminés pour revenir aux élections, etc.) c’est pourquoi les critiques ne s’adressent pas au système démocratique mais à la politique, en tant que maladie de la démocratie, différence subtile et confuse qui conduit à ce qu’ils défendent à la fois le système et qu’ils donnent la consigne de ne pas voter en guise de punition des politiques professionnels.
Ils perçoivent la Cour Suprême de Justice de la même façon ; celle-ci ne défend pas les citoyens mais le système juridique lui-même.Ils sont persuadés que les citoyens et les militaires ont une vision analogue à propos des hommes politiques qu’ils perçoivent comme des égoïstes éloignés de l’idée de bien commun et de toute notion de services publics, se métamorphosant en acteurs désireux de perpétuer leur propre pouvoir et en spéculateurs avides d’autorité et de richesse. Malgré l’amertume manifestée par un militaire, les Forces Armées ayant été qualifiées de corporation, concept chargé d’une signification péjorative, ils expriment à leur tour le même jugement pour parler d’une corporation de politiciens ne pensant qu’à leurs propres bénéfices et non à la poursuite du bien public.40 Les politiciens, ajoute un gendarme, ne prennent que les décisions qui leur rapportent quelque chose.41 Ces critiques ne peuvent occulter que “ les militaires ne peuvent échapper aux répercussions politiques de leur rôle ; la mission de préserver la stabilité et l’ordre n’est pas neutre quand le système qu’il faut stabiliser est socialement injuste et politiquement exclusif. Le pouvoir militaire est inextricablement associé aux intérêts politiques, stratégiques et économiques que ce soit de l’Etat ou des niveaux systémiques ”.42 Ce reproche laisse donc aussi entendre leur mécontentement de ne plus faire partie de ce jeu.
La dérive de la démocratie vers des pratiques politiques corrompues est en partie permise par les fonds que les entrepreneurs destinent aux différents partis et candidats, ce qui est une autre forme de corruption.
Selon l’expression d’un commodore, la politique c’est du business.43 Les entrepreneurs n’ont pas la moindre vocation sociale et ne sont pas disposés à prendre de risques. Ils ne songent qu’à obtenir des gains en faisant ami-ami avec les politiciens en place,44 ils se fichent de donner du travail au pays et préfèrent vendre tous leurs biens, préoccupés qu’ils sont par la capitalisation financière.45 Un officier supérieur de la sécurité a ajouté une objection supplémentaire, alléguant que d’autres (faisant d’après nous référence aux Forces Armées et non à la gendarmerie à laquelle il appartient), profitent du système pour obtenir des avantages institutionnels,46 sous-entendant une logique sous-jacente de profiteurs, et qu’ils n’ont rien de martyrs de la patrie. Une fois de plus, il est difficile de savoir si la contestation est due à la corruption régnant en politique ou au fait d’être exclus de ses bénéfices. Ces images évoquent un profil culturel qui pourrait s’étendre à une grande partie de la société argentine, encline à tirer des avantages quelques soient les violations infligées aux valeurs sociales : la loi n’a pas la suprématie.
En ce qui concerne la classe politique, ils expriment un mécontentement non dissimulé envers Graciela Fernandez Meijide, compensé par une acceptation plus large de Carlos Alvarez, en qui ils voyaient le défenseur d’un projet national. Ils remettent aussi en question le personnalisme de la politique argentine et en même temps, ils considèrent qu’il serait préférable d’avoir une classe politique plus élitiste, qui rappelle le temps où les militaires, entraînés et exercés au maniement de la “chose publique ”47 “faisaient partie de l’élite dirigeante. Se livrant à une comparaison avec le pays transandin, un officier regrette qu’au Chili, la classe politique soit issue de l’aristocratie et de la bourgeoisie, alors qu’en Argentine, aucun fils de président n’a jamais été président.48 Un officier de la Marine a reconnu que les gouvernements militaires n’ont pas permis la formation d’une classe dirigeante et n’ont pas mis en place d’éducation civique à la participation politique au sein de la société.
49 Un autre officier commentait, “Ces dirigeants n’ont pas la grandeur d’un Roca, la vision à long terme d’un Pellegrini. ”50 “ Les partis politiques de l’Argentine n’ont pas tenu pleinement leurs rôles, c’est-àdire, répondu aux attentes du système et de la société à leur égard… ils sont alors surtout devenus des machines électorales à conquérir le pouvoir.  ”51 Nous croyons que cet argument renferme une clef pour comprendre la crise de la politique argentine ; il n’attribue pas la responsabilité aux seuls militaires, mais dépeint le jeu pervers de prébendes et combines politiques qui s’est maintenu pendant presque tout le XXe siècle, détournant les générations successives de tout esprit de vertu politique.
Pour combler ces manques, le remède proposé est une politique plus participative, une démocratie plus directe. En créant des réseaux de participation des citoyens, des organes de presse, des ONGs, en instaurant des systèmes de consultation fréquents, surtout dans le cadre municipal, on éviterait beaucoup d’erreurs et l’on combattrait ainsi la corruption.52 Malgré les critiques formulées par les Forces Armées et le fait que la place que le pouvoir politique leur assigne diverge de celle qu’elles
croient mériter, elles acceptent les règles démocratiques. Par exemple, à Chypre, l’armée argentine a participé à une mission aux côtés des forces britanniques qui étaient leurs ennemis aux Malouines. Cet exercice les a obligés à faire passer le respect du droit international avant les idéaux nationalistes enracinés dans la tradition militaire.53 L’on remarque également cette acceptation des règles, lorsque l’Amiral Joaquin Stella, admettant que c’était bien compréhensible que certains secteurs de la société craignent que l’on retombe dans une période de la dictature militaire où les Forces Armées espionnaient les citoyens, assura cependant :
“ Décidément, nous avons appris bien des choses au cours de ces vingt dernières années. ” 54 Ceci explique également l’absence de réponses corporatives à l’intervention du Président de la Rúa sur les Services d’Intelligence Militaire.55 Les officiers interrogés formulèrent des points de vue similaires à propos des “ leçons apprises ”, assurant par exemple, que le dernier putsch avait été terrible, qu’ils ne s’en étaient pas remis et qu’en aucune façon, ils ne referaient un coup d’état.  Dans les pays développés, la démocratie se montre inséparable du recouvrement équitable d’impôts redistribués ensuite en bienfaits pour la société. Cette idée s’est aussi exprimée dans certaines entrevues comme une défaillance de la démocratie argentine, dans la mesure où les gens ne voient pas de retombées, les ressources semblent seulement destinées à entretenir les hommes politiques.56 Est absent le sens de la solidarité sociale qui doit être le fondement même de l’état et qui fait que les efforts de recouvrement soient perçus avec une certaine équité.57 Les nations avancées comptent sur un bras armé, pour éviter la guerre, pas pour la provoquer.58 Les officiers remarquent que, dans aucun de ces pays, on n’envisage de se passer de Forces Armées, car, bien que les gestes dissuasifs soient plus importants que les actions armées à proprement parler, le pouvoir militaire, la capacité d’avoir recours à l’usage de la force, constituent un indispensable élément de dissuasion diplomatique face à un ennemi potentiel. Ils se rendent cependant parfaitement compte qu’à court terme la menace éventuelle vise leur institution plus que le pays.

