Diana Quattrocchi Woisson : Bien, voici venu le temps du commentaire politique et diplomatique. Monsieur l’Ambassadeur Daniel Parfait, je vous demande de nous excuser si ici, on ne respecte pas vraiment le protocole hiérarchique du Quai d’Orsay…Nous avons une autre approche de l’interdisciplinaire, et on a souhaité d’abord le Droit, ensuite la Psychologie, et enfin, le point de vue politique que vous représentez ici. Vous êtes sensé aussi représenter la confrontation entre les acteurs et les spécialistes, qui est aussi une autre caractéristique de l’Observatoire de l’Argentine Contemporaine. Nous savons très bien que l’Argentine n’est pas votre spécialité, que vous avez vécu un temps important de votre vie en Colombie. Mais nous avons été extrêmement impressionnés par les questions pertinentes que vous nous avez posées sur l’Argentine, et nous vous remercions d’avoir accepté l’invitation et d’être patient par rapport à l’ordre protocolaire…

Daniel Parfait : Je ne sais pas à quel protocole vous faites allusion, mais ce que j’ai noté à l’instant, Estela, quand vous parliez, c’est qu’il y avait dans la salle un silence impressionnant. Tout le monde retenait sa respiration. Et je dois dire que ce n’est pas la première fois que je vous entends parler, mais je suis toujours aussi fortement impressionné par la sérénité avec laquelle vous décrivez ces drames que vous avez traversés, la profondeur de l’analyse et la diversité des initiatives que vous avez prises, l’immense dignité de ce combat que vous conduisez. C’est difficile de parler après vous et je dois dire à quel point nous sommes partagés entre l’émotion et l’admiration. Je vous l’avez dit quand je vous ai rencontrée pour la première fois à Buenos Aires, et je le redis ce soir.

Je dois ajouter que nous avons eu cette après midi l’occasion de parler longuement, avec Rosa. Vous avez apporté vos témoignages…Vous avez dit quelque chose de fondamental et qu’il ne faut pas oublier. Vous avez dit : « Avant le Coup d’Etat, qui d’entre nous aurait pu un  seul instant imaginer que dans notre pays, en Argentine, ce qui s’est produit allait se produire ? » Je crois qu’il faut en retenir un devoir de vigilance permanent. Ce qui s’est produit en Argentine pourrait se produire partout, s’est produit dans bien des endroits du monde sous d’autres formes, et ce que vous apportez, avec ce combat, cette prise de conscience, cet engagement de la société argentine, c’est pour nous une leçon et un encouragement à cette vigilance.

Je voudrais remercier la Présidente de l’Observatoire de l’Argentine Contemporaine, Madame Quattrocchi Woisson, qui m’a demandé de participer à cette séance pour proposer comme elle vient de le rappeler à l’instant une réflexion d’ordre diplomatique et politique. Je vais tenter de répondre à sa demande tout en la transformant un peu. Je m’explique... La diplomatie, c’est avant tout le domaine de l’action, et je reviendrai sur les principaux éléments de la relation franco-argentine, qui la rend active, et je souhaite, compte tenu de la commémoration si spécifique qui nous réuni ce soir, faire porter prioritairement ma réflexion sur l’histoire et la mémoire, et sur le passage de l’une de ces catégories à l’autre. Permettez- moi à ce propos de citer Pierre Nora, qui est sans doute l’un des spécialistes les plus reconnus des questions sur la mémoire. Selon lui, « la mémoire est affective, elle est d’abord le produit de l’émotion, et comme telle, non rationnelle, et ouverte à toute les transformations et à toutes les manipulations. Elle est également, et c’est particulièrement notable s’agissant de la mémoire collective, susceptible de longues périodes de latence et de réapparition soudaine. A l’inverse, l’Histoire est une construction essentiellement intellectuelle, qui tend à la rationalité et s’appuie sur un passé disparu pour en offrir une explication, une problématisation, une reconstitution la moins fragmentaire possible. » Ces deux catégories se recoupent parfois, lorsque plusieurs dizaines d’années ont passé depuis un événement important, comme c’est le cas pour les trente ans du coup d’état du 24 mars 1976. Les témoins et les acteurs de ce passé récent peuvent nous faire partager cette expérience vécue, alors même que les historiens ont commencé à peine à s’intéresser à l’événement. Mais ces deux catégories peuvent également se recouper ou produire des dialectiques intéressantes lorsque l’on considère l’Histoire comme un processus permanent, comme une histoire se faisant et s’interprétant elle-même.

Précisément, je voudrais vous proposer de relire les relations franco-argentines, nos relations bilatérales, à la lumière de cette dialectique entre l’Histoire et la mémoire, et pour se faire, je fixerai trois objectifs qui pourraient être les suivants : garder en mémoire notre histoire commune, transformer en histoire notre mémoire douloureuse, fonder notre proximité sur des actions conjointes. J’espère, par ces détours, pouvoir répondre à la Présidente de l’Observatoire de l’Argentine Contemporaine.

