Diana Quattrocchi Woisson, Présidente de l’Observatoire de l’Argentine Contemporaine :

Madame la Présidente de l’Association des Grands-mères de la Place de Mai, Madame la Vice-Présidente, Messieurs les Ambassadeurs de la République Française, Messieurs les Ambassadeurs de la République Argentine, chers collègues, chers amis, Mesdames et Messieurs, bonsoir et bienvenus à cette séance, qui est une séance de plus dans le cadre du cinquième cycle de conférences de l’Observatoire de l’Argentine Contemporaine, et qui est évidemment une séance très particulière.

« La maison est petite, mais le cœur est grand ». Nous sommes désolés pour ceux qui n’ont pas pu avoir de siège et qui sont assis par terre. Ce sont les règles du jeu. Cette maison nous accueille depuis cinq années. Quand c’est possible, on nous donne une salle plus grande, mais ce soir ce n’était pas le cas. C’est d’ailleurs l’occasion de remercier la Maison de l’Amérique Latine, pour l’amitié qu’elle nous porte depuis cinq ans.

Je disais que cette session est très particulière… Nous organisons nos cycles de conférences avec un an d’avance. Nous avions pensé qu’au mois de mars 2006, c’était l’anniversaire des trente ans du coup d’Etat du 24 mars 1976, et nous avions discuté pour savoir comment cette séance pourrait être, ni très différente, ni vraiment identique aux séances que nous avons l’habitude d’organiser ici.

Pas vraiment différente parce qu’ils nous importait absolument qu’il y ait un jeu de discussions avec des spécialistes des sciences sociales, car c’est notre raison d’être : essayer de comprendre les défis de l’Argentine contemporaine et ses problèmes à partir des prismes des différentes branches des sciences sociales.

 Ces dernières sont prestigieuses en France, et l’objet de la société argentine paraît particulièrement riche en contradictions et interrogations.

Notre nom, l’Observatoire de l’Argentine Contemporaine ne signifie pas que nous soyons de purs observateurs, que l’on se croise les bras et qu’on regarde la réalité de haut. Nous avons avec la réalité argentine un engagement très fort. Sur les sept membres du bureau de l’association, nous sommes au moins quatre à avoir vis-à-vis de l’Argentine des blessures, qui ne se sont pas refermées, comme le dit le tango « heridas que no cierran y sangran todavía ». Nous voulions donc que cette séance soit un peu différente, et soit en même temps un hommage au meilleur qu’a produit la société argentine, en matière de lutte pour les droits de l’homme. Nous avons débattu pour savoir, parmi les organismes des droits de l’homme argentins, lequel était le plus approprié pour cette occasion. La conclusion a été unanime : cela devait être les Grands-mères de la Place de Mai. Pourquoi les Grands-mères ? Parce qu’elles nous interpellent sur deux points qui sont centraux :

le premier est le travail sur l’identité. La société argentine a été particulièrement marquée de ce point de vue, et vous avez mené une action particulièrement novatrice et créative sur l’affirmation du droit à l’identité.

 Le deuxième argument qui nous a guidé, c’est que si les Mères et Grands-mères de la Place de Mai sont les héroïnes indiscutables de la lutte pour les droits de l’homme en Argentine, vous-mêmes, les Grands-mères, avaient eu le mérite, pendant les trente ans d’existence de votre association, de porter toutes les discussions et opinions possibles dans un seul cadre. Il n’y a qu’une association « Grands-mères de la Place de Mai », et nous croyons que c’est un bon exemple pour une culture politique qui n’en finit jamais de naître, qui devrait être plus tolérante et accepter davantage les différences.

C’est pour ces raisons, Chère Estela Carlotto, que nous avons décidé de t’inviter, cela fait huit mois déjà.

Je me rappelle qu’à Buenos Aires, en août dernier, tu m’as regardée comme si j’étais une extraterrestre quand je t’ai expliqué qu’il nous fallait une réponse immédiate car nous devions imprimer le programme en octobre au plus tard. Je me rappelle aussi que je t’ai regardée comme si toi tu étais une extraterrestre quand tu m’as dit :

 « Bon, le 24 mars, je ne peux pas, je dois être à Buenos Aires, mais puisque vous faites vos séances les mercredis, je pourrai parler à l’Observatoire le 29 mars….Sois tranquille, je serai là le 29 »

Je me suis alors dis : - « C’est dingue la façon de travailler en Argentine, elle n’a pas d’agenda. Comment est-ce possible ? »

C’est pourquoi je te remercie infiniment que tu sois ici ce soir. Tu es une femme de parole. Je crois que la parole tenue est une valeur de l’Argentine qui a perdu de sa force dans les dernières années.

Pour toutes ces raisons, donc, nous te souhaitons la bienvenue à toi et à Rosa, qui t’accompagne dans ce voyage. La proposition que nous t’avons faite, c’est qu’il y ait trois commentateurs de ton exposé, trois commentateurs qui vont proposer trois manières de considérer ce bilan des trente dernières années.

Du point de vue du droit, un collègue chercheur en droit international public, Emmanuel Decaux, qui est universitaire, qui va apporter son regard de spécialiste.

Une collègue psychiatre et psychanalyste, Mme. KAMIENNY- BOCZKOWSKI, qui va nous apporter le regard d’une science humaine et sociale qui travaille beaucoup sur l’identité, la psychanalyse.

Nous avons aussi pensé qu’il était important qu’il y ait un commentaire de la part des institutions publiques françaises, de l’Etat français, et nous avons donc invité un responsable du Ministère des Affaires Etrangères Français, M. Daniel Parfait, Directeur des Amériques, pour connaître  son bilan sur la vie argentine lors de ces trente dernières années et aussi sur les relations franco-argentines et pour qu’il nous donne un regard politique et diplomatique français sur ces trente années de vie argentine. 

Nous sommes beaucoup plus nombreux qu’à l’accoutumée. Cette séance était vraiment nécessaire…Ce n’est pas la première fois que nous abordons les droits de l’homme; c’est indubitablement, parmi toutes les autres, celle qui nous émeut le plus; parce qu’elle se réfère à une histoire qui n’en finit pas de nous bouleverser. Je te donne la parole pour une demi heure. Je veux remercier nos interprètes, qui sont bénévoles, et qui vont permettre que tout le monde comprenne.

Retranscription de la conférence du 29 mars 2006 réalisée par Frédéric VABRE.

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30e anniversaire du coup d'état du 29 mars 1976 > Diana Quattrocchi-Woisson

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