En conséquence de quoi, il y a un certain flou dans la définition du rôle des Forces Armées argentines, qui essaye de se reformuler à travers deux demandes : d’un côté, compter sur des instruments pour leur accomplissement professionnel, et de l’autre, s’intégrer d’une façon légitime et centrale dans la prise de décision politique. Dans les termes d’un officier de marine, on voit bien que l’on ne laisse pas les Forces Armées participer aux prises de décisions et que l’on n’utilise pas les instruments de la défense nationale dans le cadre de l’Etat.59 Ils prennent nouvellement exemple sur les autres pays de la région, où l’on accède à la démocratie à travers des pactes plus ou moins explicites. Les Forces Armées du Chili, du Brésil et de l’Uruguay s’octroient une place dans l’Etat, et l’on ne remet pas en question la Force en tant qu’institution de la république.  Au Brésil, les chefs des Forces sont membres du Cabinet. Au Chili, ils sont membres du Congrès et en Uruguay, les jugements de militaires sont interdits. Par contre, en Argentine, la vie même de l’institution a été remise en question. Pour eux, le fait d’avoir un rôle et une action de premier plan dans les affaires de sécurité internationale et de politique extérieure, et de contribuer grâce à leur formation et à leur capacité d’analyse à concevoir une meilleure planification nationale, serait le signe d’une renaissance.
Cette requête peut expliquer, par exemple, pourquoi, tandis qu’au Brésil, les Forces n’ont réclamé aucun rôle pour appuyer les actions nordaméricaines après le 11 septembre, les officiers argentins ont signalé leur disponibilité pour intervenir, insisté pour avoir un rôle dans les analyses de renseignements sur la Triple frontière ou fait savoir leur mécontentement d’être exclus du combat contre le terrorisme.60 Cela montre une recherche de statut politique, certes, probablement justifié par la dimension de l’attentat aux Etats-Unis, mais contraire à la Loi de Défense. Ils instaurent ainsi un changement de concepts à propos des menaces intérieures et extérieures. A la différence de cette vision où les militaires argentins s’attribuent un champ d’action, le président de l’Uruguay a donné une version différente de l’engagement à assumer face au terrorisme : “ l’attaque contre les Etats-Unis ne fut pas un acte de guerre, ce fut un acte perpétré par des terroristes, et l’on ne peut répondre au terrorisme qu’avec un grand mouvement en faveur de la paix, où tous les pays sont engagés y compris les pays arabes. ”61 Alors que la certitude du président
Jorge Battle qu’il n’a pas à céder aux pressions militaires lui per
met de donner cette réponse, il subsiste en Argentine un rapport différent entre civils et militaires. En outre, c’est le seul pays de la région où le terrorisme international a semé l’effroi provoqué par deux attentats.62 Forces armées et Pouvoir Exécutif Les militaires ont eu certaines difficultés à comprendre les processus d’organisation politique en démocratie. Leurs antécédents comme gouvernement, bien qu’on leur ait démontré la complexité de l’Etat, se sont édifiés à travers des procédés autoritaires, où les poids et contrepoids de la politique étaient neutralisés. Ils ont donc formulé de nombreuses critiques, en particulier aux ministères de la défense et de l’économie, ceuxci n’ayant pas rempli, selon eux, leurs engagements envers les Forces Armées. Plus encore, ils préfèrent un tableau réaliste à des promesses dont ils savent, par avance, qu’elles ne seront pas tenues. L’ex- Président de la Rúa, dans le document Révision de la Défense 2001, a déclaré, alors que les limitations politiques et économiques étaient déjà évidentes: “ Ainsi, la Politique de Défense à laquelle nous travaillons se fonde sur un profond Remaniement Organisationnel du Secteur et la transformation structurelle de ses systèmes opérationnels et administratifs en vue d’atteindre l’efficacité maximum des Forces Armées, avec les actuels crédits budgétaires.”63 Les propos d’un officier permettent de comprendre le malaise que ce genre de perspectives engendre dans l’Armée : “Ils n’ont pas pu respecter la Loi de Restructuration, à quoi bon mentir sur un remaniement de la défense ”64 Ils se sont continuellement plaint auprès du Ministère de l’Economie, de les avoir négligés et auprès de la Chancellerie, de ne pas les avoir inclus dans les processus décisionnels sur les problèmes de sécurité. Ils ont souvent été en désaccord avec le Ministère de l’Intérieur au sujet du maintien de l’ordre public ainsi que des ressources destinées aux forces ;de sécurité (Gendarmerie et Préfecture Navale) et avec le Ministère de l’Education à cause de l’absence de contenus patriotiques dans les enseignements scolaires. Un militaire faisait part de son mécontentement à propos de l’incapacité des dirigeants politiques à résoudre les problèmesde défense. Il ajoutait : “ Tout ce qui vient d’être dit peut être facilement vérifié à travers une série d’indices objectifs tels que l’absence de la Défense Nationale dans les programmes d’enseignement des Universités, où sont formés les futurs dirigeants de la Nation ; le peu d’importance accordée à l’Ecole de Défense Nationale ; la façon de désigner les plus hautes autorités du secteur… ”65 La relation la plus compliquée est celle qu’ils entretiennent avec le Ministère de la Défense. Ils ont adopté une attitude critique, depuis 1983, envers presque tous les ministres du secteur, en les accusant de méconnaître et de ne pas montrer d’intérêt pour la défense. Un colonel a exprimé que le Ministère de la Défense est le pire du pays, car les dirigeants y mettent celui qui leur reste.66 A côté de ces politiciens, le ministère a une multitude de techniciens civils qui ne connaissent rien en défense ni en stratégie. C’est ce que ressentent la plupart des militaires, qui rajoutent à ce groupe de dilettantes, les congressistes des commissions de défenses, des inutiles qui n’arrivent pas à atteindre des sphères plus intéressantes.  En général, dans leur rapport avec les fonctionnaires du secteur, ils ont essayé une politique de cooptation. Ils n’ont d’ailleurs jamais eu autant de réussites en ce domaine que pendant le gouvernement de la Rua. Ils ont constitué alors une équipe d’agents bien mieux formés en comparaison de l’administration des années précédentes. En outre, nombre d’entre eux avaient des relations préalables contractuelles avec les Forces Armées. Ils regrettaient que les réductions fiscales ne leur permettent pas d’honorer les accords, mais affirmaient que leur accession aux commandes avait été la plus démocratique de toutes les gestions démocratiques. Le prédécesseur de cette gestion, Lopez Murphy, fut reconnu d’ailleurs pour sa transparence et la clarté de ses objectifs. C’est un point important à souligner, car il démontre la portée que peut avoir la conduite effective et organisée pour la structure militaire.  L’arrivée de Jaunarena améliora les perspectives, mais réduisit les attributions fiscales. La détérioration progressive des conditions économiques et les compressions budgétaires successives eurent un effet décisif sur le mécontentement militaire croissant par rapport au gouvernement radical.
Brinzoni exprima cette préoccupation et avertit que “ si l’on maintenait le budget de 2001 en 2002, l’activité de l’Armée serait véritablement réduite ”,67 rappelant l’immense effort réalisé, spécialement sur les dépenses opérationnelles et de fonctionnement de l’armée. L’une des mesures les plus retentissantes prises par l’Armée, pour baisser les coûts des services et le rationnement, ce fut le licenciement de 75% des effectifs de toutes les unités en alternance. La Marine et les Forces Aériennes étendirent les licences d’hiver de 15 à 30 jours pour atténuer les coûts de
service.68 La Marine dut renoncer à participer aux manoeuvres UNITAS qui, depuis 42 ans, s’accomplissent sous la coordination de la Marine des Etats-Unis, à cause de la “ réduction budgétaire, imposée pour obtenir un déficit zéro ”69, absence qui a provoqué un malaise dans les Forces Armées.  Malgré ces déficits, le gouvernement radical a essayé de créer un cadre légal demandé par les Forces Armées, formulé comme objectif dans le plan de révision de la défense. Celui-ci comprenait l’élaboration de la législation en suspens, dont l’objectif était d’achever un corps légal qui puisse contribuer à l’efficacité du Système de Défense, composé des :

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· Réglementation de la Loi de Défense
· Réglementation de la Loi de Restructuration
· Projet de Loi de Mobilisation
· Projet de Loi de Production pour la Défense
· Projet de loi de Démolition
· Projet de Modification du Code de Justice Militaire70

Cependant, ces propositions n’ont pas été sanctionnées par le Congrès et le Ministère ne s’est pas non plus chargé de les stimuler avec plus de vigueur.  Selon un commodore, en raison du fait qu’à la Défense, il n’y a ni motivations professionnelles ni ressources pour amorcer les changements nécessaires.