Garder en mémoire notre histoire commune, c'est-à-dire en conserver un souvenir vivant et affectif, faire que les actes du passé continuent d’avoir une résonance sur les actes du présent. Un court récapitulatif fera comprendre ce que je veux dire. Chacun ici connaît l’histoire des relations franco-argentines. Il s’agit à la fois d’une histoire militaire, d’une histoire savante, et d’une histoire commerciale.

Dès le XVIème siècle, les corsaires français menaçaient régulièrement les côtes argentines. Ces aventuriers ont été plus chanceux au cours du XVIIIème siècle, et sont parvenus à coloniser la partie orientale du Río de la Plata. Pour le service du Roi, les Français sont mêmes parvenus à installer une colonie dans des îles découvertes pas les marins de Saint- Malo, et que les Argentins nomment depuis Malvinas. Heureusement pour nous, Louis Antoine de Bougainville a estimé préférable, lors de son troisième voyage, de remettre cette possession aux mains des gouvernants espagnols. Parallèlement, des savants comme le cartographe Frézier et le botaniste Feuillé avaient commencé à étudier l’Argentine. Comme partout en  Amérique du Sud, les idées des encyclopédistes avaient fait leur chemin. Ils ne furent pas sans répercussion sur la création du sentiment national et l’obtention de l’indépendance. C’est pourquoi sans doute notre relation commune s’est encore enrichie avec l’indépendance argentine. Mais avant d’évoquer l’après 1908, rappelons que l’action d’un français intrépide, Jacques de Liniers, avait permis en 1806 de reprendre Buenos Aires aux Anglais. En confiant à Liniers le commandement militaire de la place, les habitants de Buenos Aires avaient d’une certaine façon signé leur premier acte d’indépendance. Ironie de l’histoire, ce même Liniers refusera de rejoindre San Martin et l’Armée des Andes. Reste que l’indépendance a ouvert de nouvelles perspectives.

Tandis que San Martin préférait s’exiler en France, où il mourra en 1850 à Boulogne, les relations commerciales et diplomatiques se sont mises lentement en place. Notre premier représentant, un commerçant nommé Mandeville, fut nommé consul général en 1827, et obtint le premier traité commercial bilatéral en 1834. Ensuite, nous retournons aux affaires militaires, lorsque la marine française organise le blocus de Buenos Aires à partir de 1838 pour obtenir du général Rosas des concessions commerciales. Ce blocus allait inaugurer un conflit régional durable, conduire la France et l’Angleterre à mener une expédition militaire conjointe, visant à garantir l’intégrité de l’Uruguay, pousser l’Argentine à déclarer la guerre au Brésil, et enfin déboucher sur la paix, non sans une brève occupation de Buenos Aires par la marine française en 1852. Mais là encore, cette histoire belliqueuse n’interdit pas d’autres développements, et d’autres influences. (…)

Nos liens économiques se sont renforcés au cours de ce même XIXème siècle. Des capitaux français ont été investis dans le pays, des banques se sont créées, telle la Banque Française de Rio de la Plata. Les Français ont contribué à la mise en place des infrastructures. Mais surtout c’est un lien culturel qui a commencé de se tisser très fortement. Dès le début du XIXème siècle, des écoles sont fondées par des religieux français. L’enseignement du français est d’ailleurs obligatoire. Lorsque l’Alliance Française s’établira en Argentine, en 1893, soit dix ans à peine après sa création, elle trouvera une population largement francophone et des élites très francophiles. Cette relation profonde se poursuivra, certes en s’amenuisant au fil du temps. Pour le XXème siècle, je n’ai guère besoin de revenir sur le contenu de notre relation bilatérale. Chacun réagira au nom de Mermoz et Saint Exupéry, de Victoria Ocampo, de Carlos Gardel, ou de Jorge Luis Borges. Ces noms font résonner en nous un ressort affectif. Il s’agit d’une mémoire commune, qui pourtant est déjà inscrite dans notre histoire commune. Sans insister davantage sur l’importance de ce patrimoine, je vais ajouter qu’il s’agit d’un héritage vivant, d’un héritage qu’il nous appartient de faire vivre. A ce propos, j’ai récemment évoqué, avec l’Ambasseur Agustin Colombo Sierra, le rôle des penseurs français dans la formation intellectuelle des indépendantistes argentins, nous en avions parlé à Buenos Aires, avec le Ministre des Affaires Etrangères. Et au moment où s’approchent les commémorations du bicentenaire argentin, il s’agit d’une des pistes possibles pour la célébration de cette relation franco-argentine.