71 D’après nos recherches, cela fait partie d’un accord tacite entre militaires et pouvoir politique, dont la conséquence est que le Ministère de la Défense ne fait guère de politique de défense. Selon un autre point de vue, Runza fournit une analyse très intéressante des dérives de cette absence d’administration : “ Tant que le système actuel d’achat et de crédit budgétaire se maintiendra par la force, tant que le Ministère de la Défense argentin n’arrivera pas à unifier les positions antagonistes des Forces Armées par rapport à l’Etat Major Général comme état major dirigeant au lieu de coordinateur, tant que l’on n’adoptera pas un système unique d’acquisitions et tant que la priorité dévolue aux activités de recrutement et d’entraînement ne sera pas reconnue par rapport à d’autres activités, la qualité des dépenses concernant la défense n’augmentera pas au bénéfice du secteur défense et ne participera pas au développement économique de la République argentine. ”72Paradoxalement, la gestion ministérielle qui avait les meilleures perspectives, s’est dissoute dans la récession économique et dans le crépuscule des leaders politiques. Ce rôle mal dessiné de l’exécutif a permis une re politisation du comportement militaire qui devient plus inquiétant quand on confond la sécurité extérieure correspondant à la défense et la sécurité intérieure, policière, et qui dans des situations de crise devient encore plus aiguë. Même si le chef de l’Armée a annoncé “ Aujourd’hui, il n’y a pas de parti militaire. Les problèmes traversés par le pays doivent être résolus par les hommes politiques appelés à ces responsabilités ”,73 l’absence de compétences des dirigeants pourrait changer les termes de cette omission politique.Forces Armées et Congrès
Le Congrès n’a jamais été un environnement facile pour les militaires.  Ils ont essayé, pendant les gouvernements démocratiques, de se rapprocher des élus afin de pouvoir exercer une influence sur les décisions relatives aux problèmes de défense. Pendant les premières années du gouvernement de Menem, des connexions formelles se sont développées entre chaque force et les commissions de défense des deux chambres. Les militaires s’empressèrent de mettre en place ces connexions formelles plein d’expectatives. Ils ont vite été déçus en constatant que les élus n’avaient pas les moindres connaissances pour discuter professionnellement des sujets à traiter. Les négociations entre officiers et congressistes pouvaient être modifiées si la verticalité partisane ou l’urgence de l’exécutif changeaient le programme initial de leurs accords. C’est pourquoi, ils se montrèrent réticents, en diverses opportunités, vis à vis de ces politiques professionnels.
Les militaires se montrent d’ordinaire assez critiques face au Pouvoir Législatif à cause de ce “manque d’engagement” des congressistes sur les problèmes de défense ainsi qu’en raison de leur vision historique négative de la politique professionnelle. A leur sens, c’est au Parlement où les ambitions personnelles, provinciales et partisanes sont le plus manifestes, sans que l’intérêt national ne soit représenté par la moindre instance. Il est clair qu’ils ne demandent pas la disparition du Congrès, mais il est non moins clair qu’ils ne respectent pas cette institution de l’état. Plus encore, un officier a suggéré que la solution à la crise politique argentine réside dans un exécutif très fort, ayant une légitimité telle qu’elle lui permette de prendre des décisions par lui-même, sans avoir à négocier avec le Congrès, vu que celui-ci ne fonctionne pas comme il faut, n’est ni indépendant, ni légitime et finalement pas représentatif non plus.74 C’est dans ce type d’affirmations que se manifestent pleinement les contradictions flagrantes des militaires. Il n’y a pas de place dans leur propre institution, dans la société nationale et internationale pour des gouvernements autoritaires ; ayant compris cela, ils adhèrent à la démocratie.  Mais ils refusent d’accepter que la démocratie telle qu’elle est, décide, avec ses pauvres moyens hésitants, de la conduite de l’état argentin. Si en réalité, les conditions ont tellement changé que nous aurions tort de continuer d’affirmer comme nous le faisions naguère dans une étude, 75 que les militaires, selon une expression bien connue, “ Han desensillado hasta que aclare ”, nous ne sommes guère convaincus qu’ils avaient intériorisé la démocratie comme le jeu de volontés opposées et contradictoires d’une communauté.
La carrière militaire est très proche de la carrière diplomatique. Les jeunes officiers s’exercent aux techniques de leur profession, puis quand ils accèdent à de plus hautes responsabilités, mêlent leur entraînement spécifique à des alliances politiques internes. Les postes aux plus hautes hiérarchies s’accompagnent de relations politiques avec les élites dirigeantes.
Avec le retour à la démocratie et la dépolitisation des forces, les militaires ont réajusté leurs grades, dans un pourcentage considérable, sur la base du mérite. Cela les oblige à s’entraîner de façon très compétitive pour réussir leur promotion (en plus d’être en phase avec les bonnes élections politiques). Les militaires étudient leurs sujets sérieusement ; ils sont à jour sur les derniers standards, ils profitent de leurs séjours à l’étranger pour se perfectionner et les nombreux programmes d’échanges et d’actions internationales les rapprochent des innovations des forces les plus en pointe. Pour parvenir aux grades les plus hauts de la force, des diplômes universitaires sont requis qu’ils obtiennent dans leurs universités mais aussi, de plus en plus fréquemment, dans des universités publiques et privées. La plupart d’entre eux parviennent à une maîtrise, mais certains parviennent aussi à obtenir un doctorat. C’est pourquoi, une question formulée par une personne interrogée reflète la différence de niveau entre les parlementaires, les fonctionnaires et les officiels : “ Et d’après vous, qui est formé aux thèmes de la défense par l’état, et ceci à grands frais, pendant des années ? Eh bien, ce sont les militaires ”.76 Par contre, il est presque improbable que les parlementaires aient réalisé des études sur le sujet, qu’ils fassent des visites périodiques aux installations militaires, qu’ils participent à des manoeuvres ou qu’ils puissent soutenir un débat pourvus d’un minimum de connaissances techniques, les projets présentés à la chambre étant, par ailleurs, rarement dus à l’initiative des législateurs.77 Une mesure à prendre d’urgence pour être en accord avec les procédés d’une démocratie moderne, c’est la participation des parlementaires au débat et au contrôle des budgets attribués aux Forces Armées et de Sécurité, l’engagement et l’insertion de civils dans la formulation et l’instauration des politiques de défense. Il s’agit là d’une dette contractée par les législateurs et qu’ils contournent de toute évidence.  L’opinion que les militaires se sont faite sur le désintérêt des législateurs comprend toute la période démocratique. Au cours du deuxième discours de réconciliation du Général Balza, qui en la circonstance, s’est plutôt concentré sur son institution, il disait : “ Messieurs les officiers, sous-officiers et soldats : je sais la tristesse que vous éprouvez quand vous entendez un député de la nation dire : “L’Armée que nous avons ne sert à rien… elle est complètement incapable, elle l’a montré aux Malouines”, un autre traiter “d’anachroniques, obsolètes et inefficaces” les Forces Armées, ou un troisième, imputer à l’institution, la participation à une “association illicite pour vente d’armes”. Peut-être tout ceci est-il imputable à des préjugés dus à l’ignorance.78 A cette critique s’ajoute celle du “Forum des Généraux à la retraite”, une organisation regroupant plus de 200 généraux et qui rejette toute critique de la société sur les Forces Armées. Ils ont déclaré : “Les Forces Armées ont fait l’objet depuis plus de 18 ans d’une indifférence et d’un traitement discrétionnaire de la part de ceux qui ont exercé les plus hautes responsabilités gouvernementales.”79 A ces différends entre militaires et législateurs, s’ajoute le discrédit du sénat dû aux pots-de-vin perçus pour approuver la législation du travail.  Si les critiques sur le rôle des politiques professionnels étaient déjà largement justifiées, la corruption du plus grand corps législatif a creusé la méfiance qui s’était amplifiée parmi les militaires (et partagée par le reste des citoyens) pour blâmer ces députés qui privilégiaient leurs finances personnelles et la stabilité de leur poste par-delà les intérêts de la nation.Finalement, un rapport entre le Congrès et les Forces Armées s’est révélé être la source de tensions et de conflits en démocratie, c’est l’attribution constitutionnelle d’avaliser les promotions militaires. La Commission des Accords du Sénat, à part les objections formulées en de nombreuses occasions face à l’éventuelle promotion d’un militaire, par exemple celles qu’ont présentées les législateurs Alfredo Bravo et Marcela Bordenave du groupement ARI,80 a dû batailler avec le contrôleur externe, spécialement celui qu’a réalisé le Centre d’Etudes Légales et Sociales (CELS), une organisation de défense des droits de l’homme reconnue. Les militaires trouvent cette persécution injuste ; ce n’est pas, comme le signale le Forum des Généraux, un arbitrage juridique mais politique : “ dont les procès judiciaires se sont déroulés avec une évidente animosité politique ”81 .  Le juste zèle pour la défense des valeurs démocratiques perd de sa force quand on le juxtapose aux autres fautes indiquées précédemment.
En fin de comptes, il n’y a pas de relations professionnelles entre le Congrès et les Forces Armées et celles-ci obtiennent ainsi plus de justifications qu’il n’en faut pour contester les représentants des citoyens. En ce point, le parlement est responsable de ne pas avoir contribué à l’institutionnalisatio de l’exercice de la suprématie civile sur les Forces Armées dans le cadre d’un état de droit.
Forces Armées et Pouvoir Judiciaire
La période Menem, en légalisant l’illégalité du gouvernement et en donnant un caractère juridique aux différentes politiques de la société, s’est caractérisée par une utilisation politique récurrente du pouvoir judiciaire. Le gouvernement de la Rua, tout en manipulant la justice avec moins d’efficacité que son prédécesseur, n’a pas améliorée le comportement institutionnel.  Ces procédés ont rongé aussi bien les initiatives qui instruisaient les procès des militaires que celles qui essayaient de limiter la persécution des officiers. C’est pourquoi, les critiques à l’égard du Pouvoir Judiciaire, unanimes parmi les interviewés, ne nous laissent pas percevoir correctement si elles répondent à un intérêt corporatif ou si elles s’ajoutent aux considérations du même ordre émises par les citoyens. Ils la voient comme une corporation politisée, ayant mis de côté l’objectivité de la justice en échange de faveurs personnelles.82 L’insécurité juridique dénoncée par les chefs d’entreprises financières transnationales, l’est également par les militaires.Les jugements militaires ont refait leur apparition dans le gouvernement de l’Alliance en raison des circonstances internationales aussi bien que des dettes intérieures non résolues. Pour les institutions internationales, le gouvernement de la Rua éludait ses engagements envers la justice universelle. Par exemple, José Miguel Vivanco, directeur d’American Watch, une organisation qui contrôle le respect du droit dans différents pays, a qualifié le gouvernement argentin de membre “ réticent ” à juger les crimes commis pendant le régime militaire.83 Par contre, les militaires trouvent injuste que de jeunes officiers endossent l’anxiété de devoir payer pour des actes qu’ils n’ont pas commis.  Ils trouvent la justice arbitraire, tant en ce qu’elle avantage des groupes économiques privilégiés en vue de maintenir une division sociale interne qu’ils considèrent artificiellement réactualisée par de petites, mais internationalement puissantes organisations de défense des droits de l’homme. Celles-ci sont responsables d’un harcèlement juridique permanent, qui les oblige à se livrer à une “ guerre que nous devons mener pour notre défense et qui doit se faire dans le cadre du pouvoir judiciaire ”.84 Bien que nous puissions reconnaître la validité des arguments avancés par les interviewés, du moins en nous fondant sur les lois des gouvernements démocratiques, nous ne pouvons éviter de nous rappeler que l’Armée, dans l’intention de légaliser ses membres, a présenté un habeas data, mais que lamentablement (et comme par hasard !) l’avocat chargé de sa présentation était lié à des organisations fascistes avec des procès judiciaires en instance. En cette occasion, nous nous permettons de douter que ce soit le fruit du hasard, et cela nous parait un indice suffisant, nous invitant à leur rappeler que les notions ayant noms responsabilité et liberté85 qu’ils réclament aux juges, sont des valeurs qui leur échappent des mains, dans leurs actions concrètes.
A ces confusions concernant le rôle de la justice s’ajoutent les répercussions que peut avoir provoquées la décision de la Chambre Fédérale en confirmant que les lois de point final et de l’obéissance due sont caduques et inconstitutionnelles. 86 Reste encore à définir par la Cour Suprême la validité du verdict qui va permettre de juger plus de mille militaires et policiers ayant participé à la répression illégale pendant la dernière dictature militaire. Les militaires ont des attitudes ambiguës.
Notre impossibilité d’évaluer cette décision pour le moment est due au fait qu’un officier a exprimé qu’il trouve cet acte positif dans la mesure où il permettra d’en finir avec le passé et de réconcilier finalement les Forces Armées avec la société civile, alors qu’un autre a considéré que cette décision produit un changement dans la jurisprudence argentine qui avait reconnu que les officiers argentins qui occupent aujourd’hui des positions importantes dans leurs corps d’armée, ont agi en obéissant aux ordres hiérarchiques de l’institution.
De toutes façons, l’on ne perçoit en aucun cas le Pouvoir Judiciaire comme une institution prestigieuse agissant équitablement en défense des institutions de la Nation. La justice est un instrument des dirigeants en place, quelle que soit leur couleur politique, ayant pour objectif de se protéger les uns les autres pour leurs actes de corruption et d’éviter de remplir leurs fonctions publiques.87 Avec un peu plus de condescendance, un officier a admis que la justice était imparfaite car cela ne faisait que quinze ans que la démocratie était revenue et que c’est peu de temps pour instaurer une pratique basée sur l’indépendance des pouvoirs.88 Le pouvoir judiciaire a peu à peu perdu depuis l’époque Menem sa farouche indépendance et cette perte de validité n’a pas été regagnée avec de la Rua.  Tout au contraire, la perception qu’il s’agissait d’un corps privilégié, imbu de prérogatives sociales, débordé dans sa capacité de gestion administrative, s’est accrue.
Malgré cela, le jugement pour vol de bébé, qui parvint à faire incarcérer 12 ex-commandants fut perçu par certains secteurs de la société comme un geste d’indépendance judiciaire et par les militaires comme un signe de partialité. Le Conseil Suprême des Forces Armées s’est déclaré compétent pour juger de soustraction de mineurs et a réclamé les procédures du juge Adolfo Bagnasco. L’argument des militaires est qu’il s’agit d’une politisation et de “ persécution des forces armées de la part du pouvoir judiciaire, qui représente un affrontement entre deux idéologies ”89, formulations de l’avocat Florencio Varela, défenseur du général ( R ) Santiago Riveros.