J’ai également proposé tout à l’heure de transformer en histoire notre mémoire douloureuse. Se faisant, j’aborde la question de la dictature militaire et des années de plomb. C’est pourquoi, je ne voudrais pas que ma formule soit mal comprise. Il ne s’agit bien évidemment pas de déconsidérer le travail de mémoire mené depuis des années en Argentine et en France. Au contraire, il s’agit de bâtir sur ce travail les conditions d’une mise en perspective. Il s’agit de parvenir à écrire l’Histoire en aidant à l’accomplissement et à l’achèvement de ce travail de mémoire. Ce travail historique doit être mené par des historiens, de même que le travail de mémoire doit être mené par les témoins et les acteurs de la période récente, et les spécialistes peuvent les y aider. Dans ces conditions, la puissance publique, qu’elle soit argentine ou française, a-t-elle un rôle à jouer ? Il me semble que oui. Et de plusieurs façons. D’abord, par la reconnaissance des faits et par la dénonciation des exactions. Cela est acquis depuis longtemps mais il faut le répéter : les autorités argentines ont ainsi publié le 24 mars un communiqué très net dénonçant les crimes du régime militaire, on en parlait tout à l’heure : exécutions extra judiciaires, enlèvements, tortures, disparitions forcées des personnes et appropriations des enfants. Les autorités françaises, de leur côté, ne peuvent que s’associer à la condamnation de ces actes. Ensuite, par l’action et la coopération en faveur des victimes et de leurs familles. Pour l’instant, nous sommes encore entre mémoire et histoire.

Quel peut être le rôle du Ministère des Affaires Etrangères français ? Il peut agir pour que la mémoire, au-delà du cercle des témoins et des familles, devienne histoire, pour que les victimes soient identifiées, les responsables punis, et que les familles puissent faire leur deuil.

 Qu’est ce qui a été fait depuis le retour de la démocratie en 1983 dans cette perspective ? La France a agi dans la mesure de ses possibilités, c'est-à-dire dans le respect de la souveraineté argentine et la transparence avec les autorités. Je tiens à rendre hommage aux efforts menés par l’actuelle administration, par le Président Kirchner, pour parvenir à lever tous les obstacles à l’exercice de la justice. Parallèlement à cette évolution favorable en Argentine, des efforts ont été faits du côté français, je voudrais m’y arrêter quelques instants. Je n’ai jusqu’à présent pas cité de chiffres concernant les 30 000 victimes de la dictature militaire. Il est toujours difficile de quantifier la souffrance. Cependant, les 18 français disparus, victimes françaises, sont naturellement l’objet de l’action des autorités françaises. Mais un double impératif de solidarité à l’égard de nos nationaux et à l’égard du peuple argentin a conduit le Ministère des Affaires Etrangères, et en particulier, l’Ambassadeur Michel Toussaint, ici présent, dont je souhaite saluer le travail, à agir dans plusieurs directions. Quelles sont-elles ? Depuis longtemps, la France a souhaité voir juger et condamner les responsables des crimes commis contre ses ressortissants. Ce point concerne en particulier l’ex capitaine Astiz, qui est incarcéré en Argentine, et dont la France demande toujours l’extradition. Par ailleurs, au cours des dernières années, des efforts ont été faits en Argentine pour retrouver les corps des victimes. La France s’est associée à cette recherche, en contribuant à financer l’équipe d’anthropologie légiste. Sans que cela constitue l’assurance d’autres découvertes, l’identification récente du corps de la sœur Léonie Duquet, victime du capitaine Astiz, a marqué un moment important pour les deux pays. Notre ambassade vient d’ailleurs d’apporter une modeste contribution à ce travail d’identification en diffusant une brochure comportant une photo des victimes et quelques informations les concernant. D’autres actions ont été menées récemment, à l’initiative de Michel Toussaint et dans la perspective de ce trentième anniversaire : des archives privées ont été remise à des institutions argentines, un travail intéressant est en cours avec des jeunes étudiants qui recueillent les témoignages d’argentins exilés en France, et de Français qui se sont engagés contre la dictature militaire. Il s’agit bien là pour les autorités françaises de marquer leur volonté de participer aux activités commémoratives, leur volonté de contribuer au travail beaucoup plus vaste effectué en Argentine et ici même. De la même façon que nous avons été heureux d’être associés à la cérémonie organisée cet après-midi à la station de métro Argentine. En faisant poser cette plaque, vous avez contribué, Madame la Présidente, à créer un lieu de mémoire. J’y suis d’autant plus sensible que comme vous le savez, il existe une plaque commémorative à l’Ambassade de France en Argentine et depuis quelques jours, comme vous l’avez dit, à l’Ambassade d’Argentine en France.