Là où la société aussi bien que les militaires avaient hâte que l’on parvienne à faire justice, ce fut le procès pour association illicite organisée pour recevoir des pots-de-vin, et pour le détournement illégal de 6500 tonnes d’armes et de munitions entre 1991 et 1995. Comment, d’après ce qui semble ressortir des antécédents, l’armée de terre répondit promptement au marché, en participant à la vente de biens appartenant à la nation et obtint des gains institutionnels pour le prêt clandestin d’équipements à fabrications Militaires, afin qu’ils soient secrètement exportés vers deux pays en conflit. Pour les deux autres forces, le fait de connaître la vérité des faits leur permettait de se désengager des actions controversées de l’Armée de terre et de montrer qu’il n’existe pas de privilèges dans l’application de la Loi. Mais le dénouement a laissé mécontents accusés et acquittés, les spectateurs et ceux qui se voient injustement liés à ces faits délictueux. Ces différentes questions liées à la justice, font que nous ne puissions identifier correctement les éléments qui pèsent le plus sur les militaires en censurant la justice, si ce sont les accusations “ arbitraires ” pour abus contre les droits de l’homme ou le manque évident d’éthique et de responsabilité des juges.  De toutes façons, le démérite de la justice est généralisé et nullement privatif des hommes d’armes.
Forces armées et société civile
A partir du moment où les militaires reconnaissent que le seul système accepté aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur est la démocratie, et face aux nouveaux concepts de suprématie civile qui commencent à s’entendre dans les Conférences de Ministres de la Défense de toute la planète, ou dans les assemblées de l’OEA, les Forces Armées reconnaissent le contrôle politique sur leur institution. En même temps, ils soulignent une différence commune aux expressions des militaires de toute la région : il s’agit d’un contrôle politique et non civil.  Ils veulent dire par là que les militaires en tant qu’institution sont dans un état de dépendance organique vis à vis de la structure du gouvernement, et un dispositif de commandements maintenant reconnu, qui commence avec le Commandant Suprême des Forces, le président ; mais ils rejettent la participation des ONGs, centres académiques ou partisans dans la définition des missions militaires. Il peut exister un rapport avec la société, mais pas un mandat de la société.
L’orientation doit provenir des autorités politiques et des représentants du Congrès et ils réclament cette directive avec urgence. L’un des commentaires les plus stupéfiants fut exprimé par un amiral : Il a déclaréque les militaires sont aujourd’hui un ensemble de chômeurs qui vivent avec angoisse l’incertitude politique et la leur, de ne pas savoir à quoi ils servent.90 Ou dans les mots d’un collègue des forces, les militaires sont des hommes travailleurs, mais il n’y a pas de travail.91.Les militaires manifestent la préoccupation constante d’être ‘acceptés” par la société, de partager des valeurs et des problèmes communs à tous les habitants. Ils ne formulent pas de réclamations à l’encontre des citoyens en général, ils sentent, au contraire, qu’ils pâtissent des mêmes problèmes. L’un d’eux étant le vide moral des dernières années, causé en partie par le “ processus ” mais creusé par un gouvernement qui a adopté la corruption. Reprenant des codes traditionnels, ils proposent un “ retour aux institutions de base ” propre au genre, une consolidation du rôle de “ la famille ” dans l’éducation des enfants.92 D’ailleurs, ces valeurs peuvent être stimulées par l’école, le service militaire obligatoire et le rôle responsable des ONGs et du journalisme, pour contrôler les actions institutionnelles et celles des fonctionnaires.93 Selon les commentaires d’un autre officier, ce manque de valeurs fait que les citoyens ne s’engagent pas et qu’ils se considèrent comme de simples spectateurs de la politique et de la démocratie. Un communiqué du Forum des Généraux à la Retraite reprend ce concept de spectateur qui, en parlant de la crise récente de représentativité politique, signale : “ La société pourrait avoir engendré des anticorps qui contribueraient aujourd’hui à mitiger les effets d’une crise menaçant de submerger les structures de l’Etat ”.94 C’est peut-être le Général Martin Balza qui a réalisé le plus de tentatives pour obtenir une réconciliation entre l’Armée et la société. Il a déclaré : “ Si nous faisons un peu d’histoire militaire, nous conviendrons que nous avons féodalisé l’action dans la lutte contre la subversion. Cette décentralisation a permis des opérations sans le contrôle nécessaire de ceux qui avaient la responsabilité du commandement aux niveaux les plus hauts ; ce manque de supervision a permis l’impunité de quelquesuns, très peu, qui, en s’écartant des lois, des règlements militaires et des principes éthiques élémentaires, ont commis des actes répudiables et ont compromis l’image institutionnelle. Quelqu’un peut-il justifier, parmi d’autres actes, la libre disposition d’enfants nés dans des centres de détention et la substitution de leurs identités, et le considérer comme un acte faisant partie de la lutte contre la subversion ? ”95 Ce rapprochement avec les revendications de la société civile ne fut pas renouvelé par les Chefs Militaires pendant l’administration de la Rua. Les officiers ayant conclu que les tentatives de Balza n’avaient pas servi à ressouder les relations entre citoyens et militaires, outre le fait d’avoir fait à l’occasion de la célébration du Libertador, 12 janvier 1998, in Rut Diamint, éditeur, Argentina y la seguridad international, 1998.retomber les fautes, exclusivement, sur les épaules des membres des Forces Armées. Les officiers rendent les journalistes responsables de ce discrédit : “ … les institutions fondamentales d’opinion sont remplacées par les moyens de communication, qui n’y sont pas moralement autorisés.  ”96 Pour contrecarrer cet arbitraire, ils installèrent des agences de presse dans chacune des armées, dont l’objectif était non seulement d’informer sur les missions militaires, mais aussi “ d’aider ” les journalistes à rédiger un discours qui exprime le ressenti des militaires.
Ces divergences avec la vision des civils sont encore plus évidentes avec les officiers à la retraite, qui expriment, sans les conditionnements auxquels sont soumis les militaires en activité, la place qui leur correspond dans la société. Par exemple, face au projet de loi sur les services secrets qui, en accord avec la Loi de Défense, réserve les tâches du secteur au Secrétariat à l’Intelligence de l’Etat (SIDE), en excluant les militaires de ces missions, le Forum des Généraux à la Retraite a réclamé que l’on intègre les Forces Armées aux actions de répression du terrorisme international. Dans un document signé par le président de cette association, le Général de brigade ( R ) Augusto J.B. Alemanzor, on traite de propos inopportun, l’intention d’imposer une vision erronée des services secrets d’après laquelle ils seraient divisés en intérieurs et extérieurs, comme si l’ennemi international auquel nous avons affaire – en faisant allusion au terrorisme – respectait les frontières ou les environnements. ” 97 Cette position est également partagée par les officiers en activité. Le chef d’Etat Major Général, le Général Carlos Mugnolo a considéré que les “ nations doivent développer leur système de renseignements, pour tenir informés les leaders politiques afin qu’ils adoptent les résolutions les plus adaptées aux situations. Il existe un terrorisme international qui requiert des services secrets stratégiques, agressifs, permettant d’enrayer toute action de l’ennemi. ”98 Et dans un langage plus évasif, on retrouve cette conception dans le remaniement de la défense réalisé par l’administration de Ricardo Lopez Murphy : “ En ce sens, il conviendrait de ne pas mettre de barrières artificielles entre les rôles traditionnels (la dissuasion) de nos Forces Armées et les dénommés “ nouveaux rôles (ou revigorés) ” étant donné que les capacités humaines et matérielles qui permettent de perpétuer les rôles traditionnels peuvent constituer les fondements à partir desquels il est possible d’agir efficacement sur les “ nouveaux rôles. ”99. Les Forces Armées sont gaspillées en tant qu’ institution capable de donner une stabilité au système démocratique.100 Le dilemme entre l’attribution ou non de missions de renseignement intérieur aux militaires se vit honoré de la participation du Ministre de la Défense. En effet, Jaunarena soutenait l’idée d’une coordination et d’une concentration des forces de sécurité et de défense.101 A contrario, le chancelier radical, Adalberto Rodriguez Giavarini a rejeté un changement de législation. Il a dit : “ Le gouvernement n’a pas prévu de proposer de changement. Je n’ai pas connaissance qu’il veuille le faire.  Supposons que cette considération soit nécessaire. Bon, cela devra également avoir lieu à l’occasion d’un débat national, public, et devant le Congrès ”102 Des législateurs du justicialisme ont reconnu avoir fait l’objet de pressions de la part du gouvernement pour que les forces militaires fassent du renseignement intérieur. L’initiative en fut prise au milieu d’un débat à propos du rôle des Forces Armées, relancé par l’attentat du 11 septembre aux Etats-Unis. Dans ce contexte, l’ex-gouverneur de la Province de Buenos Aires, ex-candidat présidentiel, ex-sénateur national et actuel président, Eduardo Duhalde, a affirmé la nécessité de préparer les Forces Armées à la lutte contre le terrorisme.103 Ce débat est nécessaire, non seulement parce que, rappelons-le, en vertu de la Loi de Défense, la participation militaire sur des questions de terrorisme sur le territoire est illégale, mais aussi parce que nous ne croyons pas que les garanties soient réunies pour éviter de futurs abus contre les citoyens. Dans un pays où l’on n’a pas encore résolu le passé et où l’on n’a pu accéder à la vérité, cette superposition de rôles constitue un risque pour la relation entre les forces armées et la société. C’est un thème qui ne peut être résolu qu’au Congrès, et cette instance rendra compte de l’évolution de l’état de droit et de la santé de la démocratie en Argentine.
Conclusions
Au début de ces travaux, nous disions qu’au beau milieu d’une crise de confiance généralisée vis à vis des acteurs politiques, les Forces Armées se sont maintenues isolées des négociations successives pour imposer un président. Mais nous assistons également avec inquiétude aux propositions du président Duhalde qui place un candidat alfonsiniste à la tête du Ministère de la Défense. Cet accord, selon nous, scelle un pacte corporatif, négocié avec l’ex-président Alfonsin, dont le but est, d’une part, de convoquer une figure de l’opposition pour fortifier ce gouvernement sur la base d’une coalition plus large. Mais, c’est d’autre part, une façon de céder à l’entrée corporative des Forces Armées à travers un homme, Jaunarena, identifié aux demandes militaires. Il nous semble opportun de rappeler les propos d’un officier qui s’est senti trahi par ses collègues qu’il a accusés d’attenter aux valeurs de l’institution militaire, en négociant des privilèges contraires au sentiment national des officiers : au mois de novembre 2001, l’ex-colonel Mohamed Seineldin, a signalé, qu’en libérant le président Menem, on a autorisé le pouvoir nord-américain “ à interférer avec une nouvelle accession de Duhalde au gouvernement, car il a été censuré, parmi d’autres manoeuvres, à cause de l’homicide du photographe José Luis Cabezas. ”104 Sans négliger de probables réticences selon les dires d’un ex-militaire qui continue d’imaginer des conspirations chimériques, 105 nous croyons que de toutes façons, cela montre un rapport positif entre le président actuel et une fraction de l’Armée, qui sous prétexte d’un projet national confus prétend réaffirmer les Forces Armées comme acteur privilégié du système politique.  En relisant les entrevues, nous constatons que de nombreuses expressions, désirs et commentaires des militaires sont les mêmes, sur de nombreux sujets, que celles provenant des moyens de communication ou qui se discutent entre citoyens. Elles comprennent, évidement, parmi les déficits démocratiques, les questions liées à la défense et à sa propre force, et introduisent fréquemment le thème de la guerre sale et ses conséquences sur les Forces Armées et sur la société. Elles réaffirment qu’il n’y a pas de retour à l’autoritarisme, bien que quelques officiers se lamentent sur l’absence d’une main forte. ”106 Il semble alors que nos doutes sur l’attachement démocratique des Forces Armées seraient dus à un mauvais souvenir en provenance d’une autre histoire, d’autres époques. En effet, s’il n’y a aucune possibilité de coup d’état, et si les officiers acceptent formellement les règles du jeu démocratique, quels sont les risques que cette institution ou l’un de ses membres peut faire courir au système politique ?
Notre préoccupation réside dans le fait que si le monopole de la force ne parvient pas à s’institutionnaliser à travers les réseaux appropriés, une tension survient inévitablement entre démocratie et gouvernance. En réponse à cette tension, il semble qu’on soit parvenu à un accord : les militaires ont obtenu qu’en échange de l’acceptation du pouvoir civil, les gouvernants et la société civile n’interviennent pas dans les questions militaires. Cet accord ne fait pas partie d’un large consensus social, c’est plutôt un consensus négocié entre militaires et pouvoir politique. En dépit du fait que certains militaires soulignent que la séparation entre monde militaire et civil serait factice et qu’ils nient l’existence d’un parti militaire, comme l’avait dénoncé l’ex-président Alfonsin, pendant les premières années de son gouvernement,107 nous croyons qu’il existe un comportement institutionnel corporatif. Patrice McSherry l’exprime de la façon suivante : Quelles inférences conceptuelles pouvons-nous déduire du cas argentin ? Tout d’abord, il compromet les hypothèses selon lesquelles la démocratisation s’oriente inexorablement de la transition à la consolidation. Les réversions autoritaires sont possibles, par conséquent, ce sont des régimes interminablement non consolidés ou des démocraties sous protection, combinant des formes démocratiques avec des enclaves autoritaires. Le cas de l’Argentine suggère que la démocratisation soit une lutte constante, avec des progrès et des reculs. La notion de consolidation obstrue notre entendement, en créant l’impression que nous avons atteint un point final.  Accepter que les relations civico-militaires soient consolidées implique un point d’équilibre permanent ; Une formulation de ce genre est troublante et nous occulte les conflits internes et les tendances persistantes à développer le rôle des militaires dans la société.108 Guillermo O’Donnel avait déjà annoncé le peu de bénéfices analytiques du terme “ consolidation ” qui induisait un regard téléologique et qui suspendait, en outre, les critères de qualité et de pratique démocratique pour une étape supérieure de persistance démocratique.109 Outre les inconvénients de l’utilisation d’une notion qui engendre “ un marécage conceptuel ”, ce qui nous préoccupe c’est qu’il nous empêche de comprendre combien la préservation de secteurs d’autonomie de la part des acteurs qui ont le monopole de la force est éloignée d’un système démocratique.
Nous répétons encore une fois que les militaires ont changé, et que cela a été tiré au clair pendant la crise de décembre 2001. Les expressions d’un général renforcent cette idée : “ L’Armée n’a ni balles en caoutchouc, ni boucliers, ni bâtons, ni gilets pare-balles. Si nous nous mettons devant une foule qui nous attaque avec des pierres, qu’est-ce qu’on fait ?
On tire avec le FAL ? C’est une réponse disproportionnée. ”110 Il est également clair que les chefs des Forces Armées, au cours des troubles de fin107.     Entrevue 3.
108.     J. Patrice Mc Sherry, “National security and social crisis in Argentina”, in Journal of Third World Studies; Americus; Printemps 2000.
109.     Guillermo O’Donnell, “Otra institucionalizacion”, in Guillermo O’Donnell, Contrapuntos, Ensayos escogidos sobre autoritarismo y democratizacion, Piados, Buenos Aires, 1997, chap. 11.décembre 2001, ont ratifié la défense de la Constitution et annoncé qu’ils n’interviendraient dans le contrôle de la crise, que si le Congrès se chargeait de les convoquer.111 Ils ont tiré les leçons du passé ; ils se sont sentis floués en participant à une guerre où ils allaient soi-disant sauver la patrie, en risquant leurs vies, et dont ils ne récoltèrent que la dévalorisation des Forces Armées, discréditées, réduites à des bas salaires et qui se voient affublées de toutes les fautes.112 Laura Tedesco a exposé ce changement de façon très graphique “ Il y quelques années, cette crise aurait entraîné un bruit de bottes militaires, des tanks sur le bitume et les fers des chevaux de la Police Montée le long des avenues de Buenos Aires.