Enfin, je dirai quelques mots de notre mémoire future, de notre histoire future, c'est-à-dire, de l’actualité de nos relations bilatérales. Le dialogue politique entre la France et l’Argentine est constant. Une partie de ce dialogue porte sur les questions des droits de l’homme que je viens d’évoquer. Mais le spectre est évidemment beaucoup plus large, avec des points d’accord et parfois des divergences. Ce qui importe le plus, c’est que nos pays ont en commun la même vision de l’ordre international : attachement au cadre multilatéral, au respect de la légalité internationale, volonté de renforcer le système des Nations Unies. Sur ce point, nos positions divergent un peu sur les modalités de réforme du Conseil de Sécurité. Cependant, nous sommes d’accord sur les autre propositions : création d’une Commission de Consolidation de la Paix, et création, on vient de la voir, d’un Conseil des Droits de l’Homme.

Toujours dans le domaine onusien, l’Argentine et la France participent aux opérations de maintien de la paix depuis leur origine. Elles sont notamment actives en Haïti, où l’Argentine dispose d’un des plus forts contingents, et je tiens ici à remercier les autorités argentines pour cette contribution, qui est sans précédent, où les pays d’Amérique Latine, tous ensemble, prennent en charge une crise qui est une crise de l’Amérique Latine.

Une coopération importante nous unit. Elle s’exprime traditionnellement dans le domaine linguistique et culturel, ce qui nous conduit à Paris comme à Buenos Aires à défendre le principe de la diversité culturelle. Vous savez qu’ensemble, nous avons fait adopter cette convention sur la diversité culturelle, que nous sommes en train de ratifier, et qui montre à quel point nous avons un socle commun, très important pour appuyer notre coopération. Cette coopération ne favorise pas seulement nos valeurs, elle en forme aussi certains vecteurs. A ce titre, je tiens à citer le Centre Franco-argentin, situé à l’Université de Buenos Aires, qui contribue avec de nombreuses autres institutions, comme l’Observatoire de l’Argentine Contemporaine, bien entendu, au travail de mémoire et à l’élaboration de notre histoire commune. De nombreux autres champs de coopération pourraient être évoqués. Parmi les réalisations récentes, mentionnons le passage de notre navire école, le Jeanne d’Arc, à Buenos Aires, et la cession de deux bâtiments de  la Marine Nationale à l’Argentine.

Quant à nos relations commerciales, nul ne peut se réjouir, naturellement, du départ du Groupe Suez d’Argentine. Il ne s’agit pas de revenir ici sur cette affaire, mais il faut éviter qu’elle ait un effet de contamination sur nos relations bilatérales, d’autant plus que nos relations commerciales peuvent s’appuyer sur de nombreuses réalisations, de nombreux investissements de la part d’entreprises dynamiques. Je rappelle que près de 250 entreprises françaises sont installées en Argentine, où elles emploient 70 000 personnes.

Comme vous le voyez, notre relations est vivante, les commémorations de ce mois de mars nous prouvent en tous cas que cette relation peut s’appuyer sur une vraie solidarité faite de mémoire et d’histoire commune, qui ouvre sur des perspectives stimulantes pour la consolidation de nos liens bilatéraux, je vous remercie. (applaudissements)

Estela Carlotto : Je suis vraiment très impressionnée par ce récit historique des relations entre la France et l’Argentine. Il y a un projet, j’espère qu’il se fera, d’organiser un colloque pour parler de cette histoire. Il y a eu, en Argentine, une grande influence de la culture française, de ses ressortissants, parce qu’il y a des colonies, des gens qui y vivent et qui travaillent avec nous. Je disais tout à l’heure que j’ai un peu de sang français dans mes veines. Cette génétique, c’est impossible à effacer. Si l’on se sent si bien quand on vient dans ce pays, c’est pour quelque chose…Ma maman me parlait beaucoup de sa belle-sœur, et de sa famille d’ici. Tout cela, il ne faut pas le perdre. Ce serait trop dommage que pour une question économique, cela se perde. Je crois qu’en Argentine, ceux qui doivent prendre des mesures les prendront pour qu’il n’y ait pas une seule petite tache dans cette relation entre la France et l’Argentine, qui en ce moment, comme le disait l’Ambassadeur, est faite de confrontations, qui n’iront pas très loin, je pense. Au contraire, moi, en tant qu’Argentine, avec la confiance que j’ai en mon pays, je demande à tous ceux qui ont le pouvoir de gérer des industries et des capitaux, d’avoir confiance dans ce pays. C’est un pays digne de confiance, qui va payer, qui a toujours été généreux et qui a ouvert ses bras à toutes les communautés du monde, dans les moments  favorables comme dans les autres. Cette demande, c’est pour que les gens qui souffrent de la pauvreté et du manque de travail puissent en avoir. Nous ne pourrons pas réussir seuls. Nous avons besoin de l’aide des pays et peuples amis, parmi lesquels, fondamentalement, la France.

 

 

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30e anniversaire du coup d'état du 29 mars 1976 > Estela Carlotto

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