Mais en décembre 2001, on entendit un bruit différent. Des casseroles et des klaxons firent leur irruption dans les rues de Buenos Aires ”.113 Cependant, s’il est vrai que ces Forces Armées ne sont pas composées de militaires putschistes, disposés à sortir les tanks dans les rues, elles n’ont toujours pas compris qu’elles n’étaient pas porteuses de décisions, qu’elles ne définissaient pas leurs propres missions, et qu’elles n’ajustaient pas leur mandat à l’interprétation qu’elles se faisaient des règles du gouvernement. Et c’est là que résident encore les failles des autorités, qui ne les convoquent plus en venant frapper aux portes des casernes, mais qui ne les dirigent pas non plus, en exerçant pleinement la suprématie conférée par les mandats constitutionnels. Et sur ce chemin de la, construction de pratiques constitutionnelles renouvelées, de la Rua, par des faiblesses de conduite, par crainte de provoquer des changements et par un aveuglement qui ne l’a pas alerté sur les conséquences du vide politique qu’il était en train de créer, n’a pas seulement engendré une crise institutionnelle, il a fait reculer notre progression vers un état de droit. Il est possible que sans vouloir explicitement aller dans cette direction, il ait permis que l’on opte pour une démocratie corporative et clientéliste, également poussé par son adversaire intérieur, l’ex-président Alfonsin. La combinaison pathétique entre la crise économique – impossible à résoudre tant que la dette et la récession continueront de croître et la crise politique - où le manque d’efficacité présidentielle s’est combiné au suicide des institutions législatives et judiciaires et à l’anéantissement de la base constituée par son parti, a éloigné cette consolidation tant espérée, et la lutte nous conduit aujourd’hui plus près de revers que
de la gloire. Duhalde, sans le crier sur les toits, comme son prédécesseur Rodriguez Saa, a reprit la conjuration corporative. Dans ce tableau, la demande de faire partie intégrante du processus de prise de décision que les militaires considèrent comme une revendication légitime, enclavé dans une société aux dettes institutionnelles considérables et où l’absence cruelle de mécanismes concrets et permanents de contrôle démocratique des Forces Armées est une réalité, cette demande, donc, est plus qu’un défi à la théorie démocratique, elle indique que le gouffre autoritaire n’est pas loin.


Profil des entrevues


ENTREVUE 1 : Brigadier, autorité des Forces Aériennes, septembre 2001.
ENTREVUE 2 : Vice-commodore, exerce des fonctions à CAECOPAZ, octobre 2001.
ENTREVUE 3 : Colonel, CAECOPAZ, 21 septembre 2001.
ENTREVUE 4 : Major de l’Armée, CAECOPAZ, octobre 2001.
ENTREVUE 5 : Commandant Major de la Gendarmerie, octobre 2001.
ENTREVUE 6 : Commandant Major de la Gendarmerie, octobre 2001.
ENTREVUE 7 : Contre-Amiral, Bâtiment Libertad. Novembre 2001. ENTREVUE 8 : Commodore, autorité dans les Forces Aériennes, 6 août 2001 ENTREVUE 9 : Vice-Commodore, Bâtiment Condor, 6 août 2001.ENTREVUE 10 : Amiral, officier supérieur de la Marine. 13 août 2001.
ENTREVUE 11 : Amiral, officier supérieur de la Marine. 16 août 2001.
ENTREVUE 12 : Capitaine de navire, Etat-Major Général, 23 août 2001.ENTREVUE 13 : Colonel de l’Armée, Nations Unies, missions de paix, 14 novembre 2001.

 

1Mémoire de l’Armée Argentine, 1992-1999, Message du Chef de l’Etat Majeur General de l’Armée, novembre 1999.
2.Nous utilisons l’idée de Wendy Hunter à propos de la stratégie militaire face à la démocratie. Hunter a une vision positive si l’on considère que cette omission se transforme en une acceptation de la démocratie, tandis que notre position est plus prudente, comme nous l’expliquerons plus avant. Voir Wendy Hunter, “ State and Soldier in Latin America ”, Peaceworks N° 10, U.S. Institute of Peace et “ Conflicto civilo-militar y acomodación en las nuevas democracias latinoamericanas, Fuerzas armadas y sociedad, Vol. X, n° 4, Santiago, FLASCO Chile, octobre-décembre1995.3 Il s’agit du Décret-Loi 22 924 du 22 septembre 1983, connu comme Loi de Pacification Nationale, dernière tentative des FFAA pour conditionner le futur gouvernement constitutionnel
4.Clarín, 6 juillet 1985, page 3.
5Clarín, 6 juillet 1985, page 3.6. On distinguait trois niveaux de responsabilité dans la lutte contre la subversion : 1) les responsables des projets et des ordres ; 2) ceux qui ont exécuté des ordres provenant de leurs chefs ; 3) ceux qui ont commis des excès en exécutant les ordres donnés. Ces différenciations ne purent se traduire ensuite dans les faits de par la dynamique même de la société et du pouvoir judiciaire.
7. Voir Carlos H. Acuña et Catalina Smulovitz, “Militaires dans la transition argentine du gouvernement à la subordination constitutionnelle, ” in Carlos H. Acuña, comp. La nueva matriz política Argentina, Buenos Aires Ediciones Nueva Visión, 19958.Paul W. Zagorski, Democracy versus National Security : Civil-Military Relations in Latin America, Lynne Rienner Publishers, Boulder, CO, 1992.
9.Henri J. Barkey, “why Military Regimes Fail: The perils of transition”, in Armed Forces and Society,
Winter, 199030.       Ce teme est apparu dans 6 de entrevues réalisées.31.       Entrevue 11
32.       La Nación, 22 août 2001.
33.       La Nación, 21 novembre 2001
34.       Clarín, 12 décembre 2001
35.       La Nación, 12 décembre 2001
36.* Idéologie qui soutient le gouvernement (nte trdt)
37.       Clarín, 12 décembre 200110.       Le concept de suprématie civile fut emprunté à Felipe Agüero, qui considère que la suprématie civile est la capacité d’un gouvernement démocratiquement élu, de definir la politique de défense nationale et de superviser son application, éliminant ainsi l’incertitude sur la loyauté à long terme des Forces Armées vis à vis des autorités civiles. Voir Agüero, Felipe, Militares, Civiles y Democracia. La españa postfranquista en perspectiva comparada, Alianza editorial, Madrid 1995, pages 41 à 52.
11. Rut Diamint, “The US government and the Condor II Missile Case. Bureaucratic System and Decision-Making Process”, Working papers Series, N° 224, Woodrow Wilson International Center for Scholars, Washington, 199712.       Voir par exemple : page 12, 22 août 1990, page 4, page 12, 24 août 1990, page 7 et Clarín, 19 septembre 1990, page 4.
13.La Nación, 28 octobre 1993 et El Cronista comercial, 2 novembre 1993; El cronista comercial, 8 décembre 1993 et El litoral du 12 décembre 1993.
14. Los Andes, 22 octobre 199415.Voir Elsa Llenderrozas, “La administración de la defensa después de procesos de democratización : el caso de Argentina bajo el gobierno de Menem,” in Hector Luis Saint Pierre et Suzeley Kalil Mathias, Entre votos y botas, Universidad de Campinas16.L’entrepreneur Yabrán, qui finit par se suicider, illustre le paradigme de la corruption qui lie les gouvernements, les corporations et les intérêts économiques illicites : trafic de drogues, trafic d’armes et trafic d’influences
17.“Une haute instance judiciaire a informé la Nación que la situation de l’Armée était très compromise en raison de l’envoi illégal de canons et de munitions en Croatie”, La Nación, 4 juin 1998; Voir également les 6 et 23 juin 1998. L’explosion de l’usine militaire de Río Tercero aurait été intentionnelle, en vue d’occulter les envois irréguliers d’armement. La Nación, 3 novembre 1997, page. 11.
18.Douglas Farra, “A tutor to Every Army in Latin América”; The Washington Post, Juillet 13, 1998. Jay Olson et Adam Isacson, Report, Latin American Working Group, Washington Juillet 1999.19.Discours devant la promotion du Collège Militaire de la Nation. La Prensa, 13 décembre 1994.
De plus, le nouveau concept d’obéissance que développe le discours sera incorporé au nouveau Code de Justice Militaire, que le Ministre de la Défense, Domínguez, a envoyé au Pouvoir Exécutif. La Nación, 6 avril 1998, pag. 6.
20.A la suite de cet incident, tous les décrets de vente d’armes depuis le retour à la démocratie furent publiés dans le Bulletin Officiel du 6 mai, par décret 472/96. Ainsi, le gouvernement chercha à faire porter une partie de la culpabilité par l’administration antérieure, ce qui suggère que la complicité entre autorités civiles et militaires s’est maintenue pendant les deux périodes de gouvernement démocratique.  Page 2 et suivantes.
21.Voir Gabriela Cerruti, “El asesino está entre nosotros” Tres Puntos, N° 28, 14 janvier 1998 et les conséquences de ce fait dans Clarín, 16 avril 1998, pgs 14 et 15.22. Memoria del Ejercito Argentino, 1992-1999, Mensaje del jefe del Estado Mayor General del ejército, novembre 1999.
23.Dans son discours de fin d’Année de la formation, le General Balza a dit : “Le vieux concept consistant à croire que les militaires vivent enfermés dans leur forteressse est périmé, car les portes des casernes sont; maintenant, ouvertes à n’importe quelle question journalistique”. Voir La Nación, 3
décembre 1994
24. La Nación, 19 avril 1998.25.Voir également La Nación, 17 décembre 1996
26. Loi n° 23 554 de Défense Nationale
27.Voir Elsa Llenderrozas, op.cit. et Rut Diamint, Democracia y seguridad en America Latina, GEL,Buenos Aires, en cours de publication.
28. Guillermo O’Donnel et Philippe Schmitter, “Tentative conclusions about uncertain democracies” in Guillermo O’Donnel, Philippe Schmitter et Lawrence Witehead, Transitions from Authoritarian Rule, Prospects for Democracy. The Jhons Hopkins University Press, Baltimore, 1986, Vol. 4 et Guillermo O’Donnel, Contrapuntos. Ensayos escogidos sobre autoritarismo y democratización, Piados, Buenos Aires, 1997, chap. 8.29.Entrevue 13.38.       Entrevue 9.
39.       Entrevue 1040.       Entrevue 3.
41.       Entrevue 6.
42.       J. Parice Mc Sherry, “National security and social crisis in Argentina”, in Journal of Third World Studies ; Americus ; Spring 2000.
43.       Entrevue 8.
44.       Entrevue 10.
45.       Entrevue 9.
46.       Entrevue 5 et 10.
47.       Entrevue 1,3.
48.       Entrevue 4.
49.       Entrevue 7.
50.       Entrevue 12
51.Colonel ® D. Humberto Lobaiza, “Las relaciones cívico-militares en la Argentina”, in Revista de la Escuela Superior de Guerra, Juillet-Septembre 1992, pag. 110
52. Entrevue 10.53Conseil Argentin pour les Relations Internationales, “La participación argentina en misiones de paz,” Cuadernos de Lecciones Aprendidas n°1, CARI, Buenos Aires, 1999.
54.Clarín, 30 septembre 2001
55.En 1987, la Loi de Défense, prévoyait la séparation de la défense et de la sécurité et dans la réglementation qui devait être dictéee, mais qui ne fut pas élaboré, seraient établies les mesures sur les services secrets. Sans l’approbation de la loi, le gouvernement de la Rua réalise les coupes les plus importantes du secteur des services secrets en laissant en dehors du système 1070 agents, ajoutés aux 600 civils appartenant aux services secrets que l’Armée a renvoyé. In “Argentina : Dismantling an Authoritarian Legacy,” NACLA, mars-avril 2000. Aussi dans la Naci, Buenos Aires, 14 février 2000.
56.Entrevue 6.
57.Entevue 11.
58.Entrevue 459.Entrevue 7.
60.Voir par exemple, Clarín, 30 septembre 2001, Clarín, 1er octobre 2001, p 12, 18 septembre 2001, La Nación, 17 septembre 2001.
61.Page 12, 14 septembre 2001.62.Je dois cette différence entre la situation en Argentine et les autres pays de la región aux excellents commentaires réalisés par Elsa Llenderrozas.
63.Revisión de la défense 2001.
64.Entretien 11.65. Colonel ® D. Humberto Lobaiza, “Les relations civico-militaires en Argentine”, in Revista de la Escula Superior de Guerra, Juillet-Septembre 1992, pages 111-112.
66. Entrevue 3.
67.La Nacion, 11 octobre 200168.       Clarin, 3 août 2001
69.La Nacion, 3 août 2001
70. Voir Argentine. Révision de la Defensa 2001. Chapitre Insercion de la Defensa en la Reingenieria del Estado. Il faut se rappeler que pendant le gouvernement de Menem, la Loi 24 948 de Restructuration de Forces Armées a été promue, Loi connue comme Loi Jaunarena, comme le réglement de la loi n’a pas été approuvé, cette loi est en vigueur mais n’est pas appliquée.
71.Entrevue 8.
72.Ricardo Adrian Runza et Gustavo Sibilla, “El impacto del gasto de defensa en la economia de los municipios argentinos”, ronéo, Institut des Etudes Stratégiques de Buenos Aires, 2002.73.Reportage consacré au Général Ricardo Brinzoni, Clarin, 14 février 200274.Entrevue 4.
75. Rut DIAMINT, “Gasto Militar y proceso de toma de decision en el gobierno argentino”, in Francisco Rojas Aravena, editor, America Latina : Gasto Militar-actores claves- Proceso de decision, CINDEFLASCO,
Chile, 1994
76. Entrevue 3.77.  Rut Diamint, “Gasto militar y proceso de toma de decision en el gobierno argentino”, in Francisco Rojas Aravena editor, América Latina, Gasto militar-actores claves- Proceso de decision, CINDEFLASCO, Chile, 1994.
78.Message de JEMGE à l’occasion de la célébration du mois du Libertador, 12 janvier 1998, in Rut Diamin, éditeur, Argentina y la seguridad Internacional, FLACSO-Chile, Woodrow Wilson Center, Santiago, Chile, 1998.
79. Clarin, 26 janvier 2002.80. Pagina 12, 22 décembre 2001
81. Clarin, 26 janvier 2002
82. Entrevue 2.83.       Entrevue 3.
84. Par exemple, entrevue 1.
85. La Nacion, 10 novembre 200186. Entrevue 6 et 11.
87.Entrevue 11.
88.La Nacion, 31 mars 200089.Entrevue 13.
90. Entrevue 1291.Entrevue 2,8 et 11.
92.Entrevue 9.
93. La Nacion, 26 janvier 2002
94.Message de JEMGE,95.       Entrevue 3.
96. La Nacion, 11 octobre 2001
97. Pagina 12, 20 septembre 2001
98. Revision de la Défense 2001, chapitre Fuerzas Armadas para la nuevas necesidades
99. Entrevue 8.100.     Clarin, 16 septembre 2000
101.Pagina 12, 18 octobre 2001
102.Pagina 12, 23 de septiembre 2001, et Clarin, 26 et 27 septembre 2001103.La Nacion, 21 novembre 2001
104. La dernière, étant pour Seineldin, un coup d’état qui ne sera pas “national, mais international”, et dont le but serait “d’établir le socialisme sur toute la planète”. La Nacion, 3 mars 2002.
105.Entrevue 12.